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28/07/2016

Le sujet des migrants s’invite à Davos

Politique

Le sujet des migrants s’invite à Davos

Les responsables politiques présents à Davos se sont accordés à dire que l’Europe jouait sa survie face à l’afflux de migrants.

Crédit : [David McIntyre / flickr.com]

Le compte à rebours est lancé pour résoudre la crise migratoire faute de quoi tout l’édifice européen s’effondrera, ont estimé plusieurs responsables réunis cette semaine à Davos.

« Nous avons quelques semaines devant nous pour fournir nos options […] faute de quoi les pays commenceront à réagir de manière isolée et ce sera le début d’un inéluctable processus de démantèlement », a prévenu vendredi le ministre français de l’Économie, Emmanuel Macron, devant un parterre de décideurs.

Depuis mercredi, plusieurs participants à cette réunion de l’élite mondiale dans le village suisse enneigé ont déclaré que l’Europe jouait sa survie face à l’afflux de migrants.

Le 21 janvier, Manuel Valls avait mis en garde contre une « dislocation » du projet européen face aux différents défis qui se dresse devant lui, dont la crise migratoire.

« Nous devons avoir prise sur ce problème dans les six à huit semaines », a prévenu jeudi le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, parce « quand le printemps va revenir et que le nombre [de migrants] va quadrupler, alors que l’Union ne peut plus gérer » de telles arrivées.

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Dans le secteur privé, on s’inquiète également. « L’Union européenne est en train de tomber en morceaux » a assuré le financier américain George Soros, une figure de la finance mondiale.

 « C’est la panique dans la politique d’accueil de l’Europe », car « nous avons passé le point de bascule au-delà duquel l’afflux [de migrants] baisse la capacité d’intégration des pays », a-t-il dit le 21 janvier devant quelques participants au forum réunis dans un hôtel.

Dans cette « panique », c’est « chacun pour soi, et dans ces conditions je ne peux pas blâmer Viktor Orban d’essayer de protéger ses frontières », a affirmé le financier né à Budapest, tout en précisant qu’il convenait de le blâmer pour refuser de participer à une politique d’accueil commune.

Seuls à gérer

Le ministre des Affaires étrangères polonais Witold Waszczykowski a également souligné l’absence de coordination et le sentiment d’abandon. La Pologne fait face aux migrants en provenance de l’Est, dont un million d’Ukrainiens, même si les autorités ukrainiennes démentent qu’il s’agisse de réfugiés.

« Nous sommes seuls à gérer cette crise », a-t-il dit à Davos, rappelant que pour les migrants en provenance du Proche-Orient, l’UE avait quand même réussi à trouver un accord avec la Turquie.

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Une désorganisation européenne d’autant plus délicate à gérer que certains pays membres n’attendent des propositions de Bruxelles que pour mieux les rejeter, a critiqué la Commissaire européenne aux affaires étrangères Federica Mogherini, également présente au forum.

« Nous risquons de nous retrouver dans ce cycle où les pays demandent des solutions européennes dont ils bloquent ensuite la mise en œuvre », selon elle, dénonçant les postures électoralistes.

Le secrétaire d’État américain John Kerry a lui réclamé une « augmentation de 30 % dans les réponses aux appels aux financements humanitaires des Nations unies ».

Le département d’État a précisé que cet appel à contributions devrait porter l’aide humanitaire internationale pour les réfugiés « de 10 milliards de dollars en 2015 à 13 milliards de dollars cette année ».

Mais certaines voix se sont aussi élevées pour affirmer que cette crise pouvait présenter des avantages économiques, comme celle du gouverneur de la Banque centrale européenne Mario Draghi, qui en parle comme d’une « opportunité ».

« C’est une opportunité. Vous investissez sur l’intégration des réfugiés et vous récupérer du retour sur investissement », abonde l’économiste Hélène Rey, également présente à Davos.

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« L’immigration pourrait en fait accroître un peu la croissance en Europe » du fait des dépenses engagées pour les héberger. « Politiquement c’est une autre histoire », estime Nariman Behravesh, chef économiste du cabinet britannique IHS.

Une opportunité économique dont le FMI vient tempérer l’évidence : « Avec un taux de chômage élevé dans plusieurs pays européens, l’intégration des réfugiés […] pourrait prendre plus de temps qu’ailleurs », selon un rapport du Fonds présenté mercredi à Davos par sa patronne, Christine Lagarde.