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03/12/2016

Les eurodéputés français très divisés après l’élection de Trump

Politique

Les eurodéputés français très divisés après l’élection de Trump

[European Parliament]

Les élus français du Parlement européen contactés par EurActiv dès le résultat de l’élection américaine ne sont pas tous aussi catatsrophés. Le FN se réjouit, la droite temporise, tandis que les autres partis s’alarment.

Face aux enjeux immédiats auxquels l’UE sera confronté, les élus européens sont divisés. A commencer par les relations internationales.

OTAN : pas de panique ?

Alors que Trump avait jugé l’OTAN obsolète, l’UE ne peut plus se cacher derrière les Etats-Unis pour compter sur sa propre défense. Plutôt optimiste, Philippe Juvin, eurodéputé PPE, estime que dans les faits, la situation n’évoluera pas de si tôt, ne serait-ce que parce que des élections se préparent en France et en Allemagne.

« Gardons un peu de raison. Les rapports entre états obéissent à des impératifs qui vont bien au-delà de l’émotion d’une simple campagne électorale » a assuré Philppe Juvin, qui relativise les déclarations de Trump sur l’OTAN. « Si Trump après tout peut être l’aiguillon pour qu’un certain nombre d’états européens se réarment et cessent de s’abriter lamentablement derrière le parapluie américain d’un côté, et la France et la Grande-Bretagne de l’autre pour les dépenses militaires – ce serait pas mal » ajoute le Républicain proche de Nicolas Sarkozy.

Victoire des obscurantistes

Au centre, Jean-Marie Cavada s’avère beaucoup plus inquiet. « L’Europe va devoir organiser son pouvoir pour faire face aux grandes questions régaliennes comme la sécurité, la rénovation de son économie, la sécurité énergétique et la défense, car sinon elle sera balayée » prévient l’élu, qui estime que la victoire de Trump est une secousse géopolitique mondiale, un peu comme les plaque tectonique qui fabriquent des volcans.« Les vainqueurs sont la Russie, Daesh et tous les obscurantistes du Sahel, du Proche et du Moyen-Orient. C’est aussi la fin des technocrates » assure Jean-Marie Cavada.

« Il va falloir trouver des spécialistes pour diriger ce pays car cet homme n’y connait absolument rien » assure l’homme politique, dans une réaction qui tranche avec la droite déjà plus nuancée à l’égard du nouveau président américain.

La mondialisation pointée du doigt

Plusieurs élus soulignent que, comme pour le Brexit, les électeurs ont exprimé leur angoisse et leur frustration en votant pour « sortir du monde » : la réaction contre l’establishment est évidente dans le vote pour Trump. « Par rapport à la mondialisation, il faut reconnaître que le libre-échange tranquille, ca n’existe pas. Ca crée énormément de frustrations. Ce n’est plus possible ! Lorsque les Wallons demandent que l’on préserve leurs services publics, il faut les écouter » rappelle Pervenche Berès, chef de la délégation socialiste française au Parlement européen.

En matière de relations commerciales, la France a proposé le 8 novembre de nouvelles règles du jeu, en introduisant plus de démocratie dans les négociations commerciales.

>>Lire : Nouvelle volte-face de la France sur la politique commerciale européenne

Sur la réaction que devrait avoir l’Europe face à ce tremblement de terre, les réactions sont partagées.

« Attention aux jugements moraux de la classe politique européenne et surtout française qui explique au monde entier comment il faut faire. Attention au péché d’orgueil : les Etats-Unis vont s’installer avec un nouveau Président, ils vont prendre des mesures qui seront probablement différentes de l’ancienne administration. Mais ce pays ne va pas non plus basculer d’un coup de la lumière à l’obscurité » prévient Philippe Juvin.

Une réaction observée chez les sarkosystes en général, à l’instar de Laurent Wauquiez, qui souligne que « ce vote est la conséquence d’une révolte des classes moyennes contre une élite dirigeante qui veut imposer ce qu’elles doivent penser. »

A l’inverse, Pervenche Berès juge que l’élection est un « nouveau coup de semonce après celui du Brexit. Une victoire des populistes, impensable il y a quelques années devient possible. Comme le Brexit, ce type d’élection démarginalise les autres partis populistes comme le Front national. L’élection de Trump risque de faire reculer le plafond de verre : ce qui était impensable devient possible » prévient l’élue.

Chez Jean-Marie Cavada, la même inquiétude pointe.  « le mensonge a gagné aux Etats Unis, pourquoi il ne gagnerait pas demain en France ou en Allemagne ? » se demande Jean-Marie Cavada. Il a raconté n’importe quoi : le mensonge a gagné. C’est aussi la réponse à 8 ans d’Obama ».

A l’extrême-droite, Marine Le Pen a en effet été la première à féliciter le président américain mercredi matin, dans un tweet :

Les sondages en question

Pour Marie-Christine Arnautu, eurodéputée Front national, la victoire de Trump représente  la «victoire du peuple contre un bourrage de crâne qui a été pire que celui du Brexit : tous les medias et les sondages n’envisageaient même pas la victoire de Trump. Les lavages de cerveaux ne marchent plus ! »  assure l’élue, qui s’insurge contre les médias qui ont traité Trump comme un clown pendant des années.

« Tout ce qui est expression du peuple est une bonne nouvelle. On vit un peu la même chose en France où depuis 2002 on nous explique de le FN serait une catastrophe pour le pays, mais les gens ne se laissent plus influencer » assure l’élue, qui se réjouit comme le reste de son parti.

Enfn-in à l’extrême-gauche, Jean-Luc Mélenchon, candidat à l’ élection présidentielle, appelle à briser les relations avec les Etats-Unis.