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04/12/2016

L’avenir des eurodéputés britanniques divise au Parlement

Politique

L’avenir des eurodéputés britanniques divise au Parlement

La redistribution des postes clés au Parlement européen prévue pour janvier 2017 pose la question de l’avenir des élus britanniques. La crainte de voir les élus du nouveau groupe de Marine Le Pen prendre du galon incite les partis modérés au statu quo.

Comment défendre un Britannique après le Brexit au sein d’une institution européenne ? C’est la difficile question à laquelle est confronté le groupe socialiste au Parlement européen.

Les 73 eurodéputés britanniques sont principalement concentrés au sein de trois  groupes politiques : celui des conservateurs et réformistes, que les conservateurs britanniques ont fondés après avoir rompu avec le PPE, l’EFDD de Nigel Farage, résolument anti-européen et le groupe socialiste, au sein duquel les Britanniques sont la troisième nationalité représentée, après les Italiens et les Allemands.

Les socialistes pris entre le marteau et l’enclume

Le S&D est le seul groupe pro-européen du Parlement à compter autant de Britanniques, et la question de leur futur au sein de l’institution après le vote du Royaume-Uni pour sortir de l’Union européenne est devenue brûlante. Et ce à l’aube de la mi-mandat, période pendant laquelle le Parlement doit redistribuer les principaux postes clés.

>>Lire : Le gouvernement britannique n’a toujours pas de plan pour le Brexit

D’ici le mois de janvier, les différents postes à responsabilité du Parlement doivent être redistribués : présidence de commissions parlementaires, rôle de coordinateur, mais aussi vice-présidences du Parlement européen, etc.

« Je voudrais mettre sur le tapis un sujet dont personne ne parle : j’estime que dans la future géographie européenne les eurodéputés britanniques devraient être écarté des présidences de commissions, des postes de coordinateurs et de ceux de rapporteur » assure le socialiste belge  Marc Tarabella.

Débat sensible

Membre de la commission marché intérieur, l’eurodéputé comptait interpeler la présidente britannique Vicky Ford sur ses intentions pour 2017. « Je suis un lanceur d’alerte sur cette question. Le débat n’est pas du tout ouvert, car on a peur de vexer les gens. Mais nous devons absolument prendre position avant la fin de l’année » poursuit l’élu.

Le débat n’aura finalement pas eu lieu au groupe socialiste. Si la question soulevée par Marc Tarabella est  jugée pertinente par d‘autres élus socialistes, une majorité semble préférer le statu quo, tant que l’agenda du Brexit n’est pas  précisé.

La Première ministre Theresa May a annoncé qu’elle comptait activer l’article 50 pour entamer les négociations de sortie en mars 2017, ce qui pourrait conduire à une sortie effective de Londres d’ici mars 2019.

Ce calendrier pourrait cependant être bousculé par la décision la Haute Cour de justice de Londres de donner au Parlement britannique un droit de vote sur le déclenchement de la procédure de sortie, ce qui pourrait ralentir le Brexit.

>>Lire : La justice britannique donne au Parlement son mot à dire sur le Brexit

« Le Brexit n’est pas un phénomène dont seul le Royaume-Uni est responsable. Nous voyons la même chose se passer aux États-Unis ou dans d’autres pays d’Europe. Punir le Royaume-Uni pour le Brexit ne me parait pas être la meilleure option » explique l’eurodéputé britannique Jude Kirton-Darling.

Présidence du Parlement

Autre paramètre, la délicate question de la présidence du Parlement européen pour la deuxième partie du mandat pèse également dans la balance des positions sur l’avenir des élus britanniques.

L’actuel président Martin Schulz laisse entende depuis des mois qu’il pourrait se représenter pour un troisième mandat. Mais l’Allemand fait face à l’opposition de la principale force politique du Parlement, le PPE, qui compte bien placer son candidat sur le perchoir, selon un accord d’alternance conclu avec les socialistes en début de législature.

>>Lire : La droite veut récupérer la présidence du Parlement européen

« Tant que la question de la présidence du Parlement ne sera pas tranchée, celle des autres postes ne le sera pas non plus » explique une source au Parlement. « Et Martin Schulz a besoin de toutes les voix s’il veut se faire réélire » ironise la source.

Autre facteur, le système de répartition des postes clés au Parlement européen, le système D’hondt distribue équitablement les différents postes entre les groupes politiques en fonction du nombre respectif d’eurodéputés.

Le système est considéré comme une méthode équitable de répartition des postes, mais avait déjà connu quelques entorses en 2014 pour éviter de confier des postes clés au groupe politique de Nigel Farage.

>>Lire : Le groupe de Nigel Farage privé de postes au Parlement européen

Cette fois, le système de répartition des postes devra aussi compter avec le nouveau groupe de Marine Le Pen, créé en juin 2015, et qui pourrait de fait récupérer certains rôles décisionnels. Une situation qu’une majorité d’eurodéputés pro-européens cherchent absolument à éviter.

« Il y a un intérêt très fort de la part des eurodéputés pro-européens à éviter une situation qui pourrait donner plus de pouvoir au Front national. Sans ça, la demande pour examiner la situation des élus britannique serait peut-être plus forte » explique une source au Parlement.

>>Lire : Le FN parvient à former un groupe au Parlement européen