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23/01/2017

L’exécutif européen promet un socle social commun

Politique

L’exécutif européen promet un socle social commun

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La Commission européenne veut établir un socle commun de droits sociaux minimaux, dans le cadre d’une proposition qui sera dévoilée début 2016. France et Allemagne réfléchissent à un « Eurogroupe social ».

Juncker a annoncé pour le printemps 2016 un nouveau paquet législatif destiné à «  proposer un socle de droits sociaux minimaux, un cordon sanitaire qui protégera le marché du travail ». Une annonce faite dans un lieu symboliquement fort : la Mutualité, à Paris, haut lieu des luttes syndicales françaises, où se retrouve la Confédération européenne des syndicats cette semaine pour son 13ieme congrès.

Alors que la représentation syndicale est au plus mal en Europe, une mobilisation politique exceptionnelle a tenté de mettre en lumière l’organisation internationale dont la crédibilité n’est pas au beau fixe. Les présidents de la Commission européenne et du Parlement, le président français et la maire de Paris Anne Hidalgo ont ouverts les débats en appelant l’Europe à être plus sociale, et en appelant les syndicats à se mobiliser pour dompter la révolution numérique, « comme le mouvement ouvrier est parvenu à dompter la révolution industrielle au XIX siècle » a précisé Martin Schulz.

Déclin syndical

Jean-Claude Juncker a aussi appelé à un réveil syndical. L’endormissement des syndicats n’en finit plus de s’aggraver. Selon les statistiques de l’OCDE, seuls 7,7 % des salariés français sont membres d’un syndicat, contre 9 % il y a 15 ans, et cette tendance à la décroissance est commune à la plupart des pays européens : le déclin se constate aussi en Allemagne, où le taux d’adhésion est passé de 25 % à 17 %, au Royaume-Uni où il a chuté de 30 % à 25 %. La moyenne de l’OCDE atteste d’un recul plus modéré, soit de 20 % à 17 % entre 2000 et 2013.

Or selon l’analyse des politiques, dont les paroles ont ravi un public de représentants syndicaux aux cheveux principalement blancs, les syndicats viennent de traverser une crise dont ils doivent sortir en mettant leurs valeurs en avant: celle de la « dignité de l’humain qui est une valeur européenne » a soutenu François Hollande.

>>Lire : La Commission veut raviver l’Europe sociale

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a d’ailleurs cité le contre-exemple des États-Unis, où un tiers des emplois se déroulent désormais dans le cadre de travail indépendant. Il a aussi fustigé l’uberisation de l’économie et ses conséquences pour les travailleurs.

Dumping social cool et agréable

« On nous raconte que cette nouvelle forme de dumping social est cool, et agréable parce que l’on partage tout ; mais voulons vivre dans une société ou quelques-uns amassent les profits alors que le risque entrepreneurial est externalisé » a remarqué le président du Parlement européen, avant d’appeler les syndicats à s’emparer de ces problématiques. Le président de la chambre européenne a aussi rappelé le drame du chômage des jeunes, qui touche 5 millions de jeunes. Un problème face auquel les dirigeants européens n’ont pas la même analyse, si ce n’est qu’ils se rejoignent sur le besoin d’investissement et de convergence des économies.

Une convergence appelée de ses vœux par Jean-Claude Juncker.

S’il s’est peu étendu sur le nouveau projet législatif attendu au printemps, le président a néanmoins garanti qu’il « serait un socle qui apporterait plus de convergence ». « Ceux qui disent que le dialogue social ne peut pas évoluer dans l’Union économique et monétaire se trompent lourdement. L’un ne fonctionne pas sans l’autre » a-t-il aussi assuré, en appelant les syndicats à « redevenir un acteur majeur du dialogue social ».

Un CDI sinon rien, dit Juncker

Il a aussi précisé sa vision de l’Europe du travail. « Je suis vieux jeu, le contrat de travail normal est le contrat à durée indéterminé » a d’emblée indiqué le président de la Commission européenne, racontant que son père était ouvrier dans la sidérurgie au Luxembourg, et que s’il n’avait pas eu de visibilité, et de contrat stable, il n’aurait pas fait d’études. « Je n’aurais jamais vu une faculté de droit de l’intérieur » a assuré la figure de proue de l’Union européenne pour qui « la précarité n’est pas acceptable, elle ne répond pas au modèle européen. »

Le président a aussi répété un slogan qu’il avait déjà prononcé lors de son discours sur l’état de l’Union : « un même salaire pour un même travail, au même endroit ».

Eurogroupe social

Le président Hollande est allé un cran plus loin, en appelant à mettre en place un « eurogroupe social comme il existe pour l’économie. « C’est ce que nous commençons à évoquer avec l’Allemagne, nous voulons un eurogroupe social » a-t-il précisé, estimant que s’il y avait une convergence pour la compétitivité et les déficits publics, il fallait aussi une convergence pour les droits sociaux.

 « Et si, ce qui nous menaçait le plus, c’était le souverainisme et l’extrémisme, est-ce que qu’il ne serait pas temps aussi de modifier nos règles pour atteindre l’objectif, garder l’esprit européen? » a demandé le président français, qui a évoqué l’urgence d’une réforme de l’union économique et monétaire.

« J’ai fait de propositions, pour harmoniser, non pas pour distinguer, les pays européens des autres, évoquant le projet de mise en place d’un budget et d’un parlement de la zone euro ». Un sujet qu’il devrait développer le 7 octobre à Strasbourg, lors de son intervention devant le Parlement européen.

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