EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

29/08/2016

L’Italie condamne un manque d’égalité à l’UE

Politique

L’Italie condamne un manque d’égalité à l’UE

Matteo Renzi, Premier ministre italien.

L’Italie ne se sent pas suffisamment respectée par la Commission européenne et par ses partenaires européens. Rome veut en outre convaincre l’Union européenne d’adopter des politiques plus audacieuses et soutenant davantage la croissance, Selon un proche de Matteo Renzi.

« Nous espérons et nous souhaitons assister à un changement d’attitude de la Commission et d’autres pays à l’égard de l’Italie », a déclaré Sandro Gozi, secrétaire d’État italien chargé des Affaires européennes, dans une interview accordée jeudi à l’agence Reuters.

Ses propos témoignent d’une frustration croissante à Rome face à une série de décisions prises par la Commission sur le dossier de l’immigration, mais aussi sur le secteur bancaire, les aides publiques au secteur sidérurgique ou encore la politique budgétaire du gouvernement Renzi.

Si Bruxelles continue de rendre des arbitrages contraires aux intérêts de l’Italie, prévient Gozi, Rome examinera la possibilité de saisir la Cour de justice de l’Union européenne. Recourant à un langage inhabituellement ferme, le ministre italien souligne que la Commission doit démontrer qu’elle est « le garant de tous les États membres, et pas de certains seulement ».

Le mois dernier, le gouvernement Renzi s’est heurté à la Commission européenne dans le cadre du renflouement de quatre banques en difficulté. Rome a consacré 3,6 milliards d’euros au sauvetage de la Banca Marche, de la Banca dell’Etruria e del Lazio, de la Cassa di Risparmio di Chieti et de la Cassa di Risparmio di Ferrara avant l’entrée en vigueur de nouvelles normes européennes en janvier sur le sauvetage des établissements bancaires.

Bruxelles a considéré qu’il s’agissait d’une aide publique directe contraire à la préservation des intérêts des contribuables et à la concurrence.

Une position que Gozi juge « peu judicieuse ». D’autres responsables italiens ont pour leur part reproché à l’exécutif communautaire d’avoir été plus coulant lorsqu’il s’est agi de sauvetages bancaires au Portugal et en Allemagne.

« Que veut faire la France ? »

Une autre décision européenne a provoqué la colère du gouvernement italien : l’ouverture d’une procédure d’infraction contre Rome, soupçonnée de ne pas avoir relevé les empreintes digitales de milliers de migrants arrivés cette année en provenance de Libye. Matteo Renzi a dénoncé une obsession « surréaliste ».

La Commission enquête également sur le soutien apporté à l’aciérie Ilva, la plus grande d’Europe en termes de capacités de production. Là encore l’exécutif européen soupçonne une subvention publique déguisée.

Enfin, dernier sujet de contentieux du moment, la Commission a indiqué en novembre que l’Italie était parmi les quatre pays de la zone euro dont le budget 2016 risque de sortir des règles budgétaires de l’UE.

« Il y a les banques, l’immigration, Ilva, toute une série de dossiers », énumère Sandro Gozi.

Pourtant, pour le secrétaire d’État italien, la vraie question, le vrai souci du gouvernement italien porte sur la direction politique générale de l’UE, marquée, dit-il, « par des hésitations et des contradictions que nous ne pouvons plus tolérer ».

Sandro Gozi critique également la France qui, dit-il, a apporté son soutien aux appels lancés par l’Italie en faveur de politiques européennes plus favorables à la croissance mais tarde à mettre ses actes en conformité avec ses discours. « Que veut faire la France ? Nous partageons des analyses communes, mais nous voulons aussi partager des politiques communes », dit-il.