Les divergences s’accentuent au Front national

Marine Le Pen et son père, en avril 2014. [EURACTIV.fr]

Le député européen, président d’honneur du FN, a maintenu sa conception des chambres à gaz comme un « détail de l’histoire ». Sa fille Marine Le Pen assure être « en désaccord profond ».

Les dissensions se poursuivent au sein du Front national. La présidente du Front national Marine Le Pen a exprimé jeudi son « profond désaccord » avec son père Jean-Marie, qui a maintenu que les chambres à gaz étaient un « détail de l’histoire », des propos pour lesquels il a déjà été condamné plusieurs fois.

Le président d’honneur du FN a également estimé sur BFM TV et RMC qu’il y avait des gaullistes, mais aussi de « fervents pétainistes » au sein de la formation présidée par sa fille.

?>>Lire aussi : Le FN désarçonné par les attentats en France

Interrogée par le site internet du Figaro, Marine Le Pen a dit que son père était « dans une stratégie avouée » de « provocation » parce qu’il pense « que la polémique est positive pour le mouvement ».

« Nous sommes en désaccord profond. J’en ai pris acte et je veux croire, quand même, que ceux qui nous rejoignent, ceux qui votent pour nous, ont compris », a-t-elle dit, jugeant que leurs « différences » sont désormais « acquises » par le plus grand nombre.

« On peut dire ce que l’on pense, mais le Front national a quand même une ligne, laquelle est portée par sa présidente. Les propos de Jean-Marie Le Pen n’engagent que lui. Il est dans la provocation volontaire », ajoute-t-elle.

Une ligne de défense désormais systématique, mais aussi problématique dans la mesure où Jean-Marie Le Pen, fondateur du parti, en est toujours président d’honneur.

Jean-Marie Le Pen, qui a mis à plusieurs reprises en doute la stratégie de « dédiabolisation » du FN, est à nouveau revenu jeudi sur ses propos polémiques de septembre 1987.

« Je les maintiens, parce que je crois que c’est la vérité. Ce que j’ai dit correspondait à ma pensée, que les chambres à gaz étaient un détail de l’histoire de la guerre, à moins d’admettre que ce soit la guerre qui est un détail des chambres à gaz », a-t-il dit.

« Je les maintiens, parce que je crois que c’est la vérité et que ça ne devrait choquer personne. On a instrumentalisé cette affaire contre moi en y introduisant un soupçon d’antisémitisme alors que je mets au défi quiconque de citer une phrase antisémite dans ma vie politique » a ajouté le président d’honneur du FN.

Jean-Marie Le Pen sera candidat aux élections régionales de décembre prochain dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA).

Au Parlement européen, l’unité n’est pas non plus le point fort du parti d’extrême-droite. Après la défection d’une de ses 24 élus, Joelle Bergeron, qui a quitté le FN pour rallier le groupe de Ukip, le député européen Aymeric Chauprade avait aussi défrayé la chronique lors d’un texte sur les musulmans. 

?>>Lire aussi : Un député FN appelle à l’élimination des djihadistes français

?Début 2015, l’eurodéputé a aussi du démissionner de son poste de président du Mouvement pour l’Europe des Nations et des libertés après la publication d’une vidéo.

Contexte

Né dans les années 1970 à partir d'une myriade de courants d'extrême-droite rassemblés autour de Jean-Marie Le Pen, le Front national a toujours connu des courants très distincts en son sein. La stratégie de normalisation entreprise par Marine Le Pen depuis qu'elle a pris la présidence du pari s'inscrit dans celle des autres parti européens d'extrême-droite, qui plaident pour un "welfare chauvin", soit un Etat protecteur, mais seulement pour une partie de la population. Marine Le Pen tente de s'éloigner des thèses ou propos racistes émises par d'autres partis européens ou à l'intérieur de son propre parti, notamment dans la perspective des élections présidentielles de 2017 en France.