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04/12/2016

La médiatrice européenne réclame des mesures contre le populisme

Politique

La médiatrice européenne réclame des mesures contre le populisme

Emily O'Reilly, le 30 novembre 2016, durant un déjeuner informatif organisé par le forum nouvelle économie. [EFE/Sergio Barrenechea]

Créer des emplois et restaurer la confiance des citoyens sont les défis que l’UE doit affronter pour contrer la « vague populiste », a assuré la médiatrice européenne, Emily O’Reilly. Un article d’EurActiv Espagne.

« L’Italie sera-t-elle le troisième domino à bousculer l’ordre international ? », s’est demandé Emily O’Reilly, lors d’un déjeuner organisé par le forum Nouvelle économie dans un hôtel de Madrid.

La médiatrice européenne a ainsi fait référence au référendum italien que tout le monde en Europe observe avec intérêt. En effet, le 4 décembre, l’Italie organise un référendum sur une réforme constitutionnelle pour accélérer le processus parlementaire. Selon les derniers sondages, le Premier ministre italien, Matteo Renzi, risque d’en sortir perdant.

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Ce référendum est perçu en Europe comme un moment clé, surtout après le succès du Brexit en juin dernier au Royaume-Uni et à la récente victoire de Donald Trump aux élections présidentielles américaines, a signalé la médiatrice européenne, visiblement préoccupée par la « vague de populisme » et l’échec de l’UE face à la crise des réfugiés, pour laquelle elle sera « sévèrement » jugée par l’Histoire.

« L’élection de Donald Trump nous a montré que les propos racistes et misogynes ne l’ont pas empêché d’accéder à la Maison-Blanche », a regretté la médiatrice européenne. Elle a alerté sur le fait que « ces vieux fantômes » qui se sont réveillés aux États-Unis « peuvent aussi ressurgir ici » et pour cela, elle a appelé à « écouter ce que nous disent les citoyens avant d’arriver à un point de non-retour ».

Ce point serait « la fin de la démocratie libérale », si la vague de populisme profite aussi à Marine le Pen aux élections présidentielles françaises de mai 2017, a-t-elle affirmé. Elle s’est par ailleurs demandé si, comme le soulignent certains analystes, le « syndrome Marie-Antoinette [touchait] aujourd’hui l’élite libérale ».

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Pour elle, le problème du Brexit, de l’imminente arrivée de Donald Trump au pouvoir, de ce qui peut se passer en Italie ou en France est que des pays comme la Pologne ou la Hongrie, où les gouvernements dérivent vers l’autoritarisme, peuvent s’enhardir en voyant l’UE s’affaiblir.

« Quand les gens ont peur de perdre leur emploi ou que leur avenir est incertain, les populistes arrivent facilement à grimper sur la vague du mécontentement pour arriver au pouvoir », a commenté la médiatrice, qui a demandé aux dirigeants de l’UE de ne pas ignorer ce problème et de mettre fin à l’extrémisme.

Selon Emily O’Reilly, cette lutte passe par la création d’emplois, par l’investissement dans des secteurs économiques d’avenir et par le retour de la confiance des citoyens en les institutions et en les fonctionnaires publics.

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En ce sens, elle a qualifié de « naturelle » la controverse provoquée par le recrutement de l’ancien président de la Commission européenne, José Manuel Barroso par Goldman Sachs, une des banques ayant provoqué la crise économique internationale de 2008 et qui a « donné de nombreuses munitions aux populistes ».

Elle a rappelé qu’elle avait demandé une enquête « de sa propre initiative » sur cette affaire et a présenté une batterie de mesures pour augmenter la transparence des institutions et sur les groupes de pression.

Le rôle principal de son poste est « la vigilance démocratique »  ainsi que de veiller à ce que les valeurs européennes soit élevées au plus haut niveau, sans se contenter du plus petit dénominateur commun.

L’UE et la crise des réfugiés

L’Histoire jugera « très sévèrement » l’UE pour sa gestion de la crise des réfugiés, a affirmé Emily O’Reilly, qui a néanmoins reconnu que Bruxelles avait effectué un travail humanitaire « très important ».

« Au final, l’Histoire nous jugera mais il y a eu un travail humanitaire très important de l’UE et des citoyens, surtout en Grèce et en Italie. Elle nous jugera très sévèrement sur certains sujets et sera plus positive sur d’autres », a-t-elle considéré.

La médiatrice a toutefois reconnu que ce n’était pas facile et la chancelière allemande Angela Merkel en est la preuve. En effet, lorsqu’elle a décidé d’ouvrir les frontières pour accueillir des réfugiés dans son pays « par humanité » et a promu l’accord controversé avec la Turquie pour freiner le flux migratoire vers l’Europe, elle a fait l’objet de vives critiques.

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Selon elle, « il faut désormais convaincre les États membres qui refusent d’accueillir les réfugiés ». Dans l’ensemble, la réaction de l’ensemble de l’UE « n’a pas été à la hauteur des valeurs énoncées dans notre traité », a-t-elle insisté.

« Nous aurons tous honte lorsque dans quelques années, nos enfants et nos petits-enfants nous demanderont comment nous avons pu laisser des gens se noyer sous nos yeux, tout comme nous avons demandé à nos grands-parents pourquoi personne n’a réagi durant les années 1930 et 1940 »,  a affirmé Emily O’Reilly.

Une grande partie des 261 cas ouverts l’année dernière par la médiatrice étaient des plaintes liées à l’accord de l’UE avec la Turquie, à la gestion des fonds liés à l’accueil des réfugiés syriens, au manque de transparence lié au TTIP et à des postes de travail au sein des institutions européennes, a-t-elle précisé.

Pas de réunification de l’Irlande

Si l’Europe est agitée par de « nombreux jeux politiques » actuellement et que personne ne peut dire ce qu’il va se passer, l’Irlandaise Emily O’Reilly ne croit pas que le contexte du Brexit entraînera une réunification de l’Irlande « à court ou à moyen terme ».

« Il est intéressant de voir comment certaines conversations ressurgissent à la lumière du Brexit », a reconnu la médiatrice. Cependant, a-t-elle souligné, ce qui préoccupe les citoyens est la fragilité des frontières entre le nord et le sud de l’île, entre une partie qui reste dans l’UE et l’autre qui en sort. L’électorat d’Irlande du Nord et d’Écosse ont rejeté le Brexit à 55,8 % et 62 % respectivement.

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« Pour l’instant, l’attention est concentrée sur la gestion du Brexit, plus sur l’aspect commercial que politique », a-t-elle ajouté. « Actuellement, de nombreux jeux politiques se développent dans des régions et des États membres, mais de nombreux dirigeants ne veulent pas plus de fragmentation et ce qui est sûr est que personne ne peut prévoir ce qu’il va se passer. »