Les séparatistes catalans lancent le processus de création d’un État indépendant

Suite à la victoire des indépendantistes le 27 septembre, le Parlement votera début novembre une résolution pour démarrer le processus d'indépendance de la Catalogne. [Crédit : [Jordi Boixareu / flickr.com]

Désormais majoritaires au parlement de Catalogne, les indépendantistes  veulent adopter une résolution qui lancera le processus de création d’une république de Catalogne indépendante.

« Le parlement de Catalogne déclare solennellement le début du processus de création d’un État catalan indépendant, sous forme de république », détaillait le 27 octobre une proposition de résolution, que les députés doivent voter début novembre.

Le nouveau Parlement s’est constitué lundi 26 octobre, après des élections régionales, le 27 septembre, ayant donné la majorité absolue de sièges (72 sur 135) aux deux listes indépendantistes : la coalition Junts pel Sí (Ensemble pour le Oui, 62 sièges), et la CUP (gauche anticapitaliste, 10 sièges).

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Bien qu’ils n’aient pas obtenu la majorité absolue des votes (47,8 %), les deux partis assurent qu’ils lanceront ensemble le processus d’indépendance de cette région du nord-est de l’Espagne de 7,5 millions d’habitants.

La résolution présentée sera son point de départ, même si les deux listes ne se sont pas encore mises d’accord sur l’identité du prochain président de région – la CUP refuse pour l’instant d’investir Artur Mas, candidat de Junts pel Si, critiquant son libéralisme et les soupçons de corruption qui pèsent sur son parti.

Non-soumis face à l’État espagnol

« Ce Parlement et le processus de déconnexion démocratique ne se soumettront pas aux décisions des institutions de l’État espagnol, en particulier le Tribunal constitutionnel », assurent les indépendantistes.

Le gouvernement espagnol du conservateur Mariano Rajoy avait auparavant fait appel à cette instance judiciaire pour invalider de nombreuses initiatives des institutions catalanes, dont l’organisation d’un référendum sur l’indépendance en 2014.

Il est d’ailleurs très critiqué en Catalogne depuis qu’il a raboté, en 2010, le statut qui accordait plus d’autonomie à la région.

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Le 26 octobre, M. Rajoy a assuré avoir prévu des mécanismes pour freiner une déclaration d’indépendance. Sa formation, le Parti populaire, a promu une réforme du Tribunal constitutionnel permettant à l’instance de suspendre les autorités ou les fonctionnaires qui ne respecteraient pas ses décisions.

Dans cette résolution, les partis déclarent vouloir « entamer les négociations », pour réaliser cette indépendance, avec l’Espagne mais aussi l’Union européenne.

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Ils demandent en outre la création d’une administration fiscale et d’un système de sécurité sociale propre à l’État indépendant.

Provocation sans conséquences

Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a prévenu mardi qu’il utiliserait tous les mécanismes possibles pour protéger la « souveraineté de l’Espagne », assurant qu’une résolution indépendantiste au Parlement catalan serait sans effet.

« Je veux adresser un message de tranquillité à tous les Espagnols », a déclaré M. Rajoy lors d’une très inhabituelle allocution télévisée : « Cet acte de provocation […] n’aura aucun effet », a-t-il dit quelques heures après l’annonce du projet de résolution.

« L’État ne renoncera pas à l’utilisation de tous les mécanismes politiques et juridiques que lui attribuent la loi et la Constitution pour défendre la souveraineté de l’Espagne », a-t-il ajouté.

Ce projet de résolution « est contraire à la Constitution, aux lois, au sentiment de la majorité des Catalans et à la volonté démocratique de l’ensemble des Espagnols », a répondu M. Rajoy sans attendre.

« C’est un acte de provocation de ceux qui prétendent passer outre la loi car ils savent qu’elle n’est pas de leur côté », a encore dit M. Rajoy. « Tant que je serai président du gouvernement, l’Espagne restera une nation de citoyens libres et égaux », a déclaré le chef du gouvernement conservateur à deux mois des élections législatives du 20 décembre.