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02/12/2016

Madrid prête à tout pour s’opposer à l’indépendance de la Catalogne

Politique

Madrid prête à tout pour s’opposer à l’indépendance de la Catalogne

Le nouveau groupe séparatiste catalan compte déclarer l’indépendance de la région en cas de victoire aux prochaines élections de septembre. Décidé à maintenir l’unité espagnole, son premier ministre pourrait suspendre temporairement l’autonomie catalane, selon des experts.  

En décidant de former une nouvelle union appelée « Junts pel sí » (« ensemble pour le ‘oui’ ») les principales forces indépendantistes de Catalogne ont de nouveau ouvert la boite de Pandore. Le groupe est composé de Convergence démocratique de Catalogne (CDC, le parti du président de la région, Artur Mas), de la gauche républicaine de Catalogne (ERC), dont le président est Oriol Junqueras et de plusieurs associations de la société civile. Même l’ancien entraineur du FC Barcelona a proposé de se joindre à la cause.

Les membres du nouveau groupe pro-indépendance ont assuré qu’ils déclareraient « l’indépendance de manière unilatérale » tout de suite après les élections si Madrid essayait de faire obstacle à une « Catalogne indépendante ».

Défiant ouvertement le gouvernement central, et la Constitution ratifiée par le peuple espagnol lors du référendum du 6 décembre 1978, ils ont même mis en garde contre une possible « séparation » de la Catalogne de l’État espagnol et de l’UE. En cas de déclaration d’indépendance unilatérale, ils projettent également de rédiger une constitution catalane.

>> Lire : L’indépendance séduit moins les Catalans

En 1978, 88,54 % des Espagnols ont voté pour la Constitution. En Catalogne, le chiffre atteignait un record de 91,09 %. Le premier statut d’autonomie de la Catalogne (loi aussi connue sous le nom de Statut de Sau) a été approuvé par les citoyens catalans en 1979 par référendum. En 2006, un nouveau statut a été approuvé par référendum.

Référendum contraire à la Constitution

Bien qu’Artur Mas ait parlé d’une période de six à huit mois avant de déclarer une éventuelle indépendance, si les séparatistes remportent les élections en septembre, les membres de « Junt pel sí » ont décidé d’accélérer et d’avancer ce processus – théorique – vers l’indépendance.   « Nous sommes très sérieux et les gens doivent comprendre que nous allons le faire », a déclaré Raül Romeva, ancien écosocialiste et membre du Parlement européen.

« Dans le cas où l’État espagnol, via des décisions politiques ou légales, déciderait de bloquer le gouvernement autonome de Catalogne, ce dernier, ainsi que le Parlement, proclameraient l’indépendance et approuveraient les dispositions transitoires », a-t-il prévenu.

>> Lire : Bras de fer entre la Catalogne et l’Espagne sur la légalité du référendum d’indépendance

Le 9 novembre 2014, lors d’un référendum contesté par Madrid qui le jugeait contraire à la constitution, une majorité de Catalans a voté pour l’indépendance de la Catalogne. « Nous avons essayé par tous les moyens, mais ils ne nous laissent pas faire. C’est l’occasion de faire ce que nous n’avons pas pu faire le 9 novembre et d’obtenir un mandat démocratique », a ajouté Raül Romeva.

Catalan ou espagnol

Le 27 septembre, les citoyens de la région voteront pour élire le prochain président de la Catalogne. Les indépendantistes assimilent ce vote à un référendum sur l’indépendance.

Toutefois, le Parti populaire au pouvoir à Madrid est prêt à empêcher toute action illégale pouvant être contraire à la Constitution espagnole, a prévenu Mariano Rajoy.

« Personne ne sera forcé de choisir entre être Catalan ou être Espagnol […], la Catalogne ne sera pas indépendante », a déclaré Mariano Rajoy le 20 juillet, ajoutant que « tout est possible dans les limites de la loi ».

>> Lire : Ecosse et Catalogne dans les starting-blocks pour leur indépendance

Quant à Pedro Sánchez, le chef de file du Parti socialiste, le principal parti d’opposition, il s’accorde avec Mariano Rajoy sur le sujet. Artur Mas, Oriol Junqueras et « Junts pel sí » divisent la société catalane, a déclaré Pedro Sánchez. Le PSOE, a-t-il ajouté, « n’acceptera jamais que la loi soit bafouée ».

Les élections générales auront lieu en Espagne à la fin de l’année. Mariano Rajoy espère remporter une majorité en s’appuyant notamment sur la reprise économique progressive et sur la protection de « l’unité » politique de son pays très diversifié.

Madrid reprendrait le contrôle

Les spécialistes du droit constitutionnel ont prévenu que, si besoin, le gouvernement pourrait temporairement « reprendre le contrôle » de la Catalogne, comme stipulé dans l’article 155 de la Constitution. 

L’article permet au gouvernement de prendre les « mesures nécessaires » pour obliger une communauté autonome à respecter ses obligations constitutionnelles.

Avant d’en arriver là, le gouvernement central doit d’abord demander au président de la région problématique de changer d’attitude. Ce mécanisme ne peut être activé que dans le cas d’un refus, stipule la constitution.

« Cela n’arrive qu’exceptionnellement, quand les solutions juridiques ordinaires ne sont pas efficaces », a déclaré Francesc de Carreras, un expert du droit constitutionnel, au journal El Pais.

Selon la journaliste Victoria Prego, le bloc séparatiste fait pression sur Madrid afin d’étendre la portée de ses compétences, pour la plupart économiques.