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04/12/2016

Les sociaux-démocrates appellent sans relâche à renforcer l’Europe sociale face aux crises

Politique

Les sociaux-démocrates appellent sans relâche à renforcer l’Europe sociale face aux crises

Conférence de presse à l'issue de la rencontre à Paris des ministres sociaux démocrates des Affaires européennes.

Après le choc électoral américain, plusieurs ministres sociaux démocrates se sont réunis à Paris pour défendre un renforcement du pilier social de l’UE. Des propositions pas vraiment inédites, dont la réalisation semble compromise.

Après une rencontre le 15 juillet à Rome, puis le 10 septembre à Athènes, les ministres progressistes des Affaires européennes se sont réunis une nouvelle fois à Paris pour proposer la mise en place d’un socle commun des droits sociaux, la lutte contre le dumping social et l’instauration d’un salaire minimum européen, entre autres.

Le projet social européen, une nouvelle fois brandi comme une des solutions aux différentes crises que traverse l’UE, entre Brexit, élection de Donald Trump, montée du populisme et crise migratoire, semble cependant bien mince face à leur ampleur.

>> Lire : La pression pour un salaire minimum européen s’accentue

« Les solutions proposées par les ministres sociaux-démocrates sont intéressantes, car elles convergent avec l’agenda européen. Mais ce ne sont pas des mesures révolutionnaires », explique Charles de Marcilly, responsable du bureau bruxellois de la Fondation Schuman, un centre de recherche sur l’Europe.

« En ce qui concerne le salaire minimum européen par exemple, on en est encore loin », a-t-il expliqué, tout en précisant que les divergences historiques, culturelles, économiques faisaient obstacle à cette vision commune. « Il me semble difficile de faire converger un salaire minimum à près de 2000 euros au Luxembourg et un salaire de 500 euros au Portugal par exemple. »

>> Lire : Frictions entre l’Allemagne et la Pologne sur le salaire minimum

« Derrière ce langage politique, il faut faire attention de ne pas déraper sur de fausses bonnes idées, et réfléchir à comment ces projets peuvent être réalisés, financés. »

Pacte de stabilité et de croissance

La ministre portugaise, Margarida Marques, a souligné que le Pacte de stabilité et de croissance était un outil important, mais qu’il devait promouvoir la croissance économique et l’emploi au lieu de la bloquer.

Pour Sandro Gozi, ministre italien, le Pacte tel qu’il a été appliqué pendant la crise n’est pas bon. « On a négligé l’aspect social. La priorité est désormais la lutte contre le chômage des jeunes. Mais il faut se donner les moyens de nos priorités en faisant un bon usage de la flexibilité pour favoriser l’investissement public et privé ».

Le gouvernement de Matteo Renzi est actuellement en conflit avec la Commission européenne qui veut imposer à l’Italie une application stricte des règles budgétaires pour que le pays réduise son déficit. De son côté, Rome ne lâche rien et continue de demander plus de souplesse budgétaire.

>> Lire : Italie et Espagne, deux déficits qui ne racontent pas la même histoire

« L’UE ce n’est pas qu’un marché, ce ne sont pas que des entreprises, ce sont aussi des citoyens », a insisté la ministre suédoise des Affaires européennes, Ann Linde. « On n’ira pas loin sans pilier social. »

Plus d’investissement

Pour stimuler la croissance et l’emploi, les ministres ont souligné la nécessité d’approfondir la dynamique d’investissement dans l’UE. Selon eux, la volonté de Jean-Claude Juncker de doubler la durée et la capacité financière du plan d’investissement portant son nom est un pas en avant, mais il faut aller au-delà. En effet, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, veut déjà essayer de mobiliser 630 milliards d’euros avant 2020.

>> Lire : Le plan Juncker a-t-il relancé l’investissement européen ?

« Arrivons déjà à multiplier par deux le plan d’investissement de Juncker », estime Charles de Marcilly. « Bien entendu que la question de l’investissement est crucial, mais il faut avant tout rassurer les investisseurs, s’assurer que le plan Juncker touche le plus grand nombre et que ce ne soit pas une machine technocratique. »

« Nous avons besoin d’une réelle politique d’investissement », a déclaré Sandro Gozi, tout en rappelant que « Les États-Unis sont sortis de la crise, en intervenant auprès des banques, certes, mais aussi grâce à un plan d’investissement de 1400 milliards de dollars ».

Garantie jeunesse

La garantie jeunesse, initiative de la Commission européenne, a été validée par les États membres en 2013. Trois ans plus tard, le chômage des jeunes dans l’UE stagne toujours à 19 %. En Grèce et en Espagne, ce chiffre s’élève même à 50,3 et 43,9 %.

Les ministres socialistes se sont accordés sur le fait que ces initiatives pour la jeunesse ne devaient pas être génératrices de stages et d’emplois temporaires, mais au contraire, permettre de combattre la précarité. « Il faut investir dans la jeunesse », a assuré Harlem Désir. Et pour cela, la déclaration commune propose de s’assurer que la garantie jeunesse soit dotée de 20 milliards d’euros d’ici à 2020.

>> Lire : Incertitudes sur le financement de la lutte contre le chômage des jeunes en Europe

« La garantie jeunesse, c’est un peu un serpent de mer. On peut la renforcer, mais il faut d’abord que les entreprises créent de l’emploi et pour cela il faut d’abord des mesures nationales », rappelle Charles de Marcilly. « Les initiatives comme Erasmus sont de très bonnes idées d’accompagnement, mais elles dépendent d’abord des marchés nationaux de l’emploi. »

« La déclaration des ministres progressistes confirme l’élan qu’il y a aujourd’hui. Ils veulent accompagner le programme de travail de la Commission. Sur les questions sociales, il est vrai que nous pouvons aller un peu plus loin, mais pas si loin que ça », a-t-il conclu.