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25/05/2016

Les masques tombent chez les élus français pro-Brexit

Politique

Les masques tombent chez les élus français pro-Brexit

Les élus français sortent peu à peu du bois en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Une majorité d’eurodéputés français penche pour.

Derrière les positions officielles des partis français, qui défendent majoritairement le fait que le Royaume-Uni reste dans l’UE, le vernis est en train de se craqueler. De plus en plus d’élus se positionnent en faveur d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE.
« C’est lié au fait que la discussion a évolué. Le débat a montré que le Royaume-Uni demandait des gages pour ne pas respecter les règles communes. Dans ces conditions, je pense que la sortie du Royaume-Uni ne nuirait pas à l’UE » explique la députée socialiste Karine Berger, à qui la démarche britannique pose problème. Une position personnelle, qui n’est pas celle du Parti socialiste, mais qui pourrait selon nos informations faire tache d’huile dans les semaines qui viennent. Car au sein des élus les plus au fait, les eurodéputés, EurActiv a constaté qu’une majorité penche pour le Brexit, et non pas contre.
Dans les colonnes d’EurActiv, dès février, l’eurodéputée Virginie Rozière s’insurgeait contre le « chantage du Royaume-Uni », qualifiant le procédé de prise en otage de 60 ans de construction européenne au bénéfice d’un agenda électoraliste et domestique de court terme.
« En exposant une conception de l’Europe aux antipodes du projet européen, le Royaume-Uni rend sa dérive loin de l’Europe continentale inéluctable, fut-elle longue et lente » résumait ainsi l’élue radicale, membre de la délégation PS au Parlement européen.

 
>>Lire : Non au chantage du Royaume-Uni !

Les élus semblent refléter le flegme de la population française sur le sujet. Interloqués au départ à l’idée que les cousins britanniques prennent le large, les Français semblent de plus en plus en phase avec l’idée d’un Brexit. Selon un sondage publié en février par OpinionWay et LCI, 49 % des Français estimaient que l’impact d’un Brexit sur l’économie française serait neutre, et 39 % d’entre eux pensaient que cela n’aurait aucune incidence pour la France.

Un Brexit pour plus d’Europe

Pour les europhiles les plus fervents, le Brexit permettrait même de relancer l’UE, dont le processus d’intégration est en panne. Dominique Riquet, eurodéputé de l’ALDE, l’a clairement précisé à la Voix du Nord le 6 mars : « Je souhaite que les Anglais s’en aillent ! J’ai toujours considéré qu’ils auraient été mieux dehors que dedans, donc je désapprouve totalement les concessions arrachées par Cameron. On a besoin d’avancer (…) et la Grande-Bretagne fera tout pour que l’’Europe n’avance pas ».
Si Dominique Riquet est un des premiers eurodéputés à « sortir du placard » officiellement sur le sujet, son groupe au centre du Parlement européen, l’ALDE, pense majoritairement la même chose. Et ce n’est pas tout. « Il dit tout haut ce que la majorité pense tout bas » reconnait un eurodéputé de gauche.

Car à droite comme à gauche, les eurodéputés s’émeuvent régulièrement du fait que les discussions sur le Brexit « bloquent » l’UE. De fait, l’enjeu a fait passer au second plan les thèmes chers aux europhiles, comme celui de l’intégration économique et monétaire, ou la finalisation de l’Union bancaire. « C’est exactement ce que les Anglais voulaient ! Bloquer l’avancée de l’UE ! Et ca marche ! » s’énerve un fonctionnaire européen.

Un tabou qui tombe aussi à droite.

Au sein de la droite française, le départ du Royaume-Uni est abordé de façon très décomplexéePhilippe Juvin, porte-parole de la délégation LR au Parlement européen, ne mâche pas ses mots. « S’ils veulent sortir de l’UE, qu’ils sortent !» avance le médecin, partisan d’une grande opération-vérité à l’occasion du référendum britannique, qui ne devrait selon lui pas être traité comme un simple caprice des Anglais.

«Le Brexit est une opportunité politique pour définir une Europe à deux vitesse, avec un noyau dur dont la France devrait faire partie» ajoute-t-il, estimant qu’on avance de toute façon vers la désintégration européenne si l’on ne fait rien.

Pour le chef de la délégation LR aussi, l’agacement pointe. « Nous perdons du temps avec la politique intérieure britannique » soulignait Alain Lamassoure dans Les Échos mi-février. L’ancien ministre, qui a une longue expérience des institutions européennes, rappelle régulièrement que l’article 50 du traité européen a été prévu pour que les nations puissent sortir de l’UE si elles le souhaitaient, notamment en pensant au cas britannique.

Une mini Europe qui a aussi ses opposants

>>Lire : Le départ de la Grande-Bretagne, condition de la reconstruction de l’UE

Selon Yves Bertoncini, directeur de Notre Europe-Institut Jacques Delors, cette position française traditionnelle, qui est celle de Michel Rocard depuis longtemps, renvoie à l’idée de la « petite Europe » à 6, voire un peu plus. Une configuration qui fait peu de sens, selon lui. « Les vrais débats du moment, ce sont des débats à 28 ! On ne va pas faire le TTIP à 6, ni discuter avec la Russie sur l’Ukraine à 6 , ni gérer la crise en Syrie à 6, ce n’est pas la bonne échelle » constate Yves Bertoncini. Dans le groupe des Verts, Pascal Durand récuse également le fait de plaider pour le Brexit, tout en comprenant cette attitude. « La position du parti Vert européen est de dire que le Brexit est une mauvaise chose, qui envoie le message que l’Union européenne n’est plus un projet en construction, mais en déconstruction » assure-t-il. Si derrière la position officielle, les élus sont beaucoup plus nuancés, Pascal Durand semble est un des rares à penser «  que la sortie du Royaume-Uni de l’UE est la pire des solution car elle est le signe d’un repli nationaliste ».

Un Brexit au risque du Franxit ?

A l’extrême-droite, le Front national a bien tenté de récupérer le Brexit pour un dessein national, en annonçant son projet de suivre la même voie. Fin février, l’état-major du parti d’extrême-droite a commencé à parler plus clairement du « Franxit », précisant qu’en cas d’élection de Marine Le Pen en 2017, un référendum serait organisé dans les 6 mois sur les sujets de la souveraineté législative, territoriale, monétaire et budgétaire. « Nous négocierons, et en fonction des réponses nous défendrons le oui ou le non » explique l’eurodéputé Gilles Lebreton dans une vidéo du Parlement européen. Le Front national est toutefois divisé sur ses intentions, avec d’un côté certains, comme Florian Philippot qui plaident pour la sortie de l’UE, et des positions plus pragmatiques notamment sur les questions économiques : la sortie de l’euro notamment aurait peu de sens économique pour la France, ce dont le FN a conscience.

Et pour Yves Bertoncini, la proposition de referendum du Front national a peu de chance de fonctionner. « Il faut distinguer l’euroscepticisme, qui est très répandu partout en Europe, de l’europhobie, qui est plus propre au Royaume-Uni. En France les gens râlent, mais pas au point de vouloir quitter l’euro, encore moins l’Europe » prévient le spécialiste.
Si les déclarations pro Brexit risquent de se multiplier, en France, dans les semaines qui viennent, elles n’auront pas grand impact sur l’opinion britannique, dont les préoccupations s’avèrent plus domestiques qu’internationales. « Au pire, si les Français veulent qu’on sorte, cela risque de motiver les Anglais pour rester » assure un diplomate pragmatique de Sa Majesté.

Contexte

Le Premier ministre britannique, David Cameron a promis de renégocier les relations de son pays avec l'Union européenne. La renégociation sera donc suivie d'un référendum d'ici fin 2017, pour décider si, oui ou non, le Royaume-Uni reste dans l'UE.

Après l'accord de réformes conclu lors du Conseil européen des 18 et 19 février 2015, David Cameron fera campagne pour que le pays reste dans l'UE.

Les dirigeants européens ont écarté toute possibilité de changer les principes fondamentaux de l'UE, tels que la libre circulation des travailleurs et l'interdiction de la discrimination entre les travailleurs de différents pays de l'UE.

Un Brexit aurait de lourdes conséquences pour le commerce, l'investissement et la position de la Grande-Bretagne sur la scène internationale.