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17/01/2017

Mariano Rajoy en position difficile avant les élections en Espagne

Politique

Mariano Rajoy en position difficile avant les élections en Espagne

Le chef du gouvernement espagnol doit faire face à des vents contraires.

Crédit : [La Moncloa / flickr.com]

La montée de Ciudadanos, l’opposition interne de José Maria Aznar, un budget retoqué par Bruxelles, le chef du gouvernement espagnol peine à profiter du retour de la croissance. Un article de notre partenaire la Tribune.

Le résultat des élections portugaises a été vu par plusieurs médias internationaux comme un prélude à une victoire de Mariano Rajoy lors du scrutin espagnol du 20 décembre. C’est l’analyse qu’en faisait l’agence Bloomberg lundi 5 octobre. Mais cette analyse semble bien hardie. D’abord, parce que la droite portugaise partait unie dimanche et aura bien du mal à imposer son programme à une Assemblée où elle est minoritaire. Ensuite, parce que Mariano Rajoy est loin d’être sûr de se maintenir au pouvoir après les élections générales, car l’arithmétique électorale espagnole est plus  complexe.

La situation des sondages

Certes, le Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy est en tête de tous les sondages aujourd’hui, mais sa tendance est plutôt à la stabilisation sous les 30 %, alors qu’en 2011, le parti avait mobilisé 44,6 % de l’électorat. Le dernier sondage TNS Demoscopia rendu public lundi montre un PP à 27 % (-0,2 point sur une semaine), devançant un PSOE socialiste assez faible à 21,9 % (-1,1 point). Mais l’événement qui préoccupe le plus la direction du PP à présent est la poussée de Ciudadanos (« Citoyens » ou C’s) donné par TNS Demoscopia à 16,5 % des intentions de vote (+2,5 points) et qui désormais devance un Podemos en net recul (-1,1 point à 14,8 %). Cette poussée du parti d’Albert Rivera inquiète particulièrement le PP, alors que lors des élections régionales de Catalogne, C’s a obtenu 17,92 % des voix contre seulement 8,50 % au PP.

>> Lire : Le jeu politique espagnol se complexifie autour de quatre partis

C’s est un parti modéré sur le plan économique, mais qui s’appuie sur deux grands discours : la défense de l’unité espagnole et la lutte contre la corruption. De ce point de vue, la victoire des indépendantistes le 27 septembre en Catalogne – d’où est issu C’s – et les différents scandales qui entachent le PP depuis plusieurs années, ont été autant de raisons pour les électeurs préfèrent Ciudadanos au parti de Mariano Rajoy.

L’opposition interne de José Maria Aznar

Quelle attitude adopter face à ce phénomène ? Lundi, deux points de vue se sont déchirés. L’ancien président du gouvernement conservateur, José Maria Aznar a, dans un colloque madrilène, accusé en termes à peine voilés le gouvernement de sous-estimer Ciudadanos. « La claire victoire de ce parti en Catalogne sur le PP lui donne la primauté au centre-droit et cela peut avoir son importance dans les élections générales », a-t-il affirmé. Et d’ajouter : « il me semble qu’il faut analyser pourquoi l’électorat de centre-droit a préféré voter pour Ciudadanos plutôt que pour le PP et si les électeurs pensent que l’ordre constitutionnel peut être mieux défendu par Albert Rivera », le président de C’s. Des propos qui ont été analysés comme une attaque contre Mariano Rajoy, car les relations entre les deux hommes ne sont guère bonnes.

José Maria Aznar demande donc à Mariano Rajoy de réagir à la montée de C’s. Mais Mariano Rajoy, lui, refuse « d’extrapoler » sur le plan national le résultat des élections catalanes dans la mesure où C’s est un parti d’origine catalane et où le PP était déjà très faible dans la région. Reste que cette agitation interne n’est pas bonne pour lui, elle coupe le PP en un courant centriste et un courant de droite. Or, avec la montée de C’s, le premier pourrait être de plus en plus être tenté par le vote « citoyen. »

La logique offensive du PP contre Ciudadanos

Lundi, le PP a cependant réagi par l’offensive. Pour récupérer des électeurs, le vice-secrétaire du PP, Javier Maroto, a fustigé un parti Ciudadanos de « centre-gauche », allié et ami du PSOE. « Ciudadanos est la béquille du PSOE au cas où Podemos s’effondrerait », a-t-il expliqué. Autrement dit, C’s devrait s’allier avec le PSOE après le 20 décembre pour éjecter le PP du pouvoir. Or, près de la moitié de ses électeurs se disent de « droite », donc C’s trompe ses électeurs. Il en veut pour preuve que C’s a soutenu la gauche en Andalousie et à Madrid. Le PP tente donc l’opposition frontale. C’est une option risquée, car le PP a déçu bien des électeurs de droite et C’s pourrait être un allié essentiel après le 20 décembre. Du reste, dans plusieurs régions, le PP s’appuie sur C’s pour gouverner : en Castille et Léon, à Murcie ou dans La Rioja. Du reste, dans ses régions, la tension est vive avec le PP.

>> Lire : Ciudadanos et Podemos, les deux trublions de la politique espagnole

Mariano Rajoy hésite donc sur sa stratégie. S’il attaque C’s et manque son coup, le PP reculera et se privera d’un futur allié. S’il adopte un discours plus centriste, il risque de ne plus pouvoir cesser la fuite des électeurs vers Ciudadanos. En attendant, son parti culmine à moins de 30 % et pourrait perdre 20 points en quatre ans. Au-delà de ses rodomontades habituelles sur le « succès économique » de sa politique, il semble incapable de traduire politiquement ce soi-disant succès.

Le budget retoqué par Bruxelles

Du reste, il est tellement persuadé du succès de sa politique que, à l’approche du scrutin du 20 décembre, il a tenté d’inverser la vapeur en présentant un budget plus expansif. En vain. Ce mardi 6 octobre, la Commission européenne a émis une admonestation contre le projet de budget espagnol en le jugeant propre à faire manquer au pays ses objectifs. Du coup, voici Mariano Rajoy en opposition avec sa propre logique. Lui qui se veut le plus solide défenseur de l’orthodoxie budgétaire et de l’austérité, se voit pris en flagrant délit d’incohérence. Surtout, il se retrouve piégé par la fermeté de la Commission sur le plan budgétaire. Or, il ne peut soudainement se permettre une bataille avec Bruxelles. Il va donc devoir revenir sur ses promesses et s’exposer aux attaques de ses adversaires. À un bien mauvais moment : le FMI prédit une décélération de la croissance espagnole en 2016.

>> Lire : L’Espagne craint une perte d’influence dans l’UE

Au final, la « victoire » du PP est loin d’être certaine et elle risque de se transformer en une victoire à la Pyrrhus, car il est fort isolé et n’a guère le vent en poupe. Son discours de fermeté contre les indépendantistes catalans risque de ne pas suffire. D’autant qu’il risque d’alimenter la rupture avec les souverainistes et qu’il jette de l’huile sur le feu. Bref, même le score modeste de la droite portugaise semble hors de portée de Mariano Rajoy.

Cet article a initialement été publié sur le site de la Tribune.