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23/01/2017

Les socialistes français s’alarment du risque de « déconstruction européenne »

Politique

Les socialistes français s’alarment du risque de « déconstruction européenne »

Benoit Hamon représente l'aile gauche du Parti socialiste

Crise économique, crise grecque, crise des réfugiés… La tournure que prend l’Europe inquiète les socialistes français. 

Pour toute une génération de dirigeants socialistes, la crise à multiples facettes que vit actuellement l’Union européenne est plus qu’un sujet d’inquiétude. Elle leur fait peur. « Nous sommes au moment où la construction européenne pourrait disparaître », a averti l’euro députée Pervenche Bérès, à l’occasion d’une table ronde consacrée à l’Europe lors de l’université d’été du PS à La Rochelle. Entre la crise économique qui sévit depuis 2008, la menace d’exclusion de la Grèce au début de l’été, la sécurité avec la montée du terrorisme et aujourd’hui le drame humanitaire des réfugiés politiques qui viennent s’échouer en Europe, les motifs d’inquiétude ne manquent pas. Avec, en possible ligne de mire, une dislocation de l’Europe politique devant tant d’enjeux qu’elle ne pourrait surmonter. « Le risque est que les générations qui vont suivre subissent la déconstruction européenne », a ajouté le député français Guillaume Bachelay.

Refuser l’émiettement de l’Europe

La crise grecque reste dans les esprits. Le fait que des pays, comme l’Allemagne, aient plaidé pour l’éviction de la Grèce de la zone euro est une plaie encore vive. Sans surprise, le camp socialiste ne tarit pas d’éloges pour François Hollande, qui a su maintenir une position ferme pour que la Grèce reste dans l’euro. « Si la France a joué et réussi ce rôle, ce n’est pas au nom d’une monnaie ou de l’intérêt des Grecs, de l’Europe ou de la France. C’est au nom d’une idée politique. Quand l’Europe avance, elle ne peut plus reculer. Nous avons refusé l’émiettement de l’Europe », a estimé Michel Sapin, ministre français des Finances et proche de François Hollande.

>>Lire : Les pro Syriza déplorent le manque de soutien de la France à la Grèce

Mais d’autres signes de l’absence de solidarité européenne préoccupent. La Grèce en a été un exemple, la crise des réfugiés en est un autre. Quand l’Allemagne annonce son intention d’accueillir 800.000 migrants, soit 1% de sa population, la décision de la Slovaquie de n’accueillir que des migrants chrétiens ou celle d’autres pays comme la Hongrie ou la Tchéquie de fermer leurs frontières pour contrer les vagues de réfugiés jette un froid.

Pour une conférence de haut niveau sur les réfugiés

Sur la question ô combien brûlante des réfugiés en provenance de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan, l’absence de politique au niveau européen est très mal vécue par les socialistes français. « L’Europe doit prendre ses responsabilités, nous avons besoin de règles claires », plaide le député des Français de l’étranger Philip Cordery, qui dénonce « l’incapacité de l’Union européenne de répondre collectivement à un défi majeur ». Il plaide, comme Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS, pour une conférence européenne de « haut niveau » sur le sujet. « Sur les réfugiés, l’Union européenne s’illustre de la pire façon qu’il soit. Le PS doit inciter le gouvernement à trouver une initiative. Nous devons faire 100 fois mieux pour les réfugiés », a plaidé de son côté Benoît Hamon, représentant de l’aile gauche du PS et ancien ministre de l’Éducation de François Hollande.

Non au Tafta

Enfin, un débat sur l’Europe n’est pas vraiment achevé sans évoquer le traité transatlantique, actuellement en négociations entre la Commission européenne et les États-Unis. Il est presque inutile de rappeler que le ton à La Rochelle est très « anti-Tafta ». Le traité est vu comme une victoire de l’ultra libéralisme, qui n’a pas vraiment la cote au sein du PS. Benoît Hamon s’est fait le pourfendeur le plus zélé du traité en négociations. « Ce traité de libre-échange est l’instrument pour contrarier l’intégration européenne, a-t-il estimé. Dans l’état qui est celui de l’Union européenne, un continent où la solidarité est faible, peut-on se permettre de construire un partenariat transatlantique qui affaiblirait les échanges économiques européens ? ». Benoît Hamon a mis en doute le surplus de croissance économique évoqué par la Commission pour justifier la mise en place de ce traité. De son côté, Michel Sapin ne s’est pas attardé sur le sujet, renvoyant la balle à la Commission européenne qui est en charge des négociations. Si l’Europe a longtemps déchiré le PS, notamment au moment du référendum de 2005, une unité semble se reconstruire aujourd’hui sur les dérives et les moyens d’y remédier.

Contexte

L'édition 2015 de l'université d'été du PS s'est déroulée sur fond de tensions entre les différents courants de la famille politique. Alors que le ministre de l'Economie Emmanuel Macron avait relancé le débat sur le temps de travail devant les patrons, le Premier ministre Manuel Valls a rassuré les militants en estimant que le débat était clos. Le parti s'est aussi interrogé sur le rôle à conférer aux Verts dont deux députés viennent de quitter le parti, alors que des divergences de fond sont apparues entre les deux formations.

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