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17/01/2017

Le Front national réalise une percée historique aux élections régionales

Politique

Le Front national réalise une percée historique aux élections régionales

Le FN a dépassé les 40% dans deux régions françaises.

Foto: dpa

La France se réveille lundi sous « le choc » du score du Front national au premier tour des élections régionales. Le parti d’extrême droite arrivant en tête dans six régions et le PS se retirant dans les deux les plus sensibles.

À 18 mois de la présidentielle, le Front national est arrivé en tête dans 6 régions françaises et dépasse les 40% des voix dans deux régions : le Nord-Pas-de-Calais-Picardie où se présentait Marine le Pen, et la région Provence-Alpes Côte d’Azur où se présentait Marion Maréchal Le Pen.

La France traumatisée par les attentats

Dans une France encore traumatisée par les attentats du 13 novembre et toujours marquée par un chômage de masse, le parti de Marine Le Pen a capté environ 28% des suffrages et s’est revendiqué « premier parti de France », devançant la droite (27%) et le PS (23,5%), selon les dernières estimations du ministère de l’Intérieur.

>>Retrouvez: les résultats complets des élections régionales

Les listes FN, qui ont battu les précédents records des européennes et départementales, arrivent en tête dans six des 13 nouvelles régions: Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes, Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, Bourgogne-Franche-Comté, Centre. En dépassant les 6 millions de voix, elles s’approchent du record de Marine Le Pen (6,4 millions de voix à la présidentielle de 2012).

Dans la presse de lundi, « Le choc est brutal » pour Guillaume Goubert de La Croix. La Voix du Nord, quotidien régional qui avait pris position contre le parti de Marine Le Pen avant le premier tour, ne peut que constater que « la vague FN ne faiblit pas » et que le vote des électeurs est passé « de la protestation à l’adhésion », écrit Jean-Michel Bretonnier.

« Barrage républicain »

Appelant à un « barrage républicain », le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis a annoncé un retrait de ses listes en NPDC-Picardie et PACA, synonyme de « sacrifice » pour les socialistes qui ne siégeront pas dans ces régions pendant près de six ans. Du côté des élus et militants, certains évoquaient de fait une décision « douloureuse », notamment en PACA .

« On a été jusqu’au maximum », a souligné un responsable du parti, sans certitude sur la réaction des votants: « qui vous dit que l’électorat de droite ne va pas filer vers le Front national? »

La liesse au QG de Marine Le Pen à Hénin-Beaumont contrastait avec la consternation au PS, où l’on se désolait pour « cette belle région ouvrière qui mérite mieux que ça », et la déception chez les Républicains.

Loin de la vague « bleue » espérée à droite, l’alliance LR-UDI-MoDem est ressortie en tête dans seulement quatre régions (Pays de la Loire, Auvergne-Rhône-Alpes, Ile-de-France, Normandie de très peu). Quant au PS, il se classait premier en Bretagne, emmené par un Jean-Yves Le Drian qui restera quoi qu’il arrive ministre de la Défense, ainsi qu’en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, derrière Alain Rousset.

Face à ce vote FN massif, interprété par les ténors LR comme la traduction d’une « colère » envers le gouvernement et d’une « peur », Nicolas Sarkozy s’est livré à un réquisitoire contre l’exécutif et a refusé « toute fusion et tout retrait » pour contrer l’extrême droite au second tour, dans les régions où la droite est troisième.

La tête de liste LR en Midi-Pyrénées/Languedoc-Roussillon Dominique Reynié n’a pas tardé à annoncer son maintien alors qu’il est distancé par la socialiste Carole Delga, elle-même deuxième derrière le FN Louis Aliot.

« bipolarisation morte » 

Une stratégie aussitôt critiquée au PS, qui a jugé l’ex-chef de l’État « pas en position de fanfaronner ». « Le message de la droite fait preuve d’une grande irresponsabilité », a-t-on aussi estimé dans l’entourage de Manuel Valls. Le Premier ministre s’exprimera lundi soir sur TF1.

À droite aussi, la donne FN n’était pas sans secousses.

Dans deux régions où le score du parti de Marine Le Pen dépasse les 40%, les têtes de liste LR comme Xavier Bertrand et Christian Estrosi, qui avaient fait des campagnes très marquées à droite, ont fait des appels du pied aux électeurs de gauche.

Faisant entendre leur différence, les centristes, par la voix du président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde, ont appelé au « retrait des listes en troisième position », « partout où le FN peut gagner ». Le président du MoDem, François Bayrou, réclame aussi un tel « ressaisissement démocratique ».

Le pays fait face à une première dans une élection intermédiaire, avec un « double vote sanction » pour l’exécutif – dont c’est la 4e défaite -, mais aussi pour la droite, analyse Frédéric Dabi, directeur adjoint de l’Ifop. « Le grand chelem pour la droite, c’est fini », et « la bipolarisation est morte ».

Séisme

« C’est un énorme séisme, une grande vague qui n’arrête pas de grossir, il se confirme que le FN sera au second tour de la présidentielle. La question, c’est désormais comment faire pour être sur la deuxième marche du podium », s’inquiète un conseiller ministériel.

Le spectaculaire sursaut de popularité de François Hollande au lendemain des attentats ne s’est pas traduit dans les urnes dimanche soir. Certaines voix socialistes ont toutefois insisté sur la « bonne résistance » de leur parti et espéraient notamment conserver la symbolique présidence de l’Ile-de-France, avec Claude Bartolone.

À la gauche du PS, les écologistes de toutes tendances se sont accordés pour demander « un rassemblement de la gauche », sur la même ligne que le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent.

Mais certaines voix, comme l’ancienne ministre EELV Cécile Duflot, ont relevé qu’il y avait eu un « certain nombre d’avertissements » lors des derniers rendez-vous électoraux et que ce score FN « est une punition ».

Les Républicains tiennent un bureau politique exceptionnel lundi matin, qui pourrait être agité. Alain Juppé, qui s’y rendra finalement, a appelé à arrêter « une ligne de conduite commune » pour le second tour. Bruno Le Maire, autre futur candidat à la primaire en vue de 2017, a jugé que la « reconquête sera longue et difficile ».

Un électeur sur deux n’est pas allé voter, moins qu’au premier tour des régionales de 2010, mais pratiquement autant qu’aux départementales de mars.