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30/08/2016

La France, championne d’Europe des expulsions de Roms

Politique

La France, championne d’Europe des expulsions de Roms

Manifestation de Roms à Paris

(Crédit : Philippe Leroyer / Flickr.com)

Il n’y a pas de trêve hivernale pour les Roms des bidonvilles français. En 2014, quatre habitants des bidonvilles sur cinq ont été expulsés. Une proportion visiblement plus élevée que dans les autres pays européens où l’intégration des Roms n’est pourtant pas non plus assurée.

300 Roms sont expulsés en France chaque semaine, et en 2014, ce sont 13483 d’entre eux qui ont été délogés, selon la Ligue des droits de l’homme et le European Roma Rights Centre (ERRC, centre européen des droits des Roms) 

En 2013, Manuel Valls, actuel premier ministre,  avait fait l’objet d’une mise en examen suite à des déclarations concernant le manque de volonté des Roms de s’intégrer à la société française. « Nous le savons tous, la proximité de ces campements provoque de la mendicité et aussi des vols, et donc de la délinquance. […] les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie », avait-il déclaré.

Des propos qui illustrent  la stigmatisation et la marginalisation des Roms en France.

Lors d’une conférence de presse organisée à Paris par la Ligue des droits de l’homme et le European Roma Rights Centre, une jeune Rom, Iasmina Dragomir était là pour témoigner.  « On ne fait rien de grave, on n’est pas dangereux, on veut seulement travailler et aller à l’école ». Cette jeune Rom de 21 ans est arrivée en France avec son frère à l’âge de 14 ans. Originaire de Roumanie, elle a désormais un travail, un appartement et une famille, une vie dont elle n’aurait pas rêvé si elle était restée en Roumanie où la discrimination peut s’avérer pire. Elle s’indigne du nombre d’expulsions en France et des méthodes employées par les maires et les forces de l’ordre.

Si aucune statistique officielle ne peut étayer ces propos, le réseau de la ligue des droits de l’homme est formel : les préfectures françaises seraient les seules à s’acharner autant sur les camps de Roms. Surtout, les opérations de démantèlement contreviennent aux recommandations du Conseil sur l’intégration des Roms.

Daté de fin 2013, ce texte directement adressé à la France appelait les États membres à « s’assurer que les expulsions forcées sont faites dans le respect des lois européennes ainsi que dans le respect de la Convention européenne des droits de l’homme ».

>> Lire : L’intégration des Roms se poursuit péniblement en France

Une situation critique dans les pays d’Europe de l’Est

Dans les pays de d’Europe de l’Est, même si les expulsions sont moins fréquentes, le racisme envers les Roms est très profond. « Dans ces pays, la discrimination est structurelle », explique Manon Fillonneau, chargée de mission Droits de l’homme pour l’ERRC. En Hongrie ou en République Tchèque, « des enfants roms sont placés de manière abusive dans des écoles pour handicapés mentaux » a-t-elle ajouté. En 2013, « [les enfants roms] représentaient près de 30 % des enfants inscrits dans ces classes », rappelle un communiqué de presse d’Amnesty International.

Le 25 septembre 2014, la Commission européenne a ouvert une procédure d’infraction contre la République tchèque pour violation de la loi relative à la lutte contre la discrimination en vigueur dans l’UE. 

« À l’école, on nous demandait qui était Tsiganes, on devait se lever, aller au fond de classe et laisser les Roumains s’asseoir devant », se souvient Iasmina Dragomir.

En 2012 en Serbie, près de 1000 Roms ont été expulsés d’un bidonville à Belgrade et relogés dans des conteneurs en métal. En Roumanie, les Roms sont expulsés et souvent contraints de s’installer près de décharges publiques.

>> Lire : Les États membres restent défaillants sur l’intégration des Roms

Finlande et Espagne, les pays exemplaires de l’UE

Si la France et d’autres pays de l’UE marginalisent les Roms, d’autres parviennent à développer des politiques d’intégration. C’est le cas de la Finlande par exemple, qui depuis le début des années 1970 fournit un logement à tous les Roms du pays, ou de l’Espagne, qui travaille à insérer les Roms via de vastes programmes sociaux.

Moins d’expulsions, plus d’intégration

« Il faut mettre un terme aux évacuations forcées de bidonvilles non accompagnées de solutions durables d’hébergement, car ces évacuations ne font que déplacer et amplifier les problèmes. Il est, en outre, impératif de donner la priorité à l’accès de tous les enfants roms à l’école. Il n’est pas acceptable que dans un campement comme celui où je me suis rendu à Marseille, aucun des 25 enfants qui y vivent depuis près de deux ans ne soit scolarisé », a déclaré Nils Muižnieks, commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe.

La solution est pourtant claire : reloger les Roms de manière sérieuse et durable. En ce sens, la Ligue des droits de l’homme et le ERRC ont rappelé qu’il serait nécessaire, dans un premier temps, de sécuriser les bidonvilles en mettant en place un accès à l’eau et à l’électricité. Puis, lorsque la population sera stabilisée dans ces lieux de vies, ces bidonvilles pourront être résorbés petit à petit et les familles relogées une à une.

Même si l’UE insiste depuis longtemps sur la nécessité d’une meilleure politique d’intégration et met des milliards d’euros à disposition via son Fond social européen, elle n’a toujours pas mis en place d’initiatives contraignantes. « L’intégration des Roms est avant tout une responsabilité des Etats membres. La Commission a mis en place des stratégies et un cadre juridique, mais sa responsabilité s’arrête là» , explique une porte-parole de la Commission.

Contexte

Les Roms forment la plus grande majorité ethnique d’Europe. Ils sont entre 10 et 12 millions en Europe, dont 6 millions vivent dans l’Union européenne. Près de la moitié de cette population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Victimes d’exclusion sociale, de discrimination et de préjugés, les Roms ont difficilement accès à l’emploi, l’éducation, le logement et la santé. Bruxelles met pourtant à disposition de ses pays membres des aides financières pour des projets ciblant l’intégration des Roms, mais les États n’investissent pas et se contentent de déplacer le problème en expulsant ces populations.

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