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26/08/2016

Le trompe-l’oeil des régionales pourrait profiter au Front national

Politique

Le trompe-l’oeil des régionales pourrait profiter au Front national

Les enjeux nationaux ont pris le dessus durant toute la campagne des régionales. Ce qui incite les partis à préparer une riposte au FN au sein de leur stratégie nationale.

Les 13 nouvelles régions françaises, dont la taille a été revue afin de mieux répondre aux besoins de la construction européenne, ne sont pas encore familières aux électeurs. Elles ont d’ailleurs tenu une place très modeste dans les élections, dont le débat a surtout tourné autour d’enjeux nationaux . Au lendemain de l’attaque terroriste du 13 novembre, l’enjeu de la sécurité a été récurrent dans les débats, alors que les régions n’ont aucune compétence sur le sujet.

>>Lire : Score record pour le Front national aux élections régionales

« Jamais des élections régionales auront été aussi nationales en France » souligne Bruno Cautrès, politologue et chercheur au Cevipof.  La lisibilité du scrutin est donc particulièrement compliquée, en raison de faux-semblants multiples. Le désistement de la gauche dans deux régions où le Front national menaçait de gagner influence lourdement le résultat. « Ce qui marque le plus, dans cette élection, c’est le premier tour, qui a vu 7 millions de voix attribuées au Front national » souligne l’expert.

2017 en toile de fond

Si l’on projette le résultat de cette élection au niveau national, l’enjeu des présidentielles de 2017 apparait binaire : ce sera soit le Front national, soit un autre parti. Car la mobilisation des électeurs au second tour des régionales, notamment pour faire barrage à l’extrême-droite, représente l’autre élément marquant de ces élections : les retardataires se sont vraisemblablement mobilisés sur un enjeu national, et non régional.

« Le Front national pourrait tirer de la ressource de cet épisode qui l’a exclu des présidences de régions » prévient Bruno Cautrès. Le parti qui a l’habitude de se nourrir de la théorie du complot UMPS trouve dans ces élections ratées un exemple parfait pour illustrer la faible représentativité du système électoral.

Le Front national a en effet obtenu plus de sièges que le Parti socialiste, soit  358 contre 339 pour le PS. Or le PS hérite de la présidence de 5 régions, contre 0 pour le FN, en raison de la concentration des votes dans certaines régions. Les socialistes ont notamment obtenu de bons scores dans le Sud-Ouest de la France et la Bretagne, alors que le vote FN est plus concentré à l’Est du pays, avec des bastions forts comme le Nord et la région PACA autour de Marseille.

Face à cette bipolarisation de la vie politique, les partis se sont mis dès le lendemain des élections en ordre de bataille pour organiser la riposte -au FN.

La gauche veut riposter sur le terrain économique

Le tandem Valls-Macron a déjà commencé à plancher sur un « pacte d’urgence », qui s’attaquerait, une énième fois, à la question du chômage.

Un problème qui reste l’ennemi numéro du gouvernement, et à juste titre si l’on en croit le think-tank Bruegel, qui a recensé une vaste littérature reliant crise économique et vote extrême.

Comme lors de la crise de l’entre-deux guerre, l’Europe se retrouve au sein d’une situation dans laquelle la grimpée continue du chômage ne cesse d’inquiéter. Un autre élément historique souligné par Manuel Funke rappelle que le vote extrémiste augmente après les crises financières menaçant le système bancaire.

Des éléments d’explication avec lesquelles droite et gauche se débattent. Selon l’AFP, le Premier ministre travaille déjà sur un “pacte d’urgence” constitué de “mesures choc” qui auraient vocation à s’appliquer de façon immédiate.

« L’emploi, la formation des chômeurs, l’apprentissage pour nos jeunes doivent mobiliser plus que jamais toute notre énergie » aurait précisé le Premier ministre. Un vocabulaire qui fait craindre, à la gauche du parti, de nouvelles mesures de flexibilité dans l’esprit des lois Macron, dont l’impact sur l’économie est loin d’être évident pour l’heure.

Cap à droite chez Les Républicains

A droite, c’est toute la ligne politique qui devrait faire l’objet d’un débat début 2016. Le président du parti, Nicolas Sarkozy, souhaite se débarrasser des plus modérés, dont Nathalie Kosciuzko-Morizet et Jean-Pierre Raffarin, afin de mettre la barre à droite. Les élections marquent en effet un échec pour les centristes : l’UDI Hervé Morin a très péniblement remporté la région Normandie devant le Parti socialiste.

Or la structure du parti n’est pas un sujet anodin. D’elle dépendra l’organisation des primaires qui doivent être organisées mi-2016 pour choisir le candidat aux élections présidentielles. Si un large électorat est convié, il semble que le candidat Alain Juppé, plus modéré que Nicolas Sarkozy, et aussi plus europhile, soit le candidat favori. « Mais si moins d’un million de votants participent au scrutin, le gagnant sera sans doute Sarkozy, qui est le candidat favori des militants de droite les plus fervents » prévient Bruno Cautrès. Avec 18 mois d’avance, il semble que les régionales aient donné le coup d’envoi des présidentielles.

Contexte

Les élections régionales de décembre 2015 ont vu le Front national établir un nouveau record absolu de voix avec près de 6,8 millions de suffrages sur un total de 25,7 millions de votants. Si le PS a au final remporté 5 régions et les Républicains 7, le Front national emporte plus de sièges dans les conseils régionaux, avec 358 sièges, contre 339 pour le Parti socialiste.