La Fabrique écologique sans concession sur les propositions des candidats

L'intérêt des politiques pour l'écologie varie dans le temps, rappelle Géraud Guibert. [Philippe Grangeaud/Flickr]

Le club de réflexion transpartisan propose 14 mesures clés en main pour verdir l’action du prochain président de la République. Un article de notre partenaire, Le Journal de l’Environnement.

L’indigence environnementale des programmes n’est plus un problème. Là où les écuries présidentielles peinent à broyer du vert, les think tanks font fleurir les propositions clés en main.

Après un petit galop d’essai cet automne, la Fabrique écologique vient d’enrichir le débat public. Ce jeudi 16 février, la boîte à idées présidée par Géraud Guibert a livré son analyse sur la prise en compte des principales thématiques environnementales dans les programmes des principaux candidats. Celles-ci comprennent le climat, le mix énergétique, le gaz et le pétrole de schiste, la mobilité durable, le principe de précaution, la rénovation énergétique, la fiscalité et le prix du carbone, les normes, la démocratie environnementale, l’artificialisation des sols, la biodiversité, l’agriculture et l’alimentation, l’éducation. Verdict: peut mieux faire.

Un intérêt variable

Mais comme le think tank est réputé transpartisan, tout cela est exprimé avec finesse: «On est surpris de voir que l’intérêt des politiques pour l’écologie est très variable. Il y a eu une grosse mobilisation à l’occasion de la COP 21, qui s’est beaucoup calmée depuis», note l’ancien directeur de cabinet de la ministre de l’environnement Nicole Bricq.

Autre critique: le flou des mesures programmatiques. «Les candidats ont un intérêt marqué pour les thématiques internationales, le climat notamment. Mais ils ont beaucoup de difficultés à traduire leurs engagements en politiques concrètes.» Nombre d’entre eux s’accordent pour rénover les logements, augmenter la part des énergies renouvelables ou accroître la part du bio dans les repas scolaires. «Mais où sont leurs propositions qui permettraient vraiment d’avancer sur ces sujets?», questionne l’ancien fabiusien.

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Pas de favori

«Les mesures sont souvent mal écrites, renchérit Martin Guespereau. On voit bien les intentions, mais pas les moyens qui permettront d’atteindre les buts visés», poursuit l’ancien directeur général de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail. Une critique qui vaut aussi pour certains articles de la loi sur la transition énergétique.

Si la Fabrique s’interdit d’endosser la moindre casaque, ses experts ne dédaignent pas décocher quelques traits aux démagogues de l’environnement: «Je voudrais que l’on m’explique comment mener une politique climatique en refusant l’Accord de Paris», s’interroge le magistrat, qui n’évoquera pas autrement Marine Le Pen.

Pas de grand soir vert

Constructifs, les 700 experts (revendiqués) de la Fabrique se sont donc mis au travail pour concocter une batterie de mesures intégrables à la plupart des plates-formes programmatiques. Pas de grand soir vert à attendre: «Il s’agit de mesures qui peuvent être appliquées et donner des résultats durant le quinquennat», précise Géraud Guibert.

Et il y en a pour tous les goûts. Les adorateurs de la transition énergétique se réjouiront de la suppression de la pauvreté énergétique en 2022, du principe ‘un pour un’ appliqué aux énergies électriques, de la loi organisant la mobilité durable. Pas question de supprimer (tout de suite) les dépenses fiscales nuisibles à l’environnement. Mais pourquoi ne pas les plafonner? Et quitte à se donner bonne conscience carbonique, autant confirmer et amplifier la trajectoire du prix du carbone.

Dans leur assiette, les amateurs dégusteront un programme de reconquête des sols artificialisés, un suivi obligatoire des produits bio et de qualité dans les cantines. A destination des éco-consommateurs: l’affichage obligatoire (pour les produits blancs coûtant au moins 500 €) de l’affichage de la durée de vie des appareils électro-ménagers.

Les candidats se saisiront-ils de la quinzaine de mesures de la Fabrique? Pas impossible. A l’initiative du think tank, Science Po Paris organise la semaine prochaine

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