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17/01/2017

Le Parlement européen s’inquiète de l’indépendance des médias en France

Politique

Le Parlement européen s’inquiète de l’indépendance des médias en France

France, mais aussi Hongrie, Bulgarie, Grèce, dans plusieurs États membres, l’indépendance et le pluralisme des médias se dégradent, selon un rapport du Parlement européen.

Dans tous les États membres, le pouvoir des entreprises et le pouvoir politique s’allient pour exercer une pression sur les médias, de plus en plus affaiblis par les difficultés culturelles et financières.

Les médias ont donc de plus en plus de difficultés à jouer leur rôle d’observateur indépendant : c’est ce que révèle l’analyse comparée de la liberté de la presse et du pluralisme dans les États membres de l’UE, un rapport commandité par la commission libertés civiles, justice et affaires intérieures (LIBE) du Parlement européen.

Médias et politique étroitement liés en France

En 20 ans, le paysage médiatique de la France a considérablement changé et ce, avec l’essor des plateformes en ligne, le déclin de la presse écrite et la prolifération des médias sociaux. Des changements qui ont remis l’accent sur les problématiques de propriété et de pluralisme. Le rapport montre ainsi qu’en France les sociétés de télécommunications s’insèrent de plus en plus dans le secteur des médias car elles cherchent à prendre le contrôle sur les plateformes et sur le contenu.

Par ailleurs, le lien entre les médias et la sphère politique en France est étroit. La plupart des médias sont détenus par des entreprises qui elle-même ont des liens avec l’État via leur participation à des marchés publics. Par exemple, Bouygues, qui détient TF1, est impliqué dans des contrats sur le marché public dans le domaine de la construction. Dassault, propriétaire du quotidien Le Figaro, est quant à lui un acteur majeur de l’industrie de la défense française.

Certains de ces acteurs économiques ont un lien direct avec le pouvoir politique. Serge Dassault, par exemple, a pendant des années été un élu politique de droite, même s’il n’a jamais fait partie du gouvernement. D’autres relations sont moins directes, mais bien connues du public, comme l’amitié entre Nicolas Sarkozy et Martin Bouygues ou Arnaud Lagardère.

Cette dépendance vis-à-vis de grandes entreprises peut poser des problèmes de conflits d’intérêts, puisqu’il est compliqué, pour Le Figaro par exemple, de couvrir objectivement les activités du groupe Dassault par rapport aux ventes d’avions militaires.

Une démocratie à sauvegarder

Le pluralisme des médias est un élément essentiel de la démocratie et de la liberté d’expression. Un déficit à ce niveau dans un seul pays membre peut avoir des répercussions sur toute l’UE, rappelle le rapport. En effet, au moment d’élire leurs représentants européens, si les électeurs ne sont pas capables de faire un choix informé, tous les organes de l’UE et les décisions qui en découlent en ressortent biaisés.

>> Lire : Le futur des médias en Europe préoccupe les institutions

La liberté et le pluralisme des médias sont donc expressément intégrés dans le Charte européenne des droits fondamentaux. Les experts considèrent que si ces droits sont violés, c’est aussi la réputation de l’UE sur la scène internationale qui en pâtit, puisque son image de région libre et démocratique est ternie.

Pour ce rapport, sept États membres ont été étudiés : la Bulgarie, la France, la Grèce, la Hongrie, l’Italie, la Pologne et la Roumanie. Dans des études précédentes, certains de ces pays avaient déjà été catégorisés comme des pays à haut risque.

Pluralisme des médias en danger

Pour cette étude, le concept de pluralisme revêt plusieurs critères : actionnariats diversifiés, indépendance de la pression politique et économique, observation de l’éthique des journalistes et qualité professionnelle, stabilité financière, diversité culturelle et politique du contenu, diversité géographique et indépendance des autorités règlementaires. Aucun État membre étudié ne remplit tous ces critères.

Niveau de risque pour le pluralisme des médias par rapport à la politique et au marché dans les pays membres de l’UE

Nb : les pays en rouge sont ceux choisis par les auteurs de l’étude

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourtant, il n’existe pas de corrélation directe entre un actionnariat divers et le pluralisme du marché des médias. En effet, les riches propriétaires internationaux sont parfois capables de résister à la pression politique et de fournir un contenu diversifié, alors que les médias les plus faibles financièrement se divisent le marché entre eux et cherchent le soutien de l’establishment politique ou de l’industrie, explique le rapport.

Selon l’étude comparée des systèmes médiatiques de Hallin et Mancini, tous ces pays sont bien en dessous du modèle de pluralisme qui s’appuie sur les caractéristiques suivantes : faible circulation des journaux, fort parallélisme politique, forte intervention de l’État, clientélisme, faible éthique professionnelle. Selon les chercheurs, la France est loin de cela, mais reste influencée par une forte intervention de l’État et du journalisme politique.

>> Lire : Le Parlement peine à concilier liberté de la presse et secret d’affaires

 

 

Contexte

Le pluralisme des médias a toujours été une préoccupation au sein de l’UE. Le livre vert de 1992 était hésitant par rapport à une action communautaire et indiquait que « la transparence telle qu’elle est dans l’UE ne nécessite pas une action spécifique de la part de la communauté… »

En 2008, la crise économique frappe durement le marché des médias : des milliers de journalistes perdent leur emploi, les recettes publicitaires dégringolent et les fusions se multiplient. À peine la tempête commence à se calmer, qu’une autre crise frappe le monde médiatique en UE. En 2010, Viktor Orbán se sert de sa majorité parlementaire pour faire passer une loi liberticide et créer une autorité de régulation des médias puissante gérée par le gouvernement. Les institutions de l’UE ont réagi timidement à l’écroulement de l’état de droit et de l’équilibre des pouvoirs, alors que l’article 7 du traité aurait pu être invoqué il y a longtemps, mais dû notamment à des obstacles techniques et à des considérations politiques, rien n’a été fait à ce sujet.

En juin 2015, la Commission subventionne le lancement d’une nouvelle ONG, le centre européen pour la liberté de la presse et des médias à Leipzig, afin de mieux contribuer à un paysage médiatique équilibré.

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