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28/09/2016

Les Sociaux-démocrates allemands au plus bas dans les sondages

Politique

Les Sociaux-démocrates allemands au plus bas dans les sondages

Sigmar Gabriel, président de la SPD doit réagir : le parti passerait sous la barre des 20 %, selon un sondage.

[SPD Schleswig-Holstein/Flickr]

La SPD est sous les 20 % dans un sondage. Du jamais vu. Illisible, son positionnement souffre de sa participation à la « grande coalition » et de l’évolution d’Angela Merkel. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Du jamais vu. Jamais le parti social-démocrate allemand (SPD) n’avait été aussi bas dans les sondages. Selon la dernière enquête de l’institut INSA pour le quotidien populaire Bild Zeitung, réalisée entre le 8 et le 11 avril, seulement 19,5 % des personnes interrogées souhaiteraient, si les prochaines élections fédérales avaient lieu dimanche prochain, voter pour la SPD. Depuis qu’INSA réalise des enquêtes hebdomadaires, en 1997, jamais les Sociaux-démocrates n’avaient atteint un niveau si bas d’intentions de vote.

Un niveau jamais vu depuis… 1890 !

Dans les urnes, la SPD a obtenu 25,7 % des voix lors des élections de septembre 2013. C’était alors le deuxième plus mauvais score du parti dans l’histoire de la République fédérale après celui de 2009 (23 % des voix). Jamais, au niveau national, la SPD n’est passé sous les 20 %. Pour retrouver un tel score, il faut remonter plus avant dans l’histoire allemande : en mars 1933 où les Sociaux-démocrates ont obtenu 18,3 % des suffrages. Mais ce scrutin était très particulier : organisé après l’incendie du Reichstag, alors qu’Adolf Hitler était déjà chancelier et avec une campagne émaillée de violences et d’intimidation, le résultat est peu significatif. Si on en fait abstraction, c’est à l’époque de l’Empire allemand qu’il faut remonter pour retrouver une SPD sous les 20 % des voix et précisément lors du scrutin du 20 février 1890, voici 126 ans, où le parti avait obtenu 19,7 % des voix, alors qu’il sortait d’une période de quasi-clandestinité imposée par les lois anti-socialistes de Bismarck !

Affaiblissement des grands partis

Certes, les élections fédérales sont encore lointaines. Elles n’auront lieu qu’en septembre 2017. Mais si cette tendance se confirme, il s’agira certainement d’une évolution radicalement nouvelle dans la politique allemande. L’effacement de la SPD n’est certes pas un phénomène nouveau, puisqu’il a commencé après la défaite de 2005, mais il modifie notablement la donne issue de l’après-guerre. Le bipartisme CDU-SPD semble bel et bien mort. Il n’y aura plus d’alternance de la SPD succédant à la CDU. L’heure est désormais à un multipartisme complexe centré sur la CDU d’Angela Merkel, elle-même aussi assez affaiblie. Selon la même enquête INSA, la CDU ne recueille que 31,5 % d’intentions de vote, du jamais vu là aussi. En 2013, la CDU avait obtenu 41,5 % des voix. Son plus faible score depuis sa création en 1948 au niveau national date de 1949 et était de 31 % des voix.

Les deux étapes de l’effondrement de la SPD

Pourquoi une telle chute de la SPD ? L’effondrement d’un parti qui mobilisait en 1998 40,9 % de l’électorat s’est effectué en plusieurs temps. La période de Gerhard Schröder a conduit à une perte de confiance des électeurs situés à la gauche du parti qui ont souvent rejoint ou l’abstention ou le parti de Gauche Die Linke, constitué autour d’Oskar Lafontaine et de la formation issue de l’ancien parti dominant de la RDA, la PDS. En 2005, à la fin de l’époque Schröder, la SPD n’a mobilisé que 34,2 % des voix, soit un recul de 6,7 points.

Le deuxième décrochage est intervenu durant la première « grande coalition » de 2005-2009 avec la CDU et la CSU. L’incapacité de la SPD à se démarquer d’Angela Merkel et son profil très modéré ont réduit son «utilité » politique. L’électorat social-démocrate s’est alors réparti entre les partis d’oppositions : Verts, Die Linke et FDP libérale. En 2009, la SPD était donc à 23 %. Le parti n’a jamais réellement réussi à redresser la barre. Il a aujourd’hui une image vieillie et peine à construire une identité. Cet effondrement est donc le fruit d’une évolution « pragmatique » qui pourtant en fait rêver plus d’un en France. Il est, du reste, frappant de voir l’exemple de la SPD toujours présenté pour le PS français comme un modèle alors qu’il est la victime de son manque d’identité politique. Une situation qui est celle de la social-démocratie pratiquement partout en Europe, de l’Irlande au Pays-Bas en passant par l’Espagne.

Une SPD impossible à suivre

Depuis quelques mois, la position politique de la SPD est très difficile à suivre. Elle évolue à vue, en tentant de suivre l’opinion publique. Sigmar Gabriel, vice-chancelier, ministre de l’Economie et de l’Energie et président du parti, est peu populaire et pris en étau entre sa volonté de réactiver des « marqueurs de gauche » et sa fidélité pour Angela Merkel. Sur la question budgétaire, il a demandé d’abord des dépenses supplémentaires avant d’accepter le budget équilibré de Wolfgang Schäuble. Le même mouvement de balancier est effectué sur la politique de la BCE, la question de l’austérité en Europe ou les réfugiés. Surtout, la SPD est gênée par une Angela Merkel que la crise des réfugiés et la crise grecque ont politiquement « recentré » en défendant l’ouverture des frontières et le maintien de la Grèce dans la zone euro contre les milieux conservateurs. Dans ce cadre, « l’utilité » de la SPD lorsque la CDU doit s’opposer aux conservateurs demeure problématique. Enfin, comme entre 2005 et 2009, la SPD souffre de la « grande coalition » : elle subit le contrecoup de la volonté de renouvellement politique et de la volonté de changement.

La poussée des Verts

Or, dans ce cadre, les Verts deviennent un concurrent sérieux. L’accélération du recul de la SPD a commencé avec les élections régionales du 13 mars 2016. Or, ces élections ont été marquées non seulement par la montée du parti d’extrême-droite Alternative für Deutschland (AfD) mais aussi par le triomphe des Verts dans le grand Land du Sud-Ouest, le Bade-Wurtemberg où le parti écologiste est arrivé en tête et a obtenu 30,3 % des voix contre 12,7 % à la SPD. Cette victoire du chef de file local des Verts, Winfried Kretschmann, au profil très modéré, pourrait ouvrir la voie à une alliance locale avec la CDU. Déjà au pouvoir en Hesse, cette alliance pourrait devenir une coalition possible pour 2017. Les points d’accord entre les Verts et la CDU semblent désormais nombreux, notamment sur les réfugiés et les Verts pourraient prétendre agir « plus utilement » sur la politique gouvernementale. Beaucoup d’électeurs SPD déboussolés par leur parti se tournent alors vers les Verts. Entre le 14 mars et le 11 avril, selon l’enquête INSA, les Verts ont gagné 3,5 points et sont donnés à 13,5 % en troisième position, tandis que la SPD a reculé de 2,5 points.

L’AfD reste à un niveau élevé

Reste que cet affaiblissement de la SPD s’accompagne aussi, comme on l’a vu, d’un affaiblissement de la CDU. Mais le fait essentiel est qu’AfD semble se maintenir à un niveau élevé. L’enquête INSA lui attribue 12,5 % des intentions de vote, un peu moins que les 13 % d’il y a un mois, mais le niveau reste historiquement élevé. Et les dernières élections régionales ont montré que les sondages sous-estiment souvent AfD. Pour le moment, AfD est infréquentable, ce qui l’exclut de toute coalition possible. Die Linke, qui est actuellement en recul d’un point sur un mois à 9,5 %, sous le double effet de la hausse des Verts et d’AfD – qui lui prend beaucoup d’électeurs dans l’ex-RDA, est dans le même cas. Parallèlement, la FDP libérale pourrait revenir au Bundestag : elle est donnée à 7,5 % par INSA.

Système politique fragilisé

Résultat : le jeu politique allemand est désormais très fragmenté avec potentiellement six partis dont quatre « disponibles » pour une coalition : SPD, CDU/CSU, FDP et Verts. Les forces relatives de ces quatre partis détermineront quelles alliances sont possibles, mais si la SPD continue à s’affaiblir, il n’est pas impossible qu’une alliance à deux soit insuffisante pour construire une coalition. Il faudra alors passer un pacte à trois (en réalité à quatre car la CSU bavaroise joue toujours sa propre partition). Une première depuis 1953. La « grande coalition » tant vantée par les observateurs politiques français aura encore une fois conduit à un affaiblissement des grands partis, mais, à la différence de 2009, c’est, cette fois, tout le système politique allemand qui est affaibli.