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24/08/2016

La Commission tente de sauver l’espace Schengen

Politique

La Commission tente de sauver l’espace Schengen

Les Pays-Bas ont lancé l'idée d'un mini-Schengen.

La Commission européenne a dévoilé vendredi un calendrier visant à rétablir le « fonctionnement normal » de la zone Schengen d’ici la fin de l’année et débloqué de l’argent pour la Turquie à trois jours d’un sommet important entre l’UE et Ankara consacré à la crise migratoire.

L’exécutif européen a annoncé son premier versement sur une aide financière de 3 milliards d’euros promise à la Turquie dans le cadre d’un accord conclu le 29 novembre dernier pour aider Ankara à prendre en charge 2,5 millions de réfugiés syriens sur son territoire.

Bruxelles a également relevé des progrès de la Turquie dans la perspective d’une libéralisation des visas européens pour ses ressortissants.

En échange, les Européens réclament de la Turquie qu’elle s’attaque aux passeurs et reprenne tous les migrants qui n’auraient pas obtenu l’asile dans l’UE.

>>Lire : Crise migratoire: Bruxelles propose une aide humanitaire aux pays de l’UE

Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, dont le pays préside actuellement l’UE, s’est dit « prudemment optimiste » quant aux chances d’obtenir un accord sur ce dernier point lundi. Il a également évoqué des progrès concernant la mise en place de mesures aux frontières dans les pays des Balkans, tout en prévenant qu’il faudrait sans doute une nouvelle réunion européenne à la fin mars pour les entériner.

Réunis à Paris, François Hollande et Angela Merkel ont souligné que les réfugiés devaient être prioritairement accueillis dans les pays limitrophes, ajoutant que leur objectif commun était le rétablissement de la libre circulation au sein de la zone Schengen, mise à mal par l’afflux de migrants.

Multiplication des contrôles provisoires aux frontières

Huit pays membres de l’UE ont rétabli ces derniers mois des contrôles provisoires aux frontières. La zone Schengen compte 26 pays dont 22 membres de l’UE.

« Nos efforts ne sont pas terminés », a souligné la chancelière allemande en ajoutant: « Je crois savoir que la Turquie attend aussi que l’Europe tienne ses engagements. »

>>Lire : L’UE et la Turquie trouvent un accord sur la crise des réfugiés

Angela Merkel a insisté, lors du Conseil européen de la mi-février, pour obtenir une rencontre avec le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu lors du Conseil européen de lundi.

Elle espère notamment des résultats avant trois élections régionales le 13 mars qui pourraient voir son parti chrétien-démocrate subir des pertes face au parti anti-migrants AfD (Alternative pour l’Allemagne).

Le président du Conseil européen Donald Tusk était vendredi à Ankara pour préparer cette réunion de lundi qu’il présidera.

Feuille de route

Parallèlement, la Commission européenne a présenté à Bruxelles un calendrier de mise en œuvre des mesures adoptées ou proposées pour réduire l’afflux des migrants et réfugiés en Europe, qui a dépassé un million de personnes en 2015.

« Nous ne pouvons pas bénéficier de liberté de mouvement en interne si nous ne sommes pas capables de gérer nos frontières extérieures de manière efficace », a déclaré le commissaire européen aux Migrations Dimitris Avramopoulos lors d’une conférence de presse.

Il a également annoncé le versement d’une première tranche de 95 millions d’euros à la Turquie pour des projets éducatifs et humanitaires en faveur des réfugiés syriens.

>>Lire : Juncker défend les accords Schengen en pleine crise migratoire

Dans son pré-rapport en vue du Conseil européen du 7 mars, la Commission estime que l’effondrement total de la libre circulation au sein des 26 pays membres de l’espace Schengen pourrait coûter jusqu’à 18 milliards d’euros par an à l’économie européenne, des pertes liées avant tout aux secteurs du transport et du tourisme, et aux revenus des travailleurs transfrontaliers.

La banque d’investissement JP Morgan Chase estime cependant que l’impact à court terme du maintien de contrôles sélectifs aux frontières serait « faible en termes de cycle d’activités ».

1,2 million de primo-demandeurs d’asile

Plus de 1,2 million de personnes ont déposé une première demande d’asile auprès des 28 pays membres de l’UE l’année dernière, parmi lesquelles 363.000 Syriens et 178.000 Afghans, selon une étude d’Eurostat, l’institut statistique de l’UE. Viennent ensuite l’Autriche (85.500), l’Italie (83.200) et la France (70.600).

Environ 442.000 demandes ont été déposées en Allemagne. Le pays, destination privilégiée des réfugiés, est suivi par la Hongrie, qui a enregistré 174.000 demandes avant d’ériger des barbelés à ses frontières, puis la Suède avec 156.000 demandes.

Moins d’un cinquième des Allemands estime aujourd’hui que l’UE parviendra à trouver une solution commune à la crise des migrants, selon un sondage publié vendredi par le quotidien Die Welt, et quelque 48% d’entre eux souhaitent que Berlin améliore la protection des frontières nationales allemandes.

Une nette majorité (56%) juge aussi que l’Allemagne devrait cesser de verser ses contributions financières à l’UE en cas d’échec du Conseil européen de lundi.

Si Bruxelles et Berlin poussent fortement en faveur d’une réponse européenne à la crise, de plus en plus d’Etats membres doutent du succès de cette dernière et ont recours à des mesures unilatérales.

« La Commission n’annoncera jamais la fin de Schengen », estime un diplomate d’un Etat membre basé à Bruxelles. « Ce serait un coup politique majeur porté à l’UE, le premier véritable recul dans le processus d’intégration. C’est comme si le pape annonçait que Dieu n’existe pas. »