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08/12/2016

Macron quitte Bercy pour proposer une « nouvelle offre »

Politique

Macron quitte Bercy pour proposer une « nouvelle offre »

Le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, a démissionné après deux ans d’un ministère très polémique. Apprécié de ses pairs européens, il place l’Europe au coeur de ses discours politiques.

Trublion du gouvernement Valls II, Emmanuel Macron a démissionné mardi 30 août, mettant fin à un feuilleton  qui durait depuis plusieurs mois. Il est remplacé par Michel Sapin, qui prend la tête d’un grand ministère alliance économie et finances.

« Je fais ce choix pour etre libre de dire, d’être responsable d’une nouvelle offre qui doit construire un nouvel espoir » a-t-il indiqué mardi soir.

L’aile gauche du parti socialiste fulminait de le voir encore au sein de l’exécutif, malgré des provocations répétées à son encontre, et une volonté de se présenter aux présidentielles sous-jacente.

Un projet encore peu abouti, même si le ministre a, dans un discours, donné date à fin septembre pour rendre compte du diagnostic effectué par son mouvement En Marche. Le ministre très populaire, même si ne bénéficie d’aucune solide assise politique, a aussi rendu hommage à François Hollande. »Je pense que les Français lui rendront justice d’avoir fait face aux difficultés » a-t-il assuré.

Le jeune énarque avait récemment déclaré ne pas être socialiste, et rendu visite à l’ancien député européen de droite radicale, Philippe de Villiers. Le ministre de l’économie passé maitre dans l’art de brouiller les cartes depuis une déclaration politique enflammée lors d’une fête dédiée à Jeanne d’Arc, au printemps dernier, aura, en deux ans, réussi à séduire la droite, dont 62 % des sympathisants déclarent avoir une bonne image de lui selon un sondage Ipsos de fin août. Ce qui fait de lui le troisième homme politique le plus populaire à droite, devant Sarkozy. Un phénomène qui agace la droite à droite, notamment le président du Sénat :

Le candidat à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy, a également la dent dure contre le phénomène Macron, dont il a moqué le bilan et la démission, avant même qu’elle soit officielle, mardi. En revanche, Pierre Gattaz, le patron du Medef, lors de l’université d’été de son organisation, a salué «  un bon ministre qui connait l’entreprise » et un « bilan qui n’est pas mauvais ».

Ancien banquier de chez Rothschild et conseiller du président sur les questions économiques, Emmanuel Macron n’a jamais été élu, ce qui contribue à irriter la gauche. Sa « loi Macron » a aussi joué.

>>Lire : Censée déréguler, la loi Macron multiplie les nouvelles règles

Le texte avait adopté difficilement, à l’instar de la loi travail, nécessitant le recours d’un vote de confiance de l’assemblée nationale envers le gouvernement, par le biais de l’article 49.3 de la constitution française.

Un épisode mal vécu par la majorité, qui lui garde une rancœur tenace et solide.

>>Lire : le gouvernement tente le passage en force sur la loi Macron

La gauche radicale n’est pas plus tendre avec lui, comme le montre ce tweet du député européen Jean-Luc Mélenchon.

Le départ d’un europhile

Au niveau européen, en revanche, le ministre laisse un souvenir plutôt ému, aux fonctionnaires européens comme à ses confrères politiques.

« Il est rare qu’un ministre débarque en sachant comment les institutions européennes fonctionnent, c’était son cas. Et en plus il a des idées pour le futur ! » s’enthousiasme un fonctionnaire français.

Il a également noué des liens étroits avec les ministres de l’économie britanniques et allemands, et publié avec Sigmar Gabriel une proposition commune pour approfondir la zone euro, pour la réparer de ces défauts originels. Une proposition qui se résume en deux projets distincts : une capacité budgétaire commune et des mécanismes de solidarité en cas de crise avec des fonds pour aider rapidement les pays en difficulté. Des propositions que l’ex-ministre n’est pas seul à faire siennes. Le chef de l’État a ainsi répété, lors de la conférence des ambassadeurs le 30 août, qu’il fallait doter l’Union européenne de ressources propres et garantir la cohésion fiscale et sociale de l’UE.

Mais Emmanuel Macron est le seul à reconnaitre clairement les défauts de la construction européenne, ou à évoquer le fait que l’euro a accru les divergences au sein de la zone euro plutôt que de rapprocher les économies. Il n’hésite pas non plus à critiquer les choix effectués durant la crise de 2008, durant laquelle les pays peu compétitifs ont encore aggravé leur déficit de compétitivité et leur endettement

De fait, le ministre a fait de l’Europe un de ses thèmes de campagne. Une recette pas forcément très porteuse : aucun candidat aux élections présidentielles ne met le sujet en avant jusqu’alors, à l’exception de Marine Le Pen, qui ne rate pas une occasion d’éreinter la construction européenne. Mais la campagne ne fait que commencer.

 

Emmanuel Macron se pose en europhile assumé

Avec son mouvement En Marche, le ministre de l’Economie laisse planer le doute sur ses intentions électorales. Il est le seul candidat potentiel pour 2017 à placer l’Europe au coeur de ses priorités.

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