Le parlement britannique rejette les modalités du référendum sur le Brexit

Le Royaume-Uni est seul maître à bord pour déclancher les négociations du Brexit. [David/Flickr]

Gauche et eurosceptiques se sont alliés pour contrecarrer les projets du gouvernement qui comptait déroger à la règle du silence avant le référendum. Un revers délicat pour David Cameron.

Le Premier ministre britannique David Cameron a essuyé lundi une rare défaite au Parlement lorsque des élus eurosceptiques du parti conservateur ont uni leurs forces avec l’opposition travailliste pour rejeter les modalités d’organisation d’un référendum sur l’appartenance à l’Union européenne.

Il s’agit du premier revers au Parlement de David Cameron depuis sa réélection en mai. Il illustre surtout la persistance des lignes de fracture qui traversent le parti conservateur au sujet de l’Europe.

Le Premier ministre britannique, qui entend revoir les rapports entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne avant un référendum qui devrait avoir lieu d’ici la fin de 2017, a laissé entendre qu’il voulait rester au sein d’une UE réformée tout en disant ne rien exclure si les négociations avec Bruxelles n’aboutissent pas aux résultats espérés.

>>Lire : Ce que Cameron demande pour défendre le non au Brexit

Le texte de loi ouvrant la voie à la tenue du référendum a été adopté à une large majorité — 316 voix pour contre 53 contre — par la Chambre des communes mardi et va donc maintenant être examiné par la Chambre des Lords.

Mais le gouvernement va devoir consentir à certains changements après que la Chambre des communes a rejeté — par 312 voix contre 285 — certaines des modalités proposées pour la tenue du scrutin.

La semaine dernière, David Cameron avait fait deux concessions aux eurosceptiques, acceptant d’une part de rendre la formulation de la question sur le référendum plus neutre et, d’autre part, de limiter les interventions du gouvernement avant le scrutin. »

Mais, pour nombre de conservateurs eurosceptiques, ces concessions ne vont pas assez loin. Ils estiment notamment que le gouvernement devrait s’imposer un silence total sur tout élément susceptible d’influencer le vote avant le scrutin, comme c’est l’usage avant chaque élection.

La dérogation à la règle du silence total passe mal

«Si le grand public a le sentiment que le référendum est faussé pour favoriser une réponse, il aura l’impression qu’il n’est pas légitime (…) et quel que soit le résultat, beaucoup de personnes ne l’accepteront pas», a dit devant le parlement Owen Paterson, élu conservateur et ancien ministre.

La Commission électorale s’est également ému de la dérogation prévue à la règle du silence total avant le référendum, qui, d’après le gouvernement, est nécessaire pour que des responsables britanniques puissent réagir à des événements internationaux concernant l’Europe sans crainte de contrevenir aux réglementations.

Le parti travailliste a qualifié «d’humiliante» la défaite subie par David Cameron, qui a été surtout été la conséquence de 37 votes contre au sein de son propre parti.

«Le gouvernement n’aurait jamais dû mettre à exécution son projet fallacieux d’aller vite et de prendre des libertés avec les règles sur le référendum», estime Hilary Benn, porte-parole chargé des affaires étrangères du Labour, cité dans un communiqué.

Les eurosceptiques au sein du parti conservateur — qui avaient fortement fragilisé la position de John Major, Premier ministre d’alors, au début des années 1990 au sujet de l’implantation du traité de Maastricht — se sont sûrement sentis pousser des ailes au vu de la publication, samedi, d’un sondage montrant qu’une courte majorité de Britanniques est en faveur d’une sortie de l’Union européenne.

Contexte

Le parti conservateur au pouvoir de David Cameron a remporté la majorité absolue lors des élections parlementaires du 7 mai 2015. Avec 12 sièges de plus que tous les autres partis réunis, les conservateurs pourront gouverner seuls.

David Cameron a promis de renégocier la relation du pays avec l'UE puis d'organiser un référendum d'ici 2017 pour voter si oui ou non, le Royaume-Uni devrait rester dans l'UE. Une décision qui aurait de grandes conséquences sur le commerce, l'investissement et la place de la Grande-Bretagne sur la scène internationale.

>> Lire : Le raz de marée conservateur au Royaume-Uni ravive l'hypothèse du Brexit

Prochaines étapes

  • 2016 : David Cameron, le Premier ministre britannique, s'est engagé à organiser un référendum sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l'UE
  • Printemps 2017 : élections en France et en Allemagne
  • Fin 2017 : date limite pour le référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE, promis par David Cameron