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08/12/2016

La perspective du Brexit attise les critiques de la droite envers Bruxelles

Politique

La perspective du Brexit attise les critiques de la droite envers Bruxelles

Le siège des Républicains, à Paris

Tout en prétendant adhérer au projet européen, le parti dirigé par Nicolas Sarkozy multiplie les attaques en règle contre la Commission européenne, accusée de « faire sortir le Royaume-Uni et rentrer la Turquie».

Au sein des groupes politiques européens, les Français ont l’habitude de ruer dans les brancards. Mais à la faveur de la campagne présidentielle qui démarre en France, la distance entre le groupe PPE et le parti des Républicains se fait de plus en plus marquée. En témoignent les critiques adressées à la tribune de Jean-Claude Juncker sur le marché unique européen, mais aussi celles formulées lors de la convention Europe organisée en mai chez Les Républicains, et qui a tenu lieu de défouloir.

« Faire sortir le Royaume-Uni et rentrer la Turquie »

« Entre les europhobes et les eurolâtres, les Européens convaincus ne se reconnaissent plus dans le projet européen » avait alors assuré Nicolas Sarkoky, estimant que « le projet européen avait vieilli », et que le grand chelem de l’Europe, ce serait de « faire sortir le Royaume-Uni et rentrer la Turquie ». Une formule qui sous-tend de tenir Bruxelles pour responsable du Brexit.

Le 14 juin, l’eurodéputé Françoise Grossetête a dénoncé « les inventaires à la Prévert sur les avancées du marché unique, qui réduisent nos concitoyens à l’état de consommateurs (…) Il est grand temps de sortir de ces argumentaires technocratiques et de le clamer enfin : l’Europe n’est pas qu’un grand marché, un assemblage de programmes sectoriels, une machine à produire des normes… L’Europe a une âme, une Histoire, une culture !».  Une formule qui vise directement la tribune du président de la Commission européenne, qui s’intitulait «Pour l’achèvement du marché unique de l’Union européenne» .Dans ce texte, l’ex premier ministre du Luxembourg et Mark Rutte, Premier ministre des Pays-Bas, appelait les Etats membres à accélérer la mise en place du marché unique notamment numérique, en estimant que celà créerait 

LR propose de changer les traités

Ces critiques révèlent en creux les relations compliquées entre la droite française et l’UE.

« La partie la plus exaltante de ma vie politique fut le moment où j’ai exercé la présidence de l’UE » se souvient Nicolas Sarkozy avec nostalgie, dont le parti propose aussi des positions concrètes pour l’Europe. Dont une révision des traités, ce qui parait toutefois peu envisageable à l’heure actuelle, vu la faible adhésion des populations au projet européen.

Le paradoxe étant que le parti des Républicains entretient largement ce désamour. Le questionnaire soumis aux militants, après la rencontre sur l’Europe, a montré une forte adhésion aux critiques envers l’UE exprimées par le dirigeant du parti. Selon les résultats publiés le 25 mai,  90 % des militants ont fait leur l’idée selon laquelle il faut « rétablir les contrôles aux frontières nationales tant qu’un nouveau Schengen garantissant une protection efficace des frontières de l’Europe n’aura pas été décidé »

Douaniers non français ?

Et les propositions de réforme sont émaillées de violentes critiques contre la Commission actuelle. Ainsi, le parti ne veut pas de garde-frontières européens, et a fortement critiqué le projet actuel de la Commission sur le sujet. « Vous imaginez des douaniers bulgares aux frontières françaises ?» s’est interrogé le dirigeant, assurant qu’il fallait créer un EuroSchengen, à l’image de l’Eurogroupe, qui dirigerait Frontex. Le parti de droite s’interroge également sur la liberté de circulation, surtout des non-Européens, mais aussi des Européens. Il a aussi rejoint la proposition de David Cameron en « demandant un délai de 5 ans de résidence avant de pouvoir bénéficier de contributions sociales ».

Enfin le parti condamne le projet de répartition des migrants par relocalisation dans les États membres, qu’il juge inadapté. La décision a déjà été attaquée devant la Cour de justice de l’Union européenne par la République tchèque et la Hongrie.

Un débat fermé

«Le problème, c’est qu’il n’y a pas de vrai débat, comme le montre le questionnaire avec des questions fermées : on a le droit de penser que comme Nicolas Sarkozy » soupire un adhérent LR.

Un point de vue que n’est pas loin de partager Alain Lamassoure, chef de la délégation LR au Parlement européen, et européen convaincu. Interrogé par EurActiv, il confirme certaines critiques des Républicains, tout en prenant ses distances avec la stratégie. « Le débat a été riche et intéressant, même s’il débouche sur des idées très convenues » assure-t-il, tout en regrettant que le questionnaire qui a suivi la convention soit conçu pour guider des réponses évidentes. « Cela permet de dire que les militants suivent le dirigeant du parti » critique l’ancien ministre.

Une méthode qu’il avait déjà interrogée, à l’automne dernier, dans une tribune :

On ne va pas rétablir des contrôles à Roubaix parce qu’il y a une guerre en Syrie

Sur la question de la relocalisation des migrants, l’eurodéputé rappelle qu’il a toujours exprimé des doutes sur sa concrétisation. « Mais il faut faire des contre-propositions pour exprimer la solidarité européenne » estime-t-il. Ce dont s’est bien gardé le parti Républicain.

FMI européen

Sur les questions économiques, les propositions des Républicains semblent plus consensuelles. Le besoin de refonte de l’Union économique et monétaire fait l’objet de plusieurs rapports parallèles, comme celui du Parlement européen sur un budget pour la zone euro, ou encore un rapport en cours de préparation par Pierre Moscovici.

>>Lire : Le budget de la zone euro, un projet de coureur de fond

Les Républicains soutiennent une réforme, qui verrait un poids prépondérant de la France et de l’Allemagne représentée au sein de l’eurogroupe. Ils appellent également de leurs vœux, à l’instar d’Angela Merkel, la mise en place d’un FMI européen, là où la gauche préfère parler de Trésor européen selon une vision nettement plus fédéraliste.

>>Lire : La peur du Brexit pousse la droite française à parler d’Europe