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05/12/2016

L’élection présidentielle autrichienne repoussée de plusieurs semaines

Politique

L’élection présidentielle autrichienne repoussée de plusieurs semaines

L’incertitude créée par l’élection de Donald Trump pourrait pousser les Autrichiens à choisir le camp de la prudence lors des élections, ou, au contraire, leur donner du courage pour frapper un grand coup « contre l’establishment »

[Intensivtäteraggressor/Flickr]

Le second tour de l’élection présidentielle autrichienne prévue dans moins de trois semaines va être reporté, à fin novembre au plus tôt, nouveau rebondissement dans la saga de ce scrutin déjà invalidé pour des irrégularités et qui bute maintenant sur un problème de malfaçon des bulletins.

Après un week-end de consultations politiques et juridiques, le ministre de l’Intérieur Wolgang Sobotka a annoncé que les conditions permettant de garantir, le 2 octobre, « le déroulement d’un scrutin sans faille d’un point de vue juridique » ne sont pas réunies.

« Nous allons demander au parlement de fixer une nouvelle date », a déclaré le ministre lors d’une conférence de presse, évoquant comme possibles dates le « 27 novembre » et le « 4 décembre » pour la tenue du duel entre l’écologiste Alexander Van der Bellen et le candidat d’extrême droite Norbert Hofer.

>>Lire : L’extrême droite autrichienne envisage de contester le résultat des élections

En cause: la découverte d’un « défaut de fabrication » sur des bulletins de vote par correspondance, très utilisé en Autriche: certaine enveloppes s’ouvrent toutes seules en raison d’une colle défectueuse. Une enveloppe ouverte invalide le vote.

Bulletin défectueux en main face aux journalistes, le ministre a présenté les « excuses » du gouvernement aux électeurs et aux candidats pour cette nouvelle péripétie dans le déroulement de cette présidentielle dont le premier tour remonte déjà au 24 avril.

Le second tour du 22 mai avait en effet été invalidé en raison d’irrégularités dans le dépouillement, déjà, de bulletins par correspondance.

Casse-tête

Ce report plonge la coalition centriste au pouvoir à Vienne dans un casse-tête légal car le scénario est totalement inédit et non prévu par les textes.

Si la procédure d’ajournement du scrutin va être lancée dès cette semaine, il demeure encore beaucoup d’inconnues à résoudre et il s’agit « d’un changement législatif compliqué », a prévenu M. Sobotka. Une tenue de l’élection avant la fin de l’année ne sera possible que si toutes les étapes de la procédure s’enchaînent « rapidement ».

Un nouveau marathon se profile donc pour les deux candidats donnés au coude à coude et déjà engagés dans la campagne depuis plus de six mois.

Lors du second tour du 22 mai, Alexander Van der Bellen l’avait emporté d’une courte tête sur le candidat d’extrême droite Norbert Hofer.

C’est le parti de M. Hofer, le FPÖ, qui avait obtenu l’annulation du résultat devant la Cour constitutionnelle. Nobert Hofer avait été battu de moins de 31.000 voix. Il avait fallu attendre le comptage des votes postaux pour départager les deux candidats au coude à coude.

>>Lire : En Autriche, l’annulation de la présidentielle ouvre la voie à un nouveau scrutin

 

Traditionnellement défavorable aux extrêmes, le vote par correspondance avait représenté pas moins de 16,7% des suffrages exprimés en mai et fait basculer le scrutin en faveur de M. Van der Bellen.

Depuis juillet et la fin de mandat de l’ancien président socio-démocrate Heinz Fischer, l’intérim à la tête de l’Etat est assuré collégialement par la présidente et les deux vice-présidents du Conseil national, la chambre basse du parlement, parmi lesquels figure… M. Hofer.

Si le rôle du président est largement honorifique, il peut théoriquement user de prérogatives importantes.

Dans une Europe aux prises avec la poussée des partis populistes et d’extrême droite, l’ancien chef des Verts autrichiens, 72 ans, veut faire de ce scrutin un plébiscite pour une Autriche ancrée dans l’Union européenne, accusant Nobert Hofer, 45 ans, d’être tenté par un référendum sur la sortie de l’UE.