Les politiques urbaines s’attaquent aux inégalités entre hommes et femmes

les politiques d'urbanisation bénéficient majoritairement aux hommes. [Inkelv1122/Flickr]

Les politiques d’urbanisation bénéficient majoritairement aux hommes. Associatifs et universitaires militent pour une meilleure prise en compte des femmes dans l’espace public.

Les politiques d’urbanisation entretiennent les inégalités entre les femmes et les hommes. Une logique qu’il est possible de renverser. En Catalogne, Laura Perez Castano, conseillère municipale à Barcelone et présidente de Metropolis Femme se bat pour une approche genrée des politiques de la ville. Elle interviendra à la conférence internationale et interdisciplinaire dédiée à la coproduction des politiques de sécurité urbaine organisée par le Forum européen pour la sécurité urbaine (Efus), qui se tiendra à Barcelone du 15 au 17 novembre 2017.

la ville par et pour les hommes

En France aussi, des chercheurs dressent ce constat : la ville est construite pour les hommes. C’est le cas d’Yves Raibaud, géographe du genre et maître de conférences à l’université Michel de Montaigne de Bordeaux.

L’austérité pénalise la lutte pour l’égalité des sexes

Un rapport de l’ONU estime que les coupes budgétaires touchent durement les services publics qui contribuent à l’émancipation des femmes.

« 95 % des rues portent des noms d’hommes ». Affirme, étude à l’appui, Yves Raibaud, auteur de La ville par et pour les hommes (Belin, 2017). Au fil de ses recherches, menées de manière empirique avec ses équipes d’étudiants, le maître de conférences a réussi à établir l’existence d’une forte discrimination à raison du sexe dans l’organisation même des zones urbaines : « les villes sont construites par des hommes. Le personnel politique est largement masculin. Les grands architectes sont des hommes, ils érigent des statues de grands hommes, pensent l’espace pour les hommes » résume-t-il.

Le patriarcat à l’œuvre en matière d’urbanisme n’est pas seulement symbolique. Il a aussi pour effet de restreindre l’accès des femmes à l’espace public. « Dans le domaine des loisirs, on finance des skateparks ou des city stades. Ce sont des espaces fréquentés quasi exclusivement par des garçons » affirme Yves Raibaud, qui avance ce chiffre, établi par ses équipes en France en Suisse et en Belgique : « 75 % des subventions publiques destinées aux loisirs des jeunes bénéficient aux garçons ».

En matière de sécurité, les femmes ne sont pas suffisamment prises en compte par les politiques publiques. « La nuit, la part des femmes dans la population présente dans les rues chute de 30 % par rapport à la journée ». En cause, notamment, la peur d’être agressée ou violée. « Sur le campus de Bordeaux, rapporte le chercheur, 230 étudiantes en quatre ans ont raconté avoir été en contact avec un exhibitionniste. Ça peut faire sourire, mais ces situations induisent des changements de comportements ».

Selon l’universitaire, ce climat d’insécurité conduit les femmes à adopter une stratégie de déplacement de nuit dans la ville : « elles ne marchent pas trop vite pour ne pas avoir l’air effrayées. Pas trop lentement pour ne pas que des hommes les prennent pour des prostituées » constate-t-il.

Rééquilibrer les budgets

Pour permettre aux femmes de se réapproprier la ville, plusieurs méthodes sont à l’étude. Yves Raibaud milite pour les approches de Gender Budgeting (budgétisation genrée) : « il s’agit, pour chaque politique publique, d’établir une étude d’impact en terme de genre. Le but étant de savoir à quel sexe va bénéficier le projet ».

En Belgique, une circulaire de 2011 impose aux collectivités territoriales de soumettre leur budget à une évaluation sous l’angle du genre. En France la loi sur l’égalité entre les femmes et les hommes du 4 août 2014 impose « un rapport sur la situation en matière d’égalité entre les femmes et les hommes » à toute collectivité de plus de 20 000 habitants. Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes, souhaite la généralisation du gender budgeting au budget de l’État.

Les inégalités professionnelles femmes-hommes persistent en Europe

Au travail, les inégalités entre les femmes et les hommes persistent en Europe, d’après une étude Insee Eurostat. Un article de notre partenaire La Tribune.

Pour sécuriser le parcours des femmes dans la ville, l’exécutif étudie également  la possibilité de verbaliser le harcèlement de rue. Une mesure attendue par Yves Raibaud : « On peut en espérer des effets positifs. La verbalisation des clients de prostitués a aussi eu un effet bénéfique sur le harcèlement. Les hommes hésitent à aborder des femmes qui ne font qu’attendre dans la rue ».

Marches exploratoires

Le gouvernement a par ailleurs mis en place, dès 2014, des « marches exploratoires » dans douze communes. Importées du Canada, ces marches urbaines réservées aux femmes permettent de prendre conscience des points de la ville vécus comme discriminant.

En région parisienne mais aussi en province, l’association Genre et Ville organise des « marches sensibles » depuis 2015. À la différence des marches exploratoires, celles-ci sont mixtes, ouvertes aux femmes, homme, filles et garçons peuplant le quartier où elles sont organisées, et aboutissent à la publication d’une « carte sensible », base de travail pour aboutir à plus de mixité dans la ville. « La mixité est aussi un facteur de sécurisation pour tous, conclut Yves Raibaud. Là où tous les genres et âges cohabitent, il y a moins de comportements agressifs ».