EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

22/01/2017

La discrétion de l’UE montrée du doigt à la COP21

Politique

La discrétion de l’UE montrée du doigt à la COP21

La discrétion de l’UE est critiquée par les ONG après la publication d’un nouveau projet d’accord peu ambitieux.

Après quatre jours de réunions et une soixantaine de meetings formels, les représentants des 194 pays impliqués dans les négociations climatiques planchent encore sur des brouillons d’accord.

Le texte, passé de 55 à 50 pages jeudi 3 décembre, contient encore 1400 parenthèses sous forme de crochets, contre 1250 dans la version précédente.

« Il faut que les négociations accélèrent », a souligné Matthieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot, appelant les négociateurs « à sortir des jeux de postures habituels ».

Pour accélérer le rythme, le nombre de groupes de travail ont été réduit, sur proposition du groupe de pays G77 (133 pays en développement + la Chine). Selon un délégué, les petits pays s’étaient notamment plaints de ne pouvoir pas participer à un nombre trop important de meetings. La réduction des consultations pourrait ainsi améliorer l’efficacité du processus.

Mais cet aspect méthodologique semble toutefois mineur selon un source française. « Il y a toujours des enjeux méthodologiques dans les COP, c’est systématique. Et jusqu’à maintenant nous sommes toujours arrivés à trouver des réponses à ces interrogations.»

Avant le texte officiel d’accord qui doit être soumis samedi 5 décembre, deux autres moutures devraient circuler, afin de faciliter la discussion, même si le dit texte ne représente qu’un début d’accord.

Des engagements supplémentaires sur des sujets annexes sont attendus la semaine suivante, et les négociations vont bon train de ce côté là, selon une source européenne.  Mais des problèmes sérieux demeurent et sont sources de frictions : la différenciation Nord-Sud, les enjeux financiers, et la transparence des engagements de réduction d’émissions.

Les ONG frustrées par l’UE

Sur ces sujets notamment, les ONG et autres représentants de la société civile se plaignent de la discrétion de l’UE, une stratégie relativement inhabituelle de la part du groupe des 28.

« Nous avons besoin d’entendre la voix de l’Union européenne, si on veut que l’ambition soit maximale il faut que ceux qui défendent ces positions sortent du bois » a demandé Kaisa Kosonen, chargé de campagne chez Greenpeace.

Un point de vue partagé par Mathieu Orphelin. « L’UE pourrait faire plus ! On a pas l’impression que l’UE fait son maximum, alors que l’UE a un rôle important à jouer » a développé le porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot.

Une critique rejetée par les européens. « Les ONG ont leur propre stratégie, c’est normal, mais à l’heure actuelle l’UE fait un vrai travail de fond » assure un diplomate européen. La veille, une représentante de la présidence luxembourgeoise avait également contesté cette approche.

« Nous travaillons, nous poussons pour des compromis sur des sujets essentiels. Et je peux vous dire que l’UE n’est pas seule sur ces priorités : les États-Unis soutiennent les mêmes positions » souligne Elina Bardram, en charge des négociations à DG Climat.

De fait depuis le début de la COP21, l’Union européenne d’ordinaire championne des questions climatiques s’est fait plus que discrète. Une position nouvelle dans les « Conférence des parties », qui «permet à d’autres parties prenantes de prendre le leadership» espère une source française.

Ce qui n’est pas vraiment le cas pour l’heure. Les pays les plus vulnérables peinent à rappeler au groupe G77 + Chine son engagement pour une ambition globale plus importante, soit une hausse maximale des températures réduite à 1,5 °. Au sein de l’Europe, les négociateurs n’ont de mandat pour réclamer un tel objectif, même si le président français l’a évoqué, tout comme l’ambassadeur allemand.

>>Lire : Une majorité d’états veut limiter la hausse des températures à +1,5°C

Canada, Etats-Unis et Australie bloquent sur le financement

Et le groupe en question, qui a fait part de son mécontentement sur les questions financières, reproche notamment à un bloc de pays dont le Canada, les Etats-Unis et l’Australie, de ne pas vouloir à s’engager financièrement sur le financement de la transition énergétiques dans les pays en voie de développement. »

Selon Nozipho Mxakato-Diseko, secrétaire générale du G77 + Chine, et ambassadrice d’Afrique du Sud la question du financement reste irrésolue. « Le texte n’est pas précis ! On ne peut pas demander aux pays du Nord « qui peuvent le faire  » de contribuer au financement ! A la maison si je demande à quelqu’un « qui peut le faire » de passer le balai je suis sûre que ce ne sera pas fait !» estime avec humour la diplomate.

Contexte

Pour parvenir à un nouvel accord universel sur le climat, applicable à tous, les délégués des 195 pays-parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) se sont régulièrement réunis pour avancer sur le texte qui sera voté à Paris en décembre.

Lors de la première session de négociations, du 8 au 13 février à Genève (Suisse), ils ont poursuivi les travaux à partir des premiers éléments déjà produits lors de la COP20 de Lima (Pérou), du 1er au 14 décembre 2014. Au terme d’une semaine de travail, les délégués se sont mis d’accord sur un texte de 86 pages devant servir de base pour les sessions suivantes au nombre de quatre. La dernière session a eu lieu du 19 au 23 octobre à Bonn (Allemagne), siège de la CCNUCC. Les 1 300 délégués ont finalisé le texte qui sera discuté lors de la COP21

En parallèle du processus de négociation, le ministre des Affaires étrangères et du Développement international et futur président de la COP21 Laurent Fabius a organisé deux réunions de consultations ministérielles informelles, en juillet (en savoir plus) et en septembre (en savoir plus), à Paris. L’objectif de ces séances de travail a été de trouver des compromis pour permettre d’avancer dans les négociations. Plus d’une cinquantaine de ministres ont répondu à chaque fois à l’invitation.

Cette année de négociations a été marquée par la publication du rapport de l’OCDE avec le think tank Climate Policy Initiative sur les financements climat le 7 octobre. D’après le rapport, 62 milliards de dollars ont été mobilisés en 2014 par les pays développés en faveur des pays en développement pour les aider à faire face aux changements climatiques (en savoir plus). Une annonce qui a permis constater que l’objectif des 100 milliards de dollars par an d’ici 2020, pris par les pays développés à Copenhague en 2009 (en savoir plus), est à portée de main.

En plus du volet financier, l’autre temps fort a été la publication du rapport de synthèse de la CCNUCC sur les contributions nationales le 30 octobre. Les pays avaient jusqu’au 1er octobre pour publier leur feuille de route sur leur politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), afin qu’elles soient comptabilisées dans la synthèse. La CCNUCC a étudié l’impact de 146 contributions nationales. En l’état, la trajectoire mondiale des émissions de GES dessinée par les contributions publiées nous situeraient en 2030 sur une trajectoire menant à environ 3°C à la fin du siècle, comprise entre 2,7 et 3,5°C. Le scénario du pire, avec un réchauffement proche des 4,5 voire 6°C, qui correspond aux trajectoires actuelles d’émissions et jusqu’ici considéré par les scientifiques comme le plus probable, s’éloigne. Grâce à ces contributions, l’objectif des 2°C d’ici 2100 peut être atteint, à condition d’accélérer la dynamique . Un des enjeux de l’accord de Paris sera de mettre en place un mécanisme de révision périodique, idéalement tous les cinq ans, pour relever l’ambition de chacun et d’améliorer progressivement la trajectoire collective.

Le dernier rendez-vous avant la COP21 a eu lieu à Paris du 8 au 10 novembre à Paris. Plus de 60 ministres venus du monde entier ont répondu à l’invitation du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius pour la pré-COP.