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30/09/2016

La peur du Brexit pousse la droite française à parler d’Europe

Politique

La peur du Brexit pousse la droite française à parler d’Europe

Nicolas Sarkozy

[Sens Commun/Flickr]

Si les candidats à la primaire de la droite sortent de leur mutisme, c’est pour évoquer une Europe malade.

D’ordinaire soigneusement évité par la droite française, la question de l’Europe est en train de s’inviter dans le débat de la primaire à droite, à un mois du referendum britannique.

Dans une interview au Monde, Nicolas Sarkozy estime que « le pire » pour l’Union européenne « serait le Brexit et l’adhésion de la Turquie ».

Il en profite pour prôner un nouveau traité « dont la France doit être à l’initiative dès l’été 2017 ».

L’ex-président français répond ainsi aux propositions de ses challengers, qui se sont récemment aventuré sur le même terrain.

La journée de l’Europe, le 9 mai, a servi de déclencheur. Entre les nombreux candidats de la droite et du centre pour la primaire qui aura lieu les 20 et 27 novembre prochains, la lutte est à couteaux tirés. Sur le plan économique, c’est la course à l’échalote sur les milliards d’euros à économiser ou le nombre de fonctionnaires à supprimer. Mais pour ce qui concerne l’Europe, le constat est le même : l’Europe est malade, il faut la changer.

>>Lire :  La droite européenne avance l’idée de suspendre la Grèce

« L’Europe ne fait plus rêver », a attaqué Alain Juppé, ancien Premier ministre (1995-1997) et favori de cette primaire, dans une tribune parue dans « Le Monde » le 9 mai. L’Europe va « droit dans le mur », a renchéri François Fillon, autre candidat à la primaire et également ancien Premier ministre (2002-2007).  Bruno Le Maire et l’ancien président Nicolas Sarkozy, qui sont les deux candidats formant le quatuor des favoris pour la primaire (l’ancien Président ne s’est pas encore déclaré mais sa candidature ne fait guère de doute), ne sont pas en reste…..

Les raisons de ce désamour sont nombreuses. Il y a évidemment les crises qui secouent le Vieux Continent depuis plusieurs mois : la Grèce, les réfugiés… Il y a ensuite le constat d’un élargissement qui s’est fait trop vite, et mal. Il y a encore l’épouvantail  de la candidature de la Turquie, véritable repoussoir pour les électeurs de droite. Il y a enfin des raisons plus profondes et plus lointaines : comme la gauche, la droite s’était déchirée au moment du référendum de 2005 entre partisans du oui et du non. Cette blessure n’a toujours pas été cicatrisée une décennie plus tard, car nombreux sont ceux à droite, comme à gauche, qui déplorent le fait que la victoire du « Non » à ce référendum ait été niée par les autorités.

Résultat, l’euroscepticisme domine à droite, comme il domine à gauche.
Ce constat fait, les solutions préconisées par les candidats à la primaire de droite sont variées. Pour François Fillon, il faut orienter l’Europe sur « cinq priorités stratégiques », comme la monnaie, l’énergie, les frontières… « Qu’elle laisse aux États la vie quotidienne et qu’elle s’occupe de sujets que les États ne peuvent régler à sa place », a-t-il ajouté.

Réferendum pour Le Maire, réforme de Schengen pour Sarkozy

Pour Bruno Le Maire, qui a fait le déplacement à Berlin , il faut consulter les Français via un référendum. Pas sur un « Frexit », mais pas très loin non plus, puis Le Maire, ancien ministre des Affaires Européenne et ancien directeur du cabinet de Dominique de Villepin à Matignon, propose que le référendum porte sur « les modifications des traités nécessaires à de nouvelles orientations européennes ». Bref, sur une nouvelle Europe. Alain Juppé parle pour sa part d’un « nouveau départ » via un renforcement du noyau dur de l’Europe… Tous rappellent la nécessité de revigorer le couple franco-allemand, et insistent sur l’affaiblissement de la France. « Hélas, aujourd’hui, la France manque à son rôle européen historique. Elle commente, elle critique, et finalement, elle suit et elle subit », note Alain Juppé. Enfin, Nicolas Sarkozy plaide pour un nouveau traité, « un traité de refondation », dont la priorité serait..l’immigration avec un « Schengen II » et des mesures pour éviter ce qu’il appelle le « tourisme social ».

Le président des Républicains dénonce aussi la politique des quotas, et se range du côté de la droite dure en soutenant les démocraties polonaises et hongroises

Les candidats avancent sur des œufs. Ils savent tous que le sujet Europe est sensible au sein de l’opinion et parmi les électeurs de droite. Nicolas Sarkozy assure ne pas savoir ce que veut dire faire une campagne « pro-européenne » promise par Alain Juppé. « Si c’est pour rester assis sur sa chaise et crier « Europe ! Europe ! Europe ! » ne comptez pas sur moi » assure-t-il.

Au sein de ce brouhaha propre à la primaire, les différents candidats restent relativement flous à dessein sur ce qu’ils veulent pour le futur de l’Europe . Il faudra attendre le résultat du referendum anglais pour que les positions se précisent dans un sens ou dans l’autre, même si le candidat Juppé semble pour l’heure plus europhile que Sarkozy et Le Maire qui se placent plus dans la dénonciation que dans la proposition.

>>Lire : Le défenseur des droits dénonce les hotspots