La liste noire russe vise les Européens pro-Ukraine ou anti-FN

4 Français figurent sur la liste noir dressée par le Kremlin

La Russie a interdit à 89 personnalités politiques européennes l’entrée sur son territoire, principalement en raison de leur position sur la crise ukrainienne. Les Français listés par Moscou sont critiques sur le financement du FN.

Seulement quatre Français ont été cités au sein de la liste de personnalités politiques indésirables en Russie, sur un total de 89 personnalités qui comprend par ailleurs 18 Polonais.

D’anciens chefs de gouvernement, de parlementaires et de responsables militaires détracteurs de la politique de la Russie, figurent sur cette liste que Moscou a transmise vendredi 29 mai à des ambassades.

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Le chef de file des députés socialistes, Bruno Le Roux, fait partie des personnalités françaises persona non grata en Russie, mais aussi le président du Comité économique et social européen (CESE) Henri Malosse, l’ex-eurodéputé Daniel Cohn-Bendit ainsi que le philosophe et écrivain Bernard-Henri Lévy.

Le député socialiste Bruno Le Roux avait déposé, mi-mai, une demande de commission d’enquête concernant le financement du Front national.

« L’enjeu ici est celui de la souveraineté nationale, car comment un parti représenté à l’Assemblée nationale peut-il aborder, à titre d’exemple, des enjeux d’ordre stratégique et de politique internationale lorsque son financement vient de banques étrangères dont la dépendance politique vis-à-vis du pouvoir de son État est avérée ? » s’interroge la résolution en question.

Selon le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadelis, « Bruno Le Roux n’est pas ciblé pour les formules qu’il aurait pu employer vis-à-vis de l’Ukraine car je crois qu’il n’a pas parlé sur ce sujet mais bien évidemment parce qu’il a demandé une commission d’enquête ».

Au niveau européen, les députés centriste de l’ALDE réclament aussi qu’une commission d’enquête soit ouverte sur le financement russe du Front national.

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Le président du Comité économique et social européen, Henri Malosse, s’est désolé ce week-end de ce signal alarmant sur l’état des libertés en Russie. « Je suis le seul Président en exercice d’une Institution européenne â être ainsi ostracisé ! Est ce un hasard si c’est l’institution qui représente la société civile qui est ainsi visée ? » s’est-il interrogé dans un communiqué. L’homme politique avait pris la parole sur la place Maidan deux fois en 2014, pour défendre les valeurs européennes. Il s’est par ailleurs rendu plusieurs fois en Russie pour lancer un projet de forum de la société civile.

Réactions de fierté

« Lorsque j’ai vu les autres noms (sur la liste), j’ai (aussitôt) pensé que je faisais partie d’un club très honorable », a déclaré l’ancien ministre tchèque des Affaires étrangères Karel Schwarzenberg, un aristocrate de 77 ans connu pour ses critiques de la politique de Moscou à l’égard de l’Ukraine. « Je considère cela comme une récompense », a ajouté ce député, cité par l’agence de presse tchèque CTK.

Parmi les noms figurant sur la liste, on trouve, ceux d’hommes et de femmes politiques polonais, suédois, allemands, tchèques, néerlandais, finlandais et belges, parmi lesquels le président du groupe libéral au Parlement européen et ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt et l’ex-président du Parlement européen et ancien chef du gouvernement polonais Jerzy Buzek.

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Idem pour l’ex-ministre suédoise de centre droit Lena Adelsohn Liljeroth et le président du Sénat polonais, l’ancien opposant Bogdan Borusewicz.

Pour certaines de ces personnalités, être sur la liste est une preuve de l’efficacité de leur action en faveur de l’Ukraine. « Etre sur cette liste ne change pas mon engagement envers le peuple de l’Ukraine », a écrit sur son compte Twitter l’eurodéputée suédoise Anna Maria Corazza Bildt, connue pour ses critiques à l’encontre du président russe.

« Je me sens davantage fière que je n’en ai peur (…) La liste de Poutine confirme que je fais bien les choses en tant que parlementaire », a-t-elle ajouté.

Un eurodéputé tchèque et ancien journaliste, Jaromir Stetina, s’est dit, quant à lui, « très fier de figurer sur la liste » en compagnie d’autres personnalités et collègues du Parlement européen.

Liste secrète

L’établissement de « la liste noire » et son caractère secret ont été dénoncés par plusieurs chancelleries européennes. « La moindre des choses aurait été que l’on fasse connaître aux personnes concernées les réserves qui les concernent réellement, ou au moins que l’on rende ces listes publiques », a déclaré samedi le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier.

« A un moment où nous nous efforçons de désamorcer un conflit âpre et dangereux au coeur de l’Europe, cela n’aide pas », a-t-il ajouté, selon un communiqué.

Dès vendredi, l’action de Moscou a été notamment condamnée par le Premier ministre néerlandais Mark Rutte qui a indiqué que son gouvernement « en informerait Moscou dans des termes non équivoques ».

La liste russe « n’est pas fondée sur le droit international, n’est pas transparente et il est impossible de la contester » devant un tribunal, a-t-il souligné.

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Le Premier ministre belge Charles Michel et son ministre des Affaires étrangères Didier Reynders ont demandé aux autorités russes de revoir cette interdiction.

Une porte-parole de la diplomatie de l’Union européenne a déclaré à l’AFP que la Russie avait refoulé plusieurs responsables politiques européens ces derniers mois, mais avait jusqu’à présent refusé de communiquer la liste des personnes visées.

Pour sa part, l’ambassadeur de Russie auprès de l’UE, Vladimir Tchijov, avait confirmé la semaine dernière l’existence d’une liste, tout en précisant qu’il ne s’agissait « pas de dirigeants ou de hauts responsables de pays ».

« C’est un comportement (…) qui n’améliore pas malheureusement l’image de la Russie », a déclaré vendredi la ministre suédoise des Affaires étrangères Margot Wallström à l’agence de presse TT.

En revanche, pour son homologue finlandais Timo Soini, il est inutile de « trop dramatiser » cette affaire.« C’est une réaction attendue à l’interdiction faite (par l’Union européenne) à des citoyens russes de voyager (sur le territoire de l’UE). Ce n’est pas une grande surprise », a-t-il écrit sur un blog.

>>Lire : L’UE élargit les sanctions contre la Russie

Au fil de la crise en Ukraine, l’UE a allongé sa propre « liste noire », qui compte désormais quelque 150 noms et une quarantaine d’entités, et pris des mesures plus sévères contre la Russie, visant des pans entiers de l’économie.

Réactions

Henri Malosse, président du CESE, a déclaré : « C’est avec inquiétude et tristesse que je vois la Russie s’enfermer dans une stratégie de confrontation et promulguer des lois de plus en plus répressives contre la liberté d’association. Bien évidemment, mon engagement et celui de la société civile européenne ne faibliront pas. Nous resterons ouverts au dialogue pour dresser de nouveaux ponts entre citoyens et favoriser la recherche d’une solution de sortie de crise. Je suis le dernier à souhaiter le retour de la guerre froide ! »

Daniel Cohn-Bendit a indiqué que cette liste noire correspondait au « régime poutinesque, ça aurait été vraiment triste que Poutine me considère comme son ami »

Contexte

La crise ukrainienne a éclaté quand l'ancien président Viktor Ianoukovitch a annulé le projet d'accord d'association avec l'UE en novembre 2013. Il a préféré se rapprocher de la Russie, engendrant des vagues de protestation qui ont parfois violemment dégénéré et sa destitution en tant que chef d'État.

Moscou a annexé la Crimée en mars 2014 à la suite d'un référendum après que les troupes russes se soient emparées du pouvoir dans la péninsule sur la mer Noire. Il s'agit de la crise la plus importante entre la Russie à l’Occident depuis la fin de la guerre froide.

Les militants prorusses contrôlent des bâtiments dans nombre de villes de l'Est ukrainien après avoir s'être soulevés le 6 avril dernier. Le 11 mai, les rebelles prorusses avaient affirmé avoir remporté une victoire éclatante lors d'un référendum à Donetsk. Pour l'Occident, il s'agit cependant d'un référendum illégal et illégitime.

Le conflit s’est aggravé après l'assaut lancé par le président ukrainien, Petro Porochenko, contre les séparatistes. L'UE a pour sa part renforcé les sanctions contre la Russie après qu'un avion de Malaysia Airlines a été abattu au-dessus de l'Ukraine, tuant 298 passagers. 194 de ces passagers étaient Néerlandais.

Les leaders occidentaux estiment que les rebelles prorusses avaient très probablement tiré par erreur un missile sol-mer fourni par la Russie. Moscou accuse Kiev d'être à l'origine du drame.

Le 27 août, l'OTAN et les États-Unis ont déclaré que des incursions russes ont eu lieu « de façon ouverte et non dissimulée » sur le sol ukrainien. Le 28 août, le président Petro Porochenko affirmait que son pays faisait l'objet d'une invasion russe.

Ni la trêve négociée le 5 septembre ni les cessez-le-feu qui ont suivi n'ont permis de stabiliser la situation.