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22/01/2017

La France dénonce un acte de guerre après les attentats

Politique

La France dénonce un acte de guerre après les attentats

Des policiers près du lieu de l'attaque la plus sanglante, dans une salle de concert de l'Est parisien. [Reuters]

Les attentats du 13 novembre en France ont fait 129 morts et 350 blessés. Trois personnes, qui sont visiblement les terroristes recherchés, ont été interpellées samedi à la frontière belge. L’épisode risque d’ouvrir une brèche dans la politique européenne d’accueil des réfugiés.

En état de choc après une attaque terroriste qui a tué près de 130 personnes en 8 endroits différents, tout en faisant 350 blessés dont une centaine de blessés graves, la France a décreté l’état d’urgence. La préfecture de Paris a déconseillé aux habitants de sortir de chez eux, alors que la police se lançait sur la piste des terroristes visiblement en fuite. Si plusieurs d’entre eux dont deux kamikazes ont trouvé la mort, la police soupçonne notamment des complices.

A deux semaines d’élections régionales et de la COP21, les attentats ont détourné l’attention des politiques sur le terrorisme et la réponse européenne à la crise des réfugiés. La violence des attentats met l’Union européenne au pied du mur sur sa stratégie commune, déjà largement fissurée.

La Pologne a ainsi indiqué qu’elle interrompait l’accueil des réfugiés après les attentats

>>Lire : La Pologne prend prétexte des attentats de Paris pour suspendre l’accueil des réfugiés

« Des gens essaieront de déguiser les réfugiés en terroristes, nous devons combattre ce point de vue, autrement les terroristes gagnent » a indiqué le Premier ministre, posant très exactement la problématique à laquelle l’Union européenne sera confrontée dans les prochaines semaines.

Un passeport de réfugié syrien retrouvé au Bataclan

Un passeport syrien a en effet été retrouvé sur les lieux d’un des attentats, au Stade de France. Le propriétaire du passeport aurait été enregistré en Grèce en tant que réfugié, ce qui est relativement surprenant en raison du faible nombre de réfugiés que la Grèce enregistre effectivement avant la mise en place de « hotspots » mi-octobre.

La police ignorait samedi si le document appartenait effectivement à l’un des terroristes, mais l’hypothèse tend à mettre en danger la politique européenne d’accueil des réfugiés.

Le chef de l’Etat syrien a d’ailleurs accusé la France de mener une politique « erronée » dans la région, qui serait selon lui responsable des attentats terroristes. « Les politiques erronées adoptées par les pays occidentaux, notamment la France dans la région ont contribué à l’expansion du terrorisme », a indiqué M. Assad devant une délégation française dirigée par le député Thierry Mariani (député Les Républicains). « La France a connu (vendredi) ce que nous vivons en Syrie ».

La France est un des Etats les plus présents en Syrie aux côtés des Etats-Unis. 

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Trois équipes de terroristes selon le procureur de Paris

Le procureur de la République de Paris a indiqué que les enquêteurs recueillaient des témoignages, mais souhaitait conserver un maximum d’informations confidentielles.

Les terroristes seraient tous arrivés sur les lieux des attentats dans des Seat noires ou des Polo, et au moins trois d’entre eux portaient des ceintures d’explosifs du même type. Les terroristes ont selon le procureur évoqué la Syrie et Daesh au Bataclan. 

« Trois équipes de terroristes coordonnées sont à l’origine de cette barbarie. L’enquête va se concentrer sur l’identificationes des personnes, de leur trajectoires et de leur financement » a indiqué le procureur. Un Français a été identifié parmi les terroristes, né à Courcouronnes en 1985. Le procureur a confirmé qu’un visa syrien avait été trouvé au Stade de France.  « Il apparait que les 7 terroristes ont fait usage de fusils d’assaut et d’un dispositif d’explosifs visant à faire un maximum de victimes en se donnant la mort.

Le procureur a salué la bonne coopération internationale notamment avec la Belgique après l’interpellation de trois individus identifiés comme complices potentiels des terroristes.

Malgré l’état d’alerte quasi-maximal, le gouvernement français a fait part de son intention de maintenir l’organisation de la conférence sur le climat.

La France confirme l’organisation de la COP21 sous sécurité renforcée

La COP21 doit se tenir » a assuré Laurent Fabius, samedi 14 novembre à Vienne, où il participait à une réunion internationale sur la situation en Syrie.

La COP21 se tiendra avec des mesures de sécurité renforcées mais c’est une action absolument indispensable contre le dérèglement climatique et bien évidement elle se tiendra.(…)L’action internationale de la France continue et elle est assurée » a complété le ministre des Affaires étrangères français, en précisant qu’il se rendrait au G20 pour remplacer François Hollande, qui reste en France.

Plus tôt dans la journée, l’équipe organisatrice de la COP21 s’était réunie pour faire un point sur l’organisation de la conférence.

Les organisateurs attendent environ 40.000 personnes pour la conférence internationale qui se tiendra au Bourget, du 30 novembre au 11 décembre, dont 3000 journalistes. Les chefs d’Etat des 180 pays représentés à la COP21 sont aussi attendus le 30 novembre à Paris. Le président russes, américains et le Premier ministre chinois ont déjà annoncé leur intention de faire le déplacement.

La France était déjà entrée, vendredi 13 novembre, en phase de surveillance renforcée du territoire avec la suspension de Schengen et le rétablissement de contrôle aléatoire aux frontières.

L’état d’urgence déclaré par François Hollande a permis de déployer des forces de sécurité supplémentaires, tout en donnant des pouvoirs accrus aux forces de police. Le gouvernement français n’a pas exclu d’établir des couvre-feux si nécessaire.

La question de la sécurité autour de la COP21 était déjà un sujet de discorde entre la société civile et les organisateurs.

>>Lire : Schengen suspendu pour 30 jours pour la COP21

Réactions

«L'Union Européenne est profondément choquée et en deuil après les attaques terroristes de Paris. Il s'agit d'une attaque contre nous tous. Nous ferons face à cette menace ensemble, avec tous les moyens nécessaires et une détermination sans faille. La France est une grande et forte nation. Ses valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité ont inspiré et continuent d'inspirer l'Union Européenne. Aujourd'hui nous sommes unis avec le peuple français et le gouvernement de la France. Cet acte terroriste méprisable atteindra l'objectif inverse de celui qui était recherché et qui était de diviser, de faire peur et de semer la haine. Le bien est plus fort que le mal. Tout ce qui peut être fait au niveau européen pour assurer la sécurité de la France sera fait. Nous ferons ce qui est nécessaire pour vaincre l'extrémisme, le terrorisme et la haine. Nous, les Européens, nous nous souviendrons tous du 13 novembre 2015 comme d'un jour de deuil européen. Tous les Européens sont invités à se joindre à une minute de silence en mémoire des victimes à midi le lundi 16 novembre» ont déclaré les chefs d'Etats ou de gouvernement de l'Union européenne.

«Mes chers compatriotes, ce qui s'est produit hier à Paris et à Saint-Denis près du Stade de France, c'est un acte de guerre et face à la guerre le pays doit prendre les décisions appropriées. C'est un acte de guerre qui a été commis par une armée terroriste, Daech, une armée de jihadistes, contre la France, contre les valeurs que nous défendons partout dans le monde, contre ce que nous sommes, un pays libre qui parle à l'ensemble de la planète. C'est un acte de guerre qui a été préparé, organisé, planifié de l'extérieur et avec des complicités intérieures que l'enquête permettra d'établir», a déclaré le président français, François Hollande.

«Les attentats de janvier dernier s'attaquaient à la liberté de penser. Ceux de la nuit dernière s'attaquent à la liberté de vivre. A travers ces massacres, c'est l'humanité entière, dans ce qu'elle a de plus fraternel qui est visée. C'est le sens des messages de solidarité que notre pays reçoit du monde entier aujourd'hui. Il faut résister ensemble à la terreur qui tente de s'installer. Ne pas, ne jamais céder, aimer et défendre la France et ce qui fait sa richesse, sa diversité» a déclaré la délégation socialiste au Parlement européen.

Le Conseil français du culte musulman (CFCM), l'instance représentative de l'islam en France, a réagi très tôt, appelant «à l'unité et à la solidarité» face à des «attaques odieuses et abjectes». Samedi à la mi-journée, ce sont toutes les grandes fédérations musulmanes, y compris l'UOIF (proche des Frères musulmans) et les piétistes du Tabligh de l'association Foi et Pratique, qui ont dénoncé la «barbarie la plus abjecte, revendiquée par Daech

Confrontée en son territoire à un acte de guerre terroriste planifié depuis l’extérieur d’une barbarie sans précédent, la France fait face avec courage et dans l’union nationale.
Nous sommes d’abord aux côtés des victimes, frappées hier soir de manière abjecte, aux côtés de leurs familles, de leurs proches, dans le deuil et le chagrin. Dans le cadre des trois jours de deuil national décrétés par le Président de la République, et à la demande du Premier Ministre, j’ai demandé aux préfets d’organiser lundi 16 novembre à 12heures un moment de recueillement permettant aux agents publics de s’associer à cet hommage" a déclaré le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve.

Je me rejoins à @POTUS en condamnant les attentats terroristes à Paris. C'est une aggression contre l'humanité et les gens épris de liberté.

— John Kerry (@JohnKerry) 14 Novembre 2015

Face à l'inhumanité et la barbarie terroristes,la France et l'Europe sauront résister et affirmer leurs valeurs:liberté, égalité, fraternité

— Pierre Moscovici (@pierremoscovici) 14 Novembre 2015