La crise des réfugiés fissure les partis européens

Robert Fico a réagi de manière disproportionnée aux allégations de la presse. [European Council] [European Council]

Le groupe parlementaire  S&D a réclamé la suspension du parti slovaque, suite aux déclarations controversées du premier ministre Robert Fico.

Le président du groupe des socialistes et démocrates au Parlement européen, Gianni Pittella a réclamé le 23 septembre la suspension temporaire du parti SMER, dont fait parti le premier ministre slovaque Robert Fico.

« Les positions prises par Robert Fico ont embarrassé l’intégralité de la famille progressiste» a précisé le leader du groupe européen, lors du sommet du PSE à Bruxelles. Robert Fico a notamment déclaré que la « migration massive de migrants musulmans qui commenceront à construire des mosquées ne sera pas tolérée »; il a aussi évoqué la « restriction de liberté des musulmans en Europe », ou fait des déclarations radicales sur le fait que « la Slovaquie est construite pour les Slovaques, pas pour les minorités ».

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Robert Fico a multiplié ces dernières semaines les déclarations controversées sur la crise des réfugiés, annonçant notamment au mois d’août que son pays n’accepterait que des migrants chrétiens et réitérant son opposition totale au système de répartition des réfugiés.

A l’issue de la décision des États membres d’accepter une répartition de 120 000 réfugiés sans l’accord de plusieurs pays de l’Est,  Robert Fico a par ailleurs annoncé que la Slovaquie allait contester cette décision devant la Cour de justice de l’Union européenne.

Déclarations controversées

 « Cette réticence persistante à prendre ses responsabilités et à faire preuve de solidarité dans le cadre de la crise de réfugié contraste avec nos valeurs et nos convictions politiques » a poursuivi Gianni Pittella.

Le parti avait déjà été suspendu en 2006 en raison de son alliance avec les nationalistes extrémistes du SNS, avant d’être réintégré en 2008.

Le cas Orban

Les socialistes ne sont pas les seuls à faire face à des divergences flagrantes dans les discours des chefs d’État et de gouvernement affilié ; du côté du Parti populaire européen, les décisions du premier ministre Hongrois Viktor Orban mettent également à mal l’unité du centre droit européen.

Alors que la chancelière allemande Angela Merkel a ouvert les portes de son pays aux réfugiés Syriens, le dirigeant hongrois, affilié à la même famille politique vient de faire voter une loi pour déployer l’armée le long de la frontière. Le recours aux armes contre les migrants a aussi été autorisé.

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Un nouveau rebondissement qui a poussé le groupe des libéraux (ALDE)  au Parlement européen ainsi que les eurodéputés socialistes français à réclamer la suspension de certains droits de la Hongrie au sein de l’UE, au titre de l’article 7 du Traité de Lisbonne.

Contexte

Les dirigeants européens se sont accordés sur les grandes lignes d'un plan sur deux ans qui permettrait à l'UE de mieux gérer le nombre jamais vu d'immigrants fuyant le Moyen-Orient et l'Afrique.

La concrétisation d'un système de réinstallation ou de relocalisation de quelque 60 000 réfugiés est cependant très problématique à l'heure où les partis anti-immigration jouissent d'une montée en popularité en Europe. De nombreux États, dont la France et l'Allemagne, ne s'opposent pas à l'idée de partager le fardeau de l'immigration, mais ne sont pas satisfaits du système de quota proposé par la Commission.

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Au mois de juin, lors d'un sommet sur la question s'est prolongé jusque tard dans la nuit, les dirigeants européens, peu enclins à accueillir plus de migrants, se sont accrochés à ce sujet jusque tard dans la nuit. Ces désaccords reflètent bien les profondes rivalités nationales que l'Union devrait pouvoir transcender. Le Conseil devrait toutefois parvenir à un système de quotas bien défini d'ici la fin du mois de décembre

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La crise des réfugiés s'est cependant encore aggravée. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, espère convaincre les États membres d'accepter un système de redistribution de 160 000 réfugiés au sein de l'UE.

Pour ce faire, il faudrait modifier ou suspendre le règlement de Dublin, qui oblige les réfugiés à introduire leur demande d'asile dans le premier pays européen où ils mettent les pieds. Ce règlement a été vivement critiqué et est accusé de saper la solidarité entre États membres. L'Allemagne a d'ailleurs décidé de le suspendre pour les immigrants arrivant de Syrie.

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Ce changement de politique à l'égard des réfugiés ne sera cependant pas aisé et nécessitera que les dirigeants européens changent d'avis, puisqu'ils ont refusé un plan de redistribution de 40 000 personnes en mai dernier.

L'urgence de la situation forcera aussi l'UE à revoir sa liste des pays d'origine dits « sûrs » et sa politique en matière de redistribution des réfugiés, deux sujets sur lesquels l'UE est embourbée depuis plusieurs années.

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