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21/01/2017

Le Front national rattrapé par ses démêlées avec la justice

Politique

Le Front national rattrapé par ses démêlées avec la justice

23 eurodéputés du Front national sont entrés au Parlement européen. Ils étaient seulement 3 entre 2009 et 2014

Deux eurodéputés du Front national, Marine Le Pen et Nicolas Bay, ont été mis en cause par  l’enquête judiciaire sur  des faits de financement illégal de campagne électorale, alors que le parti est secoué par la brouille entre sa présidente et son père, Jean-Marie Le Pen. 

Aux dissensions entre Marine Le Pen et Jean-Marie le Pen qui menacent de faire exploser le Front national depuis deux semaines sont venus s’ajouter les soupçons qui pèsent sur le parti pour des faits de financement illégal de campagne électorale.

Dans le viseur des juges d’instruction, la société Riwal, proche du mouvement d’extrême droite dont elle conçoit et réalise de nombreux documents de propagande, et son patron Frédéric Chatillon.

>>Lire : Les divergences s’accentuent au Front national

Le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire en avril 2014 à ce sujet, élargie le 9 mars dernier à des faits de financement illégal de partis politiques par une personne morale.

Les juges cherchent à savoir si le FN et le micro-parti de Marine Le Pen, « Jeanne », n’ont pas profité de facilités de paiement offertes par la société Riwal dans le cadre de campagnes électorales.

Mercredi, un proche de Marine Le Pen, Frédéric Chatillon, patron de Riwal, prestataire de services du FN, a été mis en examen pour financement illégal de parti politique. Fin janvier, il avait déjà été mis en examen pour faux, escroquerie, abus de biens sociaux et blanchiment de ce délit.

Sa société a aussi été mise en examen mercredi pour escroquerie et financement illégal de parti politique.

>>Lire aussi : Le FN désarçonné par les attentats en France

Deux autres personnes avaient auparavant été mises en examen dans cette affaire : Olivier Duguet, ancien trésorier du micro-parti « Jeanne » –pour complicité de financement illégal de parti politique, complicité d’escroquerie et complicité et recel d’abus de biens sociaux– et Axel Loustau, son actuel trésorier, pour escroquerie.

Dons déguisés?

Selon Le Monde, la présidente du Front national ainsi que David Rachline, sénateur du Var et maire de Fréjus, et le député européen Nicolas Bay « sont désormais directement visés » par les investigations des juges.

Lors de la mise en examen de Riwal, mercredi, les magistrats auraient ainsi indiqué qu’il pourrait être reproché à Marine Le Pen d’avoir salarié les deux hommes, qui étaient ses conseillers, « fictivement en CDD, pendant sa campagne », écrit le quotidien. Les salaires qui leur ont été versés par Riwal pourraient en effet constituer des « dons déguisés aux candidats ».

Joint par Reuters, Nicolas Bay, secrétaire général du FN, a qualifié ces soupçons de « totalement infondés ».

« Pendant les deux mois de campagne législative, et non pendant la campagne présidentielle, j’ai été salarié en CDD par la société Riwal qui était chargée de la conception des documents de campagne de nos candidats », a-t-il expliqué.

>>Lire : Le Parlement européen s’alarme de financer le Front national

« Dans ce cadre, j’étais moi-même chargé de la rédaction des textes contenus dans ces documents. Il nous a semblé prudent juridiquement que je sois à ce titre salarié de la société Riwal afin que le Front national ne soit pas accusé d’avoir mis des moyens gratuitement à disposition de cette société », a-t-il ajouté, assurant pouvoir apporter « la preuve de l’effectivité de ce travail. »

Contexte

Né dans les années 1970 à partir d'une myriade de courants d'extrême-droite rassemblés autour de Jean-Marie Le Pen, le Front national a toujours connu des courants très distincts en son sein. La stratégie de normalisation entreprise par Marine Le Pen depuis qu'elle a pris la présidence du pari s'inscrit dans celle des autres parti européens d'extrême-droite, qui plaident pour un "welfare chauvin", soit un Etat protecteur, mais seulement pour une partie de la population. Marine Le Pen tente de s'éloigner des thèses ou propos racistes émises par d'autres partis européens ou à l'intérieur de son propre parti, notamment dans la perspective des élections présidentielles de 2017 en France.