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24/01/2017

Le Kremlin détruit des produits alimentaires sous embargo

Politique

Le Kremlin détruit des produits alimentaires sous embargo

Le fromage fait partie des produits sous embargo, comme la viande de porc.

[JohnPickenPhoto/Flickr]

Le 6 août, les autorités russes se sont mises à détruire les produits européens sous embargo. L’escalade des sanctions entre l’UE et la Russie ne semble pas sur le point de s’essouffler.

Des tonnes de pêches et de nectarines saisies, du fromage letton ou de la viande polonaise broyés sous les roues des tracteurs : la Russie a commencé jeudi à détruire les produits alimentaires occidentaux sous embargo, malgré les protestations de la société civile.

Depuis près d’un an, la Russie interdit l’importation de la plupart des produits alimentaires des pays qui la sanctionnent pour son rôle présumé dans la crise ukrainienne, une décision qui affecte particulièrement le secteur agricole européen.

>> Lire : Bruxelles étend l’aide aux producteurs touchés par l’embargo russe

« À partir d’aujourd’hui, les produits agricoles, matières premières ou nourriture venant d’un pays ayant imposé des sanctions à la Russie ou à ses citoyens […] et qui sont interdits sur le territoire russe doivent être détruits », a annoncé le ministère russe de l’Agriculture dans un communiqué, conformément aux ordres de Vladimir Poutine.

Jusqu’ici, ces produits étaient simplement renvoyés dans leur pays d’origine par les douanes. Ils seront désormais détruits sur place par les autorités, qu’ils soient saisis à la frontière ou dans les magasins.

L’agence sanitaire russe Rosselkhoznadzor a annoncé jeudi matin une première saisie de 73 tonnes de pêches et de nectarines à la frontière bélarusse, qui transitaient sous un faux certificat turc et seront par conséquent détruites.

Un autre chauffeur, transportant 1,5 tonne de tomates sans certificat et contrôlé à la même frontière, a quant à lui pris peur et détourné son camion du poste-frontière pour retourner au Bélarus, selon l’agence Ria Novosti.

Une première destruction de 114 tonnes de viande de porc européenne sous embargo avait eu lieu mardi à Samara comme démonstration de la détermination des autorités.

À la fin de la journée, un total de 319 tonnes de nourriture avait été détruit, dont de la viande en provenance d’Italie qui a été brûlée dans un incinérateur à l’aéroport de Saint-Pétersbourg.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a admis que la destruction de nourriture « n’était peut-être pas très agréable à voir » tout en demandant aux médias de « ne pas exagérer le problème » car cette nourriture était de la contrebande. Le ministre de l’Agriculture, Alexander Tkatchev, a quant à lui affirmé que cette destruction était nécéssaire car les produits étaient de « qualité douteuse ».

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Mercredi, des personnalités de tous horizons politiques étaient toutefois montées au créneau contre la destruction de ces produits, appelant à leur redistribution aux nécessiteux.

Le chef du Parti communiste russe Guennadi Ziouganov a notamment regretté une « mesure extrême », tandis que l’avocat Evguéni Bobrov, membre du Conseil des droits de l’Homme du Kremlin, a dénoncé « une proposition arbitraire ».

Une pétition signée par plus de 250 000 personnes sur le site internet Change.org réclame elle aussi que la nourriture saisie soit donnée « aux anciens combattants, aux handicapés, aux familles nombreuses et à ceux qui ont souffert des récents désastres naturels ».

Le quotidien russe Vedomosti a dénoncé pour sa part jeudi dans un éditorial une « barbarie ostentatoire » et une « guerre absurde contre la nourriture en période de crise économique ».

Les autorités, qui accusent des pays tels que le Bélarus ou le Kazakhstan d’introduire sur le territoire russe des produits européens sous embargo en les faisant passer pour des produits locaux, espèrent que quelques cas de destruction suffiront à décourager les personnes tentées d’enfreindre l’embargo.

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