EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

24/01/2017

Le Portugal dans l’expectative sur son futur gouvernement

Politique

Le Portugal dans l’expectative sur son futur gouvernement

Pedro Passos Coelho

Crédit : [PPE/ flickr.com]

10 jours après les élections législatives, le Portugal attend toujours son futur gouvernement, le Premier ministre sortant, Pedro Passos Coelho, peine à arracher au Parti socialiste son soutien à un éventuel gouvernement minoritaire de droite.

Officiellement, rien n’est décidé. Mais le Parti socialiste, battu par la coalition emmenée par M. Passos Coelho, semble plus avancé dans ses négociations avec le Parti communiste et le Bloc de gauche, le « Syriza » portugais, qu’avec la droite.

Une deuxième réunion entre l’alliance de droite et le chef du PS, Antonio Costa, n’a débouché sur « aucun progrès », a regretté mardi soir le Premier ministre, visiblement frustré par l’attitude de son interlocuteur, qu’il a qualifiée de « passive ».

M. Costa a, lui, jugé « insuffisantes » les propositions de la droite, estimant qu’elles « ne traduisent pas la volonté politique de rompre avec l’austérité ».

>> Lire : Succès électoral très relatif de l’austérité au Portugal

« La voie à la formation d’un gouvernement de gauche est ouverte », même si « ce n’est pas encore acquis », avait-il déclaré peu auparavant à l’AFP, n’excluant pas une participation des partis de la gauche radicale à un exécutif dirigé par le PS.

Inimaginable encore il y a quelques jours, ce scénario, inédit, fait son chemin, divisant les militants du PS, revigorés malgré leur échec électoral, et suscitant des réactions enragées au sein de la droite, arrivée en tête des élections avec 38,6 % des voix.

M. Passos Coelho avait prévenu ses sympathisants pendant la campagne électorale : « même si vous votez pour nous, vous risquez de vous réveiller avec un gouvernement d’Antonio Costa au lendemain des élections », en l’absence d’une majorité absolue de la droite.

Concessions

Dans un document adressé au PS, la coalition s’était déclarée « totalement ouverte » à la négociation et prête à reprendre à son compte plusieurs mesures du programme socialiste, afin de « garantir l’indispensable stabilité gouvernementale ».

Les marchés ont montré de premiers signes de nervosité, la Bourse de Lisbonne chutant de 3 % lundi puis de 1,4 % mardi.

Soucieux de rassurer les investisseurs, M. Costa a assuré qu’un éventuel gouvernement de gauche « respecterait les engagements internationaux » du Portugal et n’allait pas « ouvrir une crise politique en zone euro ».

« L’Europe peut rester tranquille. Le PS n’est pas Syriza », parti au pouvoir en Grèce, a-t-il relevé.

Vifs débats

Le projet d’une éventuelle alliance avec l’extrême gauche a suscité de vifs débats au sein du Parti socialiste.

« Il faut profiter de cette occasion historique et former un gouvernement de gauche pour mettre fin à la dérive de la droite », a fait valoir le député Joao Soares.

« Un gouvernement du PS avec l’appui du PC et du Bloc de gauche est impensable ! », a estimé, au contraire, l’eurodéputé Francisco Assis.

Dans les rangs de la droite, la nervosité était palpable. « Une telle alliance à trois serait un suicide pour Antonio Costa et le PS », s’est emporté Luis Marques Mendes, ancien chef du Parti social-démocrate (centre droit) de M. Passos Coelho.

Antonio Costa s’est donné jusqu’à la fin de la semaine pour soumettre une proposition aux instances de son parti.

Mais le dernier mot reviendra au président, Anibal Cavaco Silva, qui a clairement laissé entendre que son appel à former un gouvernement « stable » excluait le Parti communiste, hostile à l’euro, et le Bloc de gauche, partisan d’une renégociation de la dette.

>> Lire : Le Portugal vote dimanche, sans illusion

A en croire M. Costa, les deux partis ont accepté de mettre ces exigences entre parenthèses et de soutenir, le cas échéant, un programme de gouvernement élaboré par le PS.

« Nous sommes prêts à voter un budget qui augmente le pouvoir d’achat », a assuré mardi Catarina Martins, porte-parole du Bloc de gauche. Selon elle, « il y a suffisamment de points de convergence pour permettre une stabilité gouvernementale sans la droite ».

Mais Pedro Passos Coelho ne compte pas jeter l’éponge pour autant : selon lui, « les vainqueurs des élections peuvent légitimement s’attendre à être chargés par le président de former le gouvernement ».