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26/09/2016

La relocalisation de réfugiés en France traine faute de candidats

Politique

La relocalisation de réfugiés en France traine faute de candidats

A Lesbos en Grèce un "hotspot" a été mis en place pour enregistrer les réfugiés. [European Commission]

Seules 284 personnes ont été prises en charge depuis la Grèce et l’Italie, alors que des logements pouvant accueillir 5200 personnes sont prêts. Un paradoxe qui symbolise l’échec des « hotspots ».

La mise en place d’un parcours migratoire organisé au sein de l’Union européenne continue de patiner, et la France en représente l’illustration parfaite.

Plusieurs mois après la décision de créer des « hotspots » en Grèce et en Italie, les réfugiés arrivant dans ces deux pays sont encore très peu à passer par le système de relocalisation européen,  a souligné Kléber Ahroul, préfet et coordinateur national pour l’accueil des réfugiés en France.

>>Lire : La crise migratoire, préoccupation numéro 1 des Français

Auditionné par les députés de la mission d’information sur l’efficacité des mécanismes européens pour prendre en charge des flux migratoires exceptionnels, le préfet a dressé un constat sombre du mécanisme européen, qui prévoit de répartir 160 000 réfugiés au sein de l’UE.

Les réfugiées fuyant les conflits en Syrie, en Irak ou en Afghanistan, ou les migrants économiques, préfèrent tenter leur chance sur les routes européennes pour rejoindre l’Allemagne ou la Suède, plutôt que de compter sur une hypothétique prise en charge dans leurs pays d’arrivées, débordés par la crise migratoire.

Concurrence

« Les relocalisations prévues sont demeurées optionnelles. Dans la pratique, les migrants arrivant en Grèce ou en Italie ont le choix entre un mécanisme de relocalisation, lent, exigeant, contraignant, et la possibilité de se rendre presque librement en Allemagne, en Autriche, en Suède ou en France » a souligné le préfet.

« Cette concurrence des dispositifs constitue aujourd’hui la principale limite opérationnelle des hotspots et les empêche de jouer leur rôle de limitation et d’organisation des flux » a-t-il poursuivi.

>>Lire : La Roumanie accueille ses premiers réfugiés

Résultat, la France a pour l’instant accueilli un nombre très restreint de réfugiés relevant de cette répartition européenne, malgré la mise à disposition de nombreux logements. « Nous avons notifié la possibilité d’accueil de 284 personnes dont 188 vont venir de Grèce et 96 d’Italie » a détaillé Kléber Ahroul.

Pourtant, la France a notifié à ses partenaires européens « des capacités d’accueil  plus importantes en proposant d’accueillir 1340 personnes dans le cadre du mécanisme » a précisé le préfet.

Problème du logement

Pendant deux ans, la France s’est engagée à accueillir un total de 31 000 réfugiés supplémentaires issus du mécanisme de relocalisation, notamment en provenance de Grèce et d’Italie. Au total, « 5200 hébergements ont été  identifiés pour accueillir ces réfugiés relocalisés » a expliqué le préfet.

>>Lire : Manuel Valls confirme l’accueil de 30000 réfugiés en France, pas plus

Les communes françaises mises à contribution ont par ailleurs été confrontés à la difficulté de prévoir le type de logement nécessaires.

« Les élus ont mis à disposition des 4 ou 5 pièces, pensant que les demandes de logement des réfugiés seraient des demandes familiales. Mais pour l’instant, nous n’avons que des demandes d’hommes seuls, donc beaucoup plus de besoin en  studio » a expliqué le préfet.

La France, qui fait historiquement partie des pays d’accueil en Europe, a reçu 79 900 demandes d’asiles en 2015, soit environ une hausse de 24 % par rapport à 2015, ce qui représente 15 000 demandes d’asile supplémentaire.

Une situation sans comparaison avec celle de l’Allemagne, qui a reçu les demandes de la majorité du million de femmes et d’hommes entrés sur le territoire européen au cours de l’année 2015.

>>Lire : Les dirigeants européens craignent une accélération de la crise migratoire en 2016

Les premières données pour 2016 montrent que les flux migratoires resteront encore très élevés. « En janvier 2016, 60 000 entrées ont été enregistrées en Grèce, soit dix fois ce qui avait été enregistré à la même période en 2015 » a rappelé Kléber Ahroul.

La crise de Calais

Au-delà du mécanisme de relocalisation, la France doit également faire face à la situation particulière de Calais, où les candidats au départ vers l’Angleterre s’entassent dans des camps de fortune, à Calais et aux alentours.

Pour désengorger les camps comme celui de la « Jungle », les autorités françaises ont mis en place des centres d’accueil et d’orientation où les migrants sont envoyés pour « prendre le temps de la réflexion sur la suite de leur parcours migratoire » précise le préfet.

>>Lire : Calais, le cul-de-sac migratoire de l’Europe

Très critiqués par les associations, ces centres ont pourtant permis de rediriger une importante partie des réfugiés en attente d’un hypothétique passage vers l’Angleterre vers une demande d’asile en France.

« Nous avons 102 centres d’accueil et d’orientation en France qui ont accueilli 2700 migrants, dont 80 % choisissent une réorientation de leur trajectoire vers une demande d’asile en France. » s’est félicité le préfet.

Contexte

L'Union européenne a décidé de répartir 160 000 réfugiés parmi ses États membres en deux ans. Cela ne représente qu'une petite portion du million de réfugiés qui, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), ont rejoint l'Europe en 2015, en provenance d'Afrique, d'Asie et du Moyen-Orient.

Pour l'heure, le mécanisme de relocalisation face à l'hostilité ouverte d'un certain nombre de pays de l'Est (Pologne, Slovaquie, etc.) et peine à se mettre en place.