Les poids-lourds de l’UE jouent leur crédibilité avec la Grèce

L'Acropole à Athènes

France et Italie soutiennent coûte que coûte la Grèce, alors que de nombreux membres de la zone euro sont exaspérés. Mais le coût politique et surtout financier du Grexit est nettement supérieur à l’allongement de la maturité de la dette du pays méditerranéen.

La comédie dramatique qui se trame entre la Grèce et ses partenaires/créanciers européens pourrait se dénouer lundi à l’occasion d’un sommet extraordinaire des chefs d’État de la zone euro. « Chacun doit faire un effort : les Européens sur la prolongation du plan de soutien à la Grèce, mais aussi la Grèce dont les propositions n’ont fait que reculer ces dernières semaines » assure une source européenne. Une nouvelle proposition grecque arrivée dimanche pourrait toutefois retourner la situation.

France, Italie et Grèce face au reste du monde

Les forces en présence se résument à deux blocs : la Grèce bénéficie encore de la bienveillance, voire du soutien, de la France et de l’Italie. Pour l’Italie, qui a vu la charge de sa propre dette grimper au rythme de la tragédie grecque alors que les marchés financiers commencent à parier sur un éventuel défaut, ce soutien est crucial. En France, le soutien à la Grèce est une question de principe. Mais sur les 19 pays de la zone euro, la position d’une majorité de pays est opposée à l’hypothèse d’une rallonge supplémentaire du plan de soutien à la Grèce qui se profile pourtant.

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Au milieu de tout cela, la Commission aimerait se poser en arbitre des élégances, même si « l’ambiance est plutôt à l’exaspération »reconnaît une source. « Nous sommes les mieux placés pour trouver un compromis, et pourtant on a vraiment été baladés » reconnaît la source.

Surplus budgétaires et fuites systématiques, les deux points de crispation

La Commission serait particulièrement agacée du volte-face du gouvernement grec sur les niveaux de surplus budgétaires sur lesquels un compromis avait été trouvé il y a 15 jours, et sur lesquels le gouvernement grec est revenu. La Commission proposait un échelonnement du programme de surplus budgétaire pour les prochaines années de 1 % en 2015, 2 % en 2016, 3 % en 2017 et 3,5 % en 2018. Après avoir acquiescé pour ce programme, le gouvernement grec aurait proposé de son côté un programme de 0,75%, 1,5 %, 3 % puis 3,5 %.

Autre source d’irritation : les fuites systématiques des documents de travail échangés avec la Grèce, que l’exécutif attribue à l’équipe grecque. Du coup à l’Eurogroupe, le ministre des finances allemand, Schaüble, aurait dit à Tsipras les yeux dans les yeux qu’il n’a aucune confiance dans la capacité de la Grèce à rembourser d’éventuels nouveaux prêts qui lui seraient faits ».

Du côté de la Commission, la communication se fait sobre. Les dernières propositions grecques, formulées dimanche, n’ont d’ailleurs pas fuité, ce qui rassure la Commission.

L’augmentation de la tension, qui coûte déjà très chère aux pays les plus endettés, est un jeu dangereux puisque les créanciers européens sont nombreux à vouloir dire « stop ». Mais le coût du défaut de paiement serait sans doute plus lourd en terme de crédibilité pour la zone euro, donc pour la croissance mais aussi les taux d’intérêt.

La crédibilité des poids lourds en question

Et de nombreux poids lourds politiques ont engagé leur responsabilité dans la résolution de la crise grecque, qu’il s’agisse d’Angela Merkel, de François Hollande, de Jean-Claude Juncker ou de Christine Lagarde. Pour eux, l’hypothèse d’un Grexit représenterait un échec politique cuisant ; ils feront donc tout pour l’éviter, quel qu’en soit le prix financier. Politiquement, la crise grecque empêche déjà l’Union économique et monétaire d’avancer depuis plusieurs années, au grand dam des sensibilités les plus fédéralistes.

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Or le coût financier n’est justement pas énorme. Les Européens ont encore une marge de manœuvre pour aménager, à bas prix, le remboursement de la dette grecque : depuis la négociation du plan, en octobre 2012, les taux d’intérêt se sont effondrés. Il serait donc possible d’allonger la maturité de la dette grecque sans compromettre le remboursement des créances.

Globalement, le coût du Grexit serait donc supérieur à la énième restructuration de la dette envisagée par les Européens. C’est la thèse avancée par le think-tank Bruegel : Pourquoi un Grexit serait plus coûteux pour l’Allemagne qu’un défaut au sein de l’eurozone (EN)

Contexte

Le parti anti-austérité Syriza a remporté une victoire écrasante lors des élections anticipées du 25 janvier dernier en Grèce, mais n'a pas obtenu une majorité absolue au parlement.

Son chef de file, Alexis Tsipras, a affirmé que le « cercle vicieux de l'austérité » était terminé, déclenchant ainsi des réactions variées au sein de l'UE.

Les proposition de réformes avancées par Athènes n'ont pas convaincu l'Eurogroupe et les créanciers du pays, et la Grèce, qui ne peut plus honorer ses dettes, se retrouve dans une situation plus précure que jamais.

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