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30/08/2016

La diplomatie française, grande gagnante de la COP21

Politique

La diplomatie française, grande gagnante de la COP21

Laurence Tubiana, ambassadrice des négociations climatiques

L’établissement d’un consensus de 195 pays sur la question climatique représentait un challenge. La diplomatie française a été unanimement salué pour ce tour de force à la COP21.

Pour la diplomatie française, il s’agit d’un succès sans précédent. La création d’un consensus de 195 parties, autour d’une question aussi cruciale et délicate que le climat relevait d’un pari. “On a eu un exemple de diplomatie exemplaire, d’une classe exceptionnelle. Je n’ai jamais vu ça” salue Nick Mabey, directeur de l’ONG E3G.

La bonne conduite des négociations, l’évolution du texte final vers une ambition dont personne ne rêvait il y a quelques semaines, portent une signature : celle de l’ambassadrice en charge des négociations climatique, Laurence Tubiana. Spécialiste du climat et des relations internationales, directrice du centre de recherce IDDRI, l’universitaire mène un travail de fond depuis 18 mois. Avec le soutien de la diplomatie française, mobilisée avec tout son réseau, dès 2014.

>>Lire : Paris mobilise ses ambassadeurs sur le climat

Inlassable, la prof de Sciences Po a fait plusieurs fois le tour de la planète cette année, cherchant sans relâche engagement et consensus. Et ce non sans mal : au printemps 2015, c’est avec des béquilles qu’elle se déplace dans les aéroports. Une semaine avant la COP21, elle passe 48 heures à l’hopital pour une appendicite. Et reste zen, malgré la pression immense. C’est elle qui est en contact direct avec ces 195 pays censés se mettre d’accord sur le futur de la planète, et elle doit éteindre son portable pour passer sur le billard. Tout va bien.

Will not be stopped by a small appendicitis. Will be back very soon and ready for #COP21 !!!

— Laurence Tubiana (@LaurenceTubiana) 23 Novembre 2015

L’idée d’avoir les chefs d’Etat présents en début de la conférence, et surtout pas à la fin, c’est elle. La gestion des repas, de la lumière, des caprices des délégués, durant la conférence, c’est elle. La rupture du triste dress code des réunions onusiennes, c’est encore elle : pour parcourir les couloirs interminables du site du Bourget, elle garde ses baskets au milieu des talons et des cravates. « Nous sommes reconnaissants à la diplomatie française pour une organisation irréprochable » a reconnu l’ambassadrice du G77, Nozipho Mxakato-Diseko.

Une diplomatie en douceur

Une diplomatie qui, souvent, s’est adressé à l’estomac des délégués autant qu’à leurs requêtes de fond. Le dernier jour, en cette journée historique du samedi 12 décembre, alors que le texte modifié une pénultième fois en fin de matinée n’était ni traduit ni imprimé, Fabius a proposé aux délégués épuisés d’aller déjeuner. Une proposition jugée fort à propos : la nourriture avait justement manqué la veille au soir.

Quand certains pays soulèvent des questions de méthodologie, durant la COP21, elle demeure tout aussi calme, arguant que les questions méthodologiques sont toujours soulevées durant des négociations. « Jusqu’à maintenant nous avons toujours proposé des solutions qui ont répondu aux attentes des parties. Donc il n’y a pas de raison que cela se passe différemment » assure-t-elle alors. Interrogée sur le rôle de l’Arabie Saoudite, elle reste tout aussi modérée. « L’Arabie Saoudite a publié une contribution pour la COP21, vous pouvez la lire comme je l’ai lue » explique-t-elle sobrement. Dans le document en question, le pays producteur de pétrole qui est aussi un des plus riches du monde, réclame de l’argent pour modérer ses émissions de CO2…

La méthode douce, la méthode Tubiana, tranche avec les ego surdimensionnés qui l’entourent. Entre Laurent Fabius et Ségolène Royal, qui s’adressent à peine la parole, les chefs d’Etat du monde entier, les ministres de l’environnement ou/et des affaires étrangères souvent mobilisés de concert, elle a trouvé une autre voie, pavée de respect et d’humeur égale. Chapeau Laurence !