La Hongrie s’exempte des règles européennes sur l’accueil des réfugiés

En pleine crise migratoire, la Hongrie a annoncé la fermeture de sa frontière avec la Serbie [defotoberg/Shutterstock]

Le gouvernement de Viktor Orban  a brisé un nouveau tabou en suspendant, au nom des « intérêts hongrois », un règlement européen clé sur les demandes d’asile, Bruxelles demandant immédiatement une « clarification ».

Budapest a suspendu unilatéralement l’application de règles de l’Union européenne en matière de droit d’asile, provoquant l’ire de ses partenaies européens. « La barque est pleine », a justifié le porte-parole du gouvernement Zoltan Kovacs, en rappelant que la Hongrie connaissait un afflux exceptionnel de migrants depuis le début de l’année.

Le règlement « Dublin III », remis en cause, organise l’examen des demandes d’asile en Europe. Il dispose qu’une demande d’asile doit être examinée par le premier pays européen dans lequel la personne est arrivée. Dans un communiqué Budapest, dit l’avoir suspendu sur son sol « pour une durée indéterminée » et « pour des raisons techniques ».

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La Commission européenne a réagi en début de soirée en réclamant à la Hongrie « une clarification immédiate sur la nature et l’étendue de ce problème technique ».

« Comme les règles de Dublin ne prévoient pas la suspension du transfert (des migrants demandeurs d’asile) par les États membres dans lesquels ils arrivent, la Commission a demandé à la Hongrie une clarification immédiate sur la nature et l’ampleur de la défaillance technique et sur les mesures prises pour remédier à cette situation », a déclaré une porte-parole de la Commission européenne.

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La règle « Dublin III » est au coeur d’une polémique franco-italienne ces derniers jours, lorsque Paris a réclamé que 200 migrants arrivés à la frontière franco-italienne de Vintimille, après avoir été enregistrés en Italie, soient « réadmis » dans ce pays.

Le gouvernement hongrois dirigé par le conservateur Viktor Orban affirme que « le système de gestion des réfugiés en Hongrie est surchargé », conduisant ce pays d’Europe centrale à « jouer un rôle qui est au-dessus de ses forces ».

Le sujet de la règlementtation européenne en matière de réfugiés devrait d’ailleurs être discuté lors du Conseil européen des 25 et 26 juin.

Protéger notre population

« Nous souhaitons tous une solution européenne, mais nous devons défendre les intérêts hongrois et protéger notre population », a plaidé M. Kovacs dans deux entretiens au journal autrichien Die Presse et au site hongrois Index.

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Selon les chiffres officiels, la police hongroise a interpellé plus de 60.000 migrants illégaux entre le 1er janvier et lundi 22 juin. Presque toutes ces personnes, arrivant pour la plupart de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan, mais aussi du Kosovo, ont été arrêtées à la frontière hungaro-serbe.

Le 17 juin, la Hongrie avait déjà annoncé la construction prochaine d’une clôture de 4 mètres de haut sur les 175 km de ce tracé, suscitant la réprobation de Belgrade et de Bruxelles.

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Une grande majorité des réfugiés arrêtés en Hongrie ont l’intention de rejoindre l’Allemagne ou d’autres pays d’Europe du Nord plutôt que de demeurer dans le pays. À peine recensés, ils tentent de poursuivre leur route via l’Autriche.

La Hongrie, à la suite à sa décision de mardi, n’acceptera plus qu’ils soient renvoyés sur son territoire. Selon Zoltan Kovacs, les centres d’asile de son pays sont aujourd’hui surchargés, avec « plus de 3.000 » migrants accueillis pour 2.500 places.

Campagne anti-immigration

L’Autriche, principal pays touché par la décision de son voisin de l’Est, a aussitôt critiqué l’annonce. La plupart des réfugiés clandestins interpellés dans la république alpine arrivent en effet soit de Hongrie, soit d’Italie via la ligne de train reliant Milan à l’Allemagne.

« Qui veut continuer d’avoir une Europe sans frontières doit respecter les règles de Schengen », a commenté la ministre autrichienne de l’Intérieur Johanna Mikl-Leitner à l’agence de presse APA: « Cela implique bien sûr également de s’en tenir au règlement de Dublin ».

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Viktor Orban est familier des bras-de-fer avec Bruxelles et les autres États membres des 28, notamment sur la question des libertés et des droits de l’homme.

La décision subite de son gouvernement s’inscrit aussi dans le contexte d’une campagne anti-immigration. Une « consultation populaire » envoyée en mai par courrier aux huit millions d’électeurs hongrois contenait ainsi des questions associant immigration et terrorisme.

Début juin, des affiches ont été placardées dans Budapest dans le cadre de cette campagne: « Si vous venez en Hongrie, vous ne pouvez pas prendre le travail des Hongrois », peut-on lire sur l’une d’elles.

Contexte

Selon l'OCDE, la Hongrie n'est pas un pays de destination majeur pour les migrants internationaux. En 2011, ils ne représentaient que 2% de la population hongroise.

L'actuel premier ministre populiste, Viktor Orban, ne fait rien pour renverser cette tendance puisqu'au lendemain des attaques contre Charlie Hebdo, il réaffirme avec fermeté que l'immigration en Europe doit cesser.

En 2014, avec 43.000 arrivées, la Hongrie a d'ores et déjà accueilli cette année-là davantage de réfugiés par habitant que tous les autres pays de l'Union européenne à part la Suède. Beaucoup de ces migrants tentent de rejoindre par la suite d'autres pays de l'UE comme l'Autriche, la République tchèque et l'Allemagne.