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19/01/2017

L’UE appelle l’Azerbaïdjan à réexaminer la condamnation d’une journaliste

Politique

L’UE appelle l’Azerbaïdjan à réexaminer la condamnation d’une journaliste

Khadija Ismaïlova, journaliste d'investigation, interviewe le sénateur américain Ben Cardin à Bakou.

Crédit : [Kyle Parker / flickr.com]

La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a appelé mardi soir les autorités azerbaïdjanaises à réexaminer de manière « transparente et équitable » le cas de la journaliste d’investigation Khadija Ismaïlova, condamnée à 7,5 ans de prison.

« Nous appelons les autorités azéries à réexaminer son cas dans un processus transparent et équitable, dans le plein respect des engagements internationaux du pays, y compris la liberté de la presse », a indiqué Mme Mogherini dans un communiqué commun avec le commissaire européen en charge de la politique de voisinage, Johannes Hahn.

Le 1er septembre, la justice azérie a condamné à 7 ans et demi de prison Khadija Ismaïlova, accusée d’évasion fiscale dans un procès qu’elle a qualifié d’orchestré par le pouvoir. À 39 ans, cette figure du journalisme indépendant est connue pour ses enquêtes sur la corruption du pouvoir dans son pays, concernant le président Alyiev et sa famille.

Elle avait accusé lundi 31 août le gouvernement d’avoir recueilli des preuves contre elle « illégalement, sous la pression » et d’avoir « inventé les crimes » qui lui sont reprochés.

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Sa condamnation illustre « la situation difficile des journalistes indépendants en Azerbaïdjan », estiment les deux responsables européens, insistant sur le fait que « le procès a soulevé des questions fondamentales sur l’impartialité de la cour et la légalité de l’accusation ». L’accès au procès d’observateurs nationaux et internationaux a été « arbitraire », soulignent-ils.

Pas un cas isolé

Cette condamnation d’une figure du journalisme indépendant azéri intervient après les condamnations mi-août à de lourdes peines de prison de la militante des droits de l’Homme Leyla Yunus et de son mari Arif, analyste politique réputé.

Au total, sept militants et journalistes opposés à la politique du gouvernement ont été condamnés à de lourdes peines depuis le début de l’année, la plupart pour des délits économiques.

« Le tribunal a condamné Khadija Ismaïlova à sept ans et demi de prison pour des délits de nature économique, notamment activité économique illégale et évasion fiscale », a déclaré à l’AFP son avocat Fariz Namazly. « Nous allons faire appel de cette décision illégale », a-t-il prévenu.

Khadija Ismaïlova, 39 ans, journaliste d’investigation pour la radio Azadliq et ancienne rédactrice en chef du bureau local du réseau et média financé par les États-Unis Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL), avait été arrêtée et placée en détention en décembre.

 « Accuser d’évasion fiscale une personne qui a enquêté sur l’argent volé par la famille du président et placé sur des comptes offshore […], c’est drôle », avait-elle souligné dans sa déclaration finale au procès, interrompue sur ordre de la juge.

Le secrétaire général du Conseil de l’Europe Thorbjoern Jagland a demandé à Baku, qui est membre du conseil, de lui communiquer le dossier judiciaire constitué contre Mme Ismaïlova, et s’est déclaré inquiet de voir des militants, journalistes et critiques du régime dans la ligne de mire des autorités.

Verdict scandaleux

L’ONG Human Rights Watch a appelé la justice azerbaïdjanaise à annuler « immédiatement » son verdict, qualifié de « scandaleux » par le directeur de l’organisation, Kenneth Roth dans un communiqué.

Les autorités azéries « malmènent le système judiciaire dans le but de persécuter les dissidents », a estimé de son côté l’ONG Amnesty International.

« C’est encore un procès injuste qui repose sur des accusations forgées de toutes pièces. Le gouvernement a accru sa brutale répression envers les militants politiques, les journalistes, les défenseurs des droits de l’Homme », a regretté Denis Krivocheïev, directeur adjoint d’Amnesty International pour l’Europe et l’Asie centrale.

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Khadija Ismaïlova « dit qu’elle est assez forte pour tout supporter, puisqu’elle lutte pour une cause juste », a confié à l’AFP sa mère, Elmira Ismaïlova.

Ennemi du gouvernement

Toute contestation publique du régime d’Ilham Aliev, réélu en 2013 pour un troisième mandat consécutif, provoque aussitôt, selon les associations de défense des droits de l’Homme, une réaction sévère des autorités de cette ex-république soviétique du Caucase.

En 2009, le site Wikileaks avait révélé un câble diplomatique dans lequel l’ambassadeur américain alors en poste à Bakou racontait que le président Ilham Aliev, 53 ans, avait qualifié la journaliste d’« ennemi du gouvernement ».

M. Aliev avait ensuite exigé que l’ambassadeur l’aide à obtenir son licenciement par la Radio Free Europe/Radio Liberty.

En 2012, la journaliste avait été l’objet de chantage et des inconnus avaient dévoilé sur internet une vidéo compromettante dans laquelle ils assuraient qu’elle figurait. Des militants des droits de l’Homme y avaient vu une mesure de rétorsion des autorités contre l’enquête de Mme Ismaïlova sur l’empire financier des filles d’Ilham Aliev.

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En décembre, les autorités ont perquisitionné puis fermé le bureau local de la RFE/RL, suscitant les condamnations du département d’État américain et du Conseil de l’Europe.

La radio continue cependant de diffuser ses émissions par le biais de Radio Azadliq, son service en langue azérie pour lequel travaillait Khadija Ismaïlova jusqu’à son arrestation en décembre.

Dans le même temps, le réseau d’investigation OCCRP, qui publiait ses écrits, continue sa mission en publiant des enquêtes sur les sujets sur lesquels la journaliste travaillait. Le site a ainsi publié, mardi 1er septembre, un article révélant que la famille Alyev et ses amis ont l’usage de deux yachts appartenant à la compagnie pétrolière nationale, la SOCAR.