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19/01/2017

La France en tête dans la chasse aux financements du plan Juncker

Politique

La France en tête dans la chasse aux financements du plan Juncker

Emmanuel Macron et Carlos Moedas à Paris, le 23 juillet

Le fonds d’investissement créé par le plan Juncker a pris une participation dans un fonds français dédié aux énergies renouvelables.

L’enthousiasme de la France pour le plan Juncker s’est de nouveau manifesté jeudi 20 juillet avec la signature d’un nouvel accord. En apportant 50 millions d’euros de fonds propres à Omnes Capital pour le lancement de son troisième fonds sur les énergies renouvelables, Capenergie 3, la BEI devrait permettre à Omnes Capital de lever 200 millions d’euros d’ici la mi-2016. A terme, Omnes Capital estime qu’un milliard d’euros seront mobilisés au total, principalement dans la production d’énergies renouvelables sur le sol français, mais aussi pour des réseaux de chaleur. Le projet pourrait créer environ 500 emplois indirects, à raison d’un emploi créé en moyenne par megawattheure. Omnes Capital est spécialise du financement des PME, et notamment actionnaire de BlablaCar.

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« Avec 100 millions d’euros, nous allons pouvoir investir un milliard, c’est ça la magie de la Banque européenne d’investissement. Et ce sont des sommes qui n’auront pas seulement à des grands projets, mais aussi à des petites structures » assure Serge Savasta, d’Omnes Capital. Selon l’investisseur, le projet pourrait créer environ 500 emplois indirects, à raison d’un emploi créé en moyenne par megawattheure.

Première prise de capital dans un fonds pour le FEIS

L’originalité de l’accord signé jeudi tient surtout dans sa structure : le fonds du plan Juncker, ou Fonds européen d’investissement spécialisé, prend une participation dans…un autre fonds. Et c’est justement ce que le ministre français de l’Économie, Emmanuel Macron, veut encourager. « Ce sera beaucoup plus efficace si nous procédons comme ça plutôt que par des participations directes. Nous n’avons pas de « vulture capital » en Europe, et c’est ce qui manque » a assuré l’ancien banquier de Rostchild. Ces fonds sont dits « vautours » en raison de leur avidité : en échange de risques importants ils demandent des retours sur investissement élevés. Selon le ministre français, le plan Junker doit justement permettre de financer la prise des risques, et non pas des projets matures. Une assertion qui mériterait d’être confirmée ; pour l’heure, le fonds d’investissement de la BEI, le FEI, est au contraire connu pour sa frilosité. La BEI protège en effet jalousement son triple AAA et évite les investissements qui pourraient dégrader sa notation.

La France à l’avant-garde

Le commissaire Carlos Moedas, en charge de l’enseignement supérieur et de l’innovation, a de son côté insisté sur l’excellence de la France en matière d’innovation. « La France doit être un exemple pour les autres pays.  D’ailleurs 10 % des publications scientifiques françaises sont parmi les 10 % les plus consultés au monde » a expliqué le commissaire enthousiaste.

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De fait, la France a été à l’avant-garde du plan Juncker, qu’elle avait appelé de ses vœux avant-même l’arrivée de la nouvelle Commission européenne. Sur les 14 premiers projets financés dans ce cadre, 3 sont français; les deux projets précédents portaient sur des prêts également dédiés à la transition énergétique. L’hexagone avait déjà pris de l’avance avec la précédente Commission. Sur la précédente période, le Fonds européen d’investissement, sorte de mini plan Juncker, a investi dans une trentaine de projets, dont 10 français.

PME innovantes et secteurs privilégiés

Au total, entre le programme Horizon 2020 et le plan Juncker, 30 milliards d’euros doivent être investis dans les PME innovantes par ce nouvel outil. En fait, plus d’un tiers des fonds étaient déjà disponibles dans le cadre Horizon 2020 ; mais les technocrates bruxellois assurent que l’efficacité du plan Juncker sera plus important, notamment en raison de la signature de la Banque européenne d’investissement qui rassure tout type d’investisseur, favorisant un effet multiplicateur.

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Le commissaire Moedas a aussi rappelé que certains secteurs allaient être privilégiés, et a présenté une version toute personnelle des secteurs en question. Selon lui, il s’agirait des secteurs de l’énergie, de la santé, de l’alimentaire et de l’eau.  « Tous ces secteurs ont vécu dans un monde physique seulement, il faut qu’ils passent à l’ère numérique » a assuré le commissaire.

Jusqu’à présent, la Commission avait surtout mis en avant les secteurs de l’énergie et du numérique en général.

Contexte

La Commission a dévoilé en novembre 2014 le mécanisme de son nouveau plan d'investissement de 315 milliards d'euros.

L'argent qui alimentera ce plan sera investi prioritairement dans les pays du sud de l'Europe, durement touchés par la crise, dans un mouvement de solidarité entre les États membres.

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L'idée sur laquelle a travaillé l'équipe du vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, est celle de créer un nouveau Fonds européen pour les investissements stratégiques à partir de 5 milliards d'euros de la Banque européenne d'investissement (BEI) et la garantie d'une contribution 8 milliards d'euros de fonds européens existants, contribution susceptible d'être élargie jusqu'à 16 milliards.

La garantie de 8 milliards d'euros sera injectée sur trois ans et proviendra du mécanisme pour l'interconnexion en Europe (3,3 milliards), du programme de recherche Horizon 2020 (2,7 milliards) et d'une « marge budgétaire », c'est-à-dire des fonds non utilisés (2 milliards).

Le fonds pour les investissements stratégiques, de 21 milliards d'euros au départ, devrait générer quelque 240 milliards en investissements à long terme et 75 milliards pour les PME et les sociétés de moyenne capitalisation sur deux ans, entre 2015 et 2017.

La question du manque de liquidité se pose cependant, et certains eurodéputés ont qualifié le plan de « recyclage et réétiquetage » de programmes existants.

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