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28/09/2016

Les tensions au Moyen-Orient risquent de profiter à l’EI

Politique

Les tensions au Moyen-Orient risquent de profiter à l’EI

Federica Mogherini [EEAS]

Les efforts diplomatiques de l’UE ce week-end n’auront pas eu grand résultat. L’Iran a accusé lundi l’Arabie Saoudite d’attiser les tensions dans la religion, après la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays annoncée dimanche soir par Ryad.

Après avoir eu samedi le ministre des affaires étrangères iranien au téléphone, Federica Mogherini s’est entretenue dimanche avec son équivalent saoudien.

Le 2 janvier, la haute représentante de l’UE avait indiqué que la mort du Sheikh Nimr al-Nimr, à l’origine du différend, « soulève de sérieuses questions à propos de la liberté d’expression et du respect des droits civils et politiques, qui doivent être protégés fans tous les cas, y compris dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

L’opposition sunniite et chiite ravivée

Dans un communiqué prémonitoire, l’UE indiquait aussi le 2 janvier que l’exécution avait  « le potentiel d’enflammer les tensions religieuses qui portent déjà atteinte à la stabilité de la région»

Federica Mogherini a par ailleurs réitéré l’opposition à la peine de mort de l’UE en toutes circonstances, après l’exécution de 47 personnes dont le responsable religieux chiite. Cette sanction a brusquement ravivé les tensions entre l’Iran, dont la religion principale est l’islam chiite, et l’Arabie Saoudite, majoritairement sunnite.

Pour la presse française, ces tensions entre les deux principales puissances de la région risquent surtout de bénéficier à un autre courant, celui de l’EI. En effet, seule l’alliance de ces deux puissances contre l’EI aurait une chance de venir à bout.

Dans Le Figaro, Georges Malbrunot explique qu’ « il y a comme un parfum de revanche dans l’exécution du cheikh al-Nimr, 10 jours après la liquidation du chef rebelle syrien Zahran Alloush, près de Damas. A la tête de +L’armée de l’islam+, financée et appuyée par Riyad, Alloush était l’homme clé des Saoudiens dans la guerre civile syrienne ».

Car c’est sur le théâtre de guerre syrien et irakien que les conséquences risquent d’être les plus lourdes, jugent experts et éditorialistes.

Des ennemis de l’EI divisés sur tous les fronts

Dans Le Parisien/Aujourd’hui en France, Azadeh Kian, spécialiste de l’Iran à l’université Paris-VII-Diderot, prévient que «si l’Iran et l’Arabie saoudite ne collaborent pas contre Daech (acronyme arabe de l’EI), forcément, c’est Daech qui va en profiter».

En effet, «après l’incident aérien entre la Turquie et la Russie, Daech est vraiment le seul à pouvoir se réjouir de devoir faire face à des ennemis autant divisés», se désole Dominique Garraud, dans le quotidien régional La Charente libre.

Pour Jean-Christophe Ploquin de La Croix, «les pays occidentaux doivent déployer leurs efforts pour empêcher l’embrasement», et notamment la France, qui «a un rôle à jouer pour conseiller la prudence à l’Arabie saoudite, dont elle a fait un de ses partenaires importants».

Dans son éditorial du Figaro, intitulé «Choisir ses alliés», Philippe Gélie remet en cause ce lien privilégié: «tandis que l’Etat islamique nous livre une guerre de civilisation, l’Arabie sunnite ne semble motivée que par sa guerre de religion contre l’islam chiite». «Le pétrole et les contrats commerciaux ne sauraient nous aveugler sur la vraie nature du partenaire saoudien», insiste l’éditorialiste.

Patrice Chabanet le formule encore plus clairement dans Le Journal de la Haute-Marne: «Au XXIe siècle, il est inacceptable de considérer comme ami un pays qui prononce la peine de mort si l’on manifeste contre le roi ou si l’on veut changer de religion».

>>Lire : Saudi executions exacerbate « sectarian tensions », EU warns