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03/12/2016

Les eurodéputés dénoncent l’inertie des sommets européens

Politique

Les eurodéputés dénoncent l’inertie des sommets européens

Donald Tusk

Les eurodéputés ont critiqué l’incapacité du Conseil européen à prendre des décisions fortes, que ce soit sur le CETA ou les relations UE-Russie, à l’occasion d’un débat mené le 26 octobre au Parlement européen.

Donald Tusk et le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, ont rendu compte aux eurodéputés des conclusions politiques du Conseil européen des 20 et 21 octobre.

Le bilan présenté par les deux dirigeants européens a été jugé bien maigre par les chefs de file des partis politiques au Parlement. Du CETA récemment rejeté par le parlement wallon, à l’absence de sanctions contre la Russie, en passant par la déficience des instruments de défense commerciale, les eurodéputés ont accusé les États de ne pas donner l’impulsion nécessaire.

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« L’Europe a besoin d’unité, de prises de décision et de leadership, mais, au lieu de cela, le Conseil européen crée la confusion plutôt que de donner la direction », a jugé Manfred Weber, président du PPE, le Parti populaire européen, au Parlement européen.

Sur le CETA, les instruments de défense commerciale et la migration, la Commission propose des choses, a-t-il estimé, ajoutant que le Parlement européen était capable de rassembler la majorité pour soutenir ces textes. « Ce sont les États européens qui créent le blocage, divisent et n’arrêtent pas de se chamailler. »

Manfred Weber a affirmé que le CETA était un bon accord pour l’économie de l’UE puisqu’il créerait de l’emploi, notamment chez les jeunes. Il a néanmoins regretté qu’une majorité écrasante d’États membres aient voulu que le CETA soit un accord mixte, c’est-à-dire qu’il soit ratifié par le Parlement européen, mais aussi par tous les parlements nationaux. « Maintenant, vous voyez le résultat. L’UE se bloque elle-même. Pour le PPE, il est évident que les sujets européens doivent être traités au Parlement européen seulement. »

Le chef des socialistes et démocrates (S&D), Gianni Pittella, a aussi reproché aux États membres de ne pas prendre de décisions lors des réunions du Conseil. En ce qui concerne le CETA, qu’il décrit comme « l’accord commercial le plus progressiste de notre temps », il a souligné que les gens demandaient des clarifications sur plusieurs sujets et que l’UE devait continuer à travailler vers une « solution équilibrée et juste ».

Syed Kamall, leader du groupe des conservateurs et réformistes européens, considère quant à lui que le mot « impasse » caractérise très bien le Conseil européen, que ce soit dans l’échec pour atteindre un accord avec le Canada ou pour renforcer les sanctions contre la Russie. « L’inaction aussi a des conséquences. Si les dirigeants n’écoutent pas et ne parviennent pas à se faire entendre, il ne faut pas se surprendre de voir les citoyens se tourner vers des parties extrêmes », a-t-il ajouté.

Les vainqueurs sont la Chine et la Russie

Sophie in ‘t Veld, vice-présidente des libéraux (ALDE), a estimé que le CETA était retenu en otage à cause d’arguments politiques purement nationaux. « La crédibilité de l’UE a été sévèrement entachée. Les vainqueurs de cet épisode ne sont pas les agriculteurs ou fabricants wallons. Ce sont la Chine et la Russie. Ce sont eux qui établiront les normes, pas l’Europe », a-t-elle expliqué. « Certains pays saluent le véto de la Wallonie, car ils sont contre le CETA. Mais c’est un genre d’opportunisme dangereux : applaudir un véto quand il correspond à vos intérêts peut avoir un effet boomerang. Les vétos paralysent l’Europe. »

Le vice-président de l’ALDE, Pavel Telicka (République tchèque), estime que le président russe, Vladimir Poutine, aurait bien rigolé s’il avait lu les conclusions du sommet. « Aucune décision sur les sanctions contre les atrocités commises par la Russie en Syrie n’a été prise et rien n’a été décidé pour rendre l’Europe plus forte face au commerce international. » « Si le Conseil continue sur cette lancée, l’Europe sera rapidement insignifiante en tant qu’acteur mondial », a-t-il commenté.

Pour Neoklis Sylikiotis, du groupe GUE/NGL, il n’y a pas de « bonnes ou de mauvaises bombes » dans cette guerre en Syrie. La Russie devrait être condamnée et « nous ne devrions pas ignorer les agissements de nos alliés » sur ce théâtre.

Donald Tusk a déclaré que l’évaluation des relations UE-Russie par les dirigeants européens était « sans illusion ». Il a répété que la Russie voulait diviser l’UE et utilisait des « campagnes de désinformation, des cyberattaques et des ingérences politiques ».

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Sur le CETA, le président du Conseil a dit espérer qu’un accord soit conclu bientôt. Il a également appelé le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, à s’attaquer aux obstacles nationaux bloquant l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine.

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« Nous voulons un commerce équitable, pas seulement un libre échange acheté à n’importe quel prix », a rappelé Jean-Claude Juncker. Il a aussi souligné que des progrès avaient été faits en matière de migration lors du sommet de la semaine dernière. Les dirigeants se sont accordés pour équiper le nouveau corps de garde-côte européen et consolider l’accord avec la Turquie sur les réfugiés, qui a déjà permis de réduire le nombre de migrants arrivant en Grèce.

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