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27/09/2016

Le TTIP plombe la collaboration entre Verts et socialistes

Politique

Le TTIP plombe la collaboration entre Verts et socialistes

[European Parliament]

Réclamée par les deux groupes, la collaboration accrue entre élus socialistes et écologistes au sein du Parlement européen se heurte à la grande coalition formée autour de Jean-Claude Juncker. 

Entre Verts et socialistes, la collaboration politique au sein du Parlement européen ne se fait pas sans heurts.

Le 28 mai, la commission parlementaire du commerce international a adopté une recommandation sur le traité transatlantique, dans laquelle l’option du recours à l’arbitrage privé reste sur la table. Un vote qui a opposé une nouvelle fois les eurodéputés verts et une grande partie des socialistes.

Les Français « moteurs »

Pourtant, les deux groupes clament haut et fort depuis plusieurs semaines leur soif de travailler ensemble. « Nous avons tout intérêt à collaborer avec les Verts, mais aussi avec la gauche radicale (GUE) », martèle Emmanuel Maurel, élu socialiste français. « Si les Français sont moteurs sur le sujet de la collaboration, il y a aussi des partisans chez les Allemands et les Belges » poursuit-il.

Davantage de coordination entre eurodéputés, réunions mixtes, mise en place d’une ligne directe entre verts et socialistes au sein de chaque commission parlementaire pour coordonner les positions, les pistes avancées par les deux groupes pour renforcer leur coopération sont nombreuses.

>>Lire : La coalition pro-Juncker tente d’éviter une commission d’enquête sur les « LuxLeaks »

Les sujets de collaboration identifiés ne manquent pas : évasion fiscale, révision de la gouvernance économique de l’Union, débat sur les migrations ou encore politique sociale, etc. Mais la question du Traité transatlantique, identifié comme un des axes de collaboration évidents pour les deux groupes a rapidement mis en évidence le dilemme des socialistes.

Clash du TTIP

« Pour que le rapport Lange passe l’étape de la commission du commerce international (INTA) et atteigne la plénière, il aura fallu le reniement du groupe socialiste sur ce qu’il considérait jusqu’à maintenant inacceptable entre deux continents démocratiques munis de systèmes juridiques indépendants et performants: les fameux tribunaux privés arbitraux -ou ISDS [ou RDIE] » a regretté Yannick Jadot, le porte-parole du groupe Verts sur le TTIP.

>>Lire : Les eurodéputés font volte-face sur la clause d’arbitrage du TTIP

« Sous la pression de la droite européenne, notre commission parlementaire n’a pas su se prononcer en faveur d’une solution permanente pour résoudre les différends entre investisseurs et États, sans recours à l’arbitrage privé de l’ISDS » a également regretté Emmanuel Maurel.

Grande coalition

Une pression faisant directement référence à la coopération des socialistes avec la droite et les libéraux.

Les différents groupes politiques ayant soutenu la Commission Juncker au Parlement européen forment depuis une grande coalition. Formée par le groupe des socialistes et démocrates, par le PPE et les libéraux de l’ALDE, cette alliance théorique de 479 eurodéputés représente la majorité au sein du Parlement.

>>Lire : Le PPE et les socialistes en marche vers une grande coalition au Parlement européen

Pourtant, à gauche, le terme de grande coalition embarrasse, tant une partie des élus socialistes ne se retrouve pas dans la politique proposée par le président de la Commission, notamment sur les volets comme le social ou l’emploi. « Il y a un malaise de la part de certains socialistes au sein de la coalition », affirme Michèle Rivasi, présidente de la délégation française des verts au Parlement.

Difficile alors de collaborer avec l’ensemble de l’échiquier politique. « Il n’y a pas de contradiction. Les trois groupes politiques qui ont élu la Commission Juncker coopèrent pour faire passer des textes législatifs, mais cela n’impose en rien notre indépendance » a rappelé l’Italien Gianni Pittella, chef de file des socialistes au Parlement européen.

« Les socialistes nient le concept de grande coalition et veulent travailler avec nous. Mais est-ce qu’ils seront capables, sur certains dossiers de mettre en minorité alternative le PPE et de constituer une majorité alternative ? » s’interroge Philippe Lamberts, co-président du groupe des Verts au Parlement européen.

Majorité alternative

Pour l’heure, la complexité de mettre en place une majorité alternative à celle de la grande coalition fait pencher la balance en faveur de l’alliance de raison.

« La grande coalition existe toujours sur un certain nombre de sujets, comme la politique étrangère notamment sur l’Ukraine, ou encore l’Union de l’énergie ou le plan Juncker » rappelle Charles de Marcilly, de la Fondation Robert Schuman.

>>Lire : L’élection de Juncker révèle une coalition fragile au Parlement européen

« Aujourd’hui, cette grande coalition fonctionne, faute de mieux » explique Charles de Marcilly. Car face à un exécutif européen renforcé depuis l’arrivée du président Jean-Claude Juncker, le Parlement fait face à un enjeu de taille : récupérer un poids politique fort dans le processus législatif européen.

« Et pour cela, le Parlement n’a d’autres choix que de s’appuyer sur une majorité forte : celle de la grande coalition » poursuit-il.

Contexte

Les partis de droite (PPE), gauche (S&D) et les libéraux du centre se sont accordés pour former une coalition au Parlement européen, permettant l'élection du socialiste Martin Schulz à la présidence du Parlement européen, puis celle du luxembourgeois Jean-Claude Juncker à celle de la Commission européenne. La coalition a surtout pour but une répartition des postes entre les différents partis.