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11/12/2016

Merkel accusée d’exposer l’UE à un chantage turc

Politique

Merkel accusée d’exposer l’UE à un chantage turc

Angela Merkel et le président turc Recep Tayyip Erdogan

Crédit : [360b / Shutterstock.com]

Plusieurs responsables politiques allemands ont accusé la chancelière Angela Merkel  d’exposer l’Union européenne à un chantage du président turc, Recep Tayyip Erdogan par sa gestion de la crise migratoire.

Ankara, qui refuse de modifier ses lois antiterroristes pour les mettre en conformité avec les règles européennes, a déclaré vendredi que les discussions en vue d’un accord sur la levée des visas pour les ressortissants turcs se rendant dans l’UE en échange de l’arrêt des flux de réfugiés et migrants vers l’UE étaient dans l’impasse, et a réclamé à Bruxelles une « nouvelle formule » pour sauver cet accord.

Dépendance

Angela Merkel, dont la popularité en Allemagne a souffert ces derniers mois de sa décision d’accueillir plus d’un million de réfugiés et migrants, a été à la pointe des discussions sur ce projet d’accord, conclu en mars.

>>Lire : Le renvoi des réfugiés secourus en mer vers la Turquie fait débat en Allemagne

Si les flux de migrants ont nettement diminué depuis quelques mois, la chancelière reste visée par des critiques nourries de ses alliés conservateurs de Bavière ainsi que du parti eurosceptique et anti-immigration Alternative pour l’Allemagne (AfD).

« Je ne suis pas contre des discussions avec la Turquie mais je crois qu’il est dangereux de devenir aussi dépendant d’Ankara », a ainsi déclaré Horst Seehofer, chef de file de la CSU, le parti conservateur bavarois allié de la CDU d’Angela Merkel.

Une  coopération nécessaire ?

Interrogé par le Welt am Sonntag, il a ajouté que l’accord avec la Turquie avait favorisé l’AfD, actuellement créditée de jusqu’à 15% d’intentions de vote dans les sondages d’opinion.

Sahra Wagenknecht, membre du parti de gauche radicale Die Linke (La Gauche), a reproché dans le même journal à Merkel d’avoir négocié l’accord avec Ankara sans impliquer les partenaires européens de l’Allemagne.

>>Lire : Les doutes sur la légalité de l’accord UE-Turquie se multiplient

« La chancelière est donc responsable du fait que l’Europe est devenue plus vulnérable à un chantage du régime autoritaire turc et du fait qu’Erdogan se sent nettement renforcé pour piétiner les droits de l’homme », a-t-elle dit.

Risque de chantage

Cem Özdemir, co-dirigeant des Verts, le parti écologiste allemand, et fils d’immigrés turcs, a lui déclaré à Welt am Sonntag que l’accord avec Ankara exposait l’Europe au risque d’un chantage, en jugeant qu’Angela Merkel était en grande partie responsable de la situation.

Des membres du Parti social-démocrate (SPD), partenaire de coalition de la CDU, ont aussi exprimé leur préoccupation.

>>Lire : Ankara menace à nouveau d’inonder l’Europe de réfugiés

Carsten Schneider, élu SPD au Bundestag, a ainsi déclaré au Welt am Sonntag que la chancelière avait fait d’Erdogan la clé de la politique des réfugiés et que si le président turc refusait de coopérer, « l’ampleur de l’isolement de l’Allemagne en Europe allait redevenir évidente ».

Mais le ministre SPD des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a estimé dans le Tagesspiegel que la coopération avec la Turquie restait nécessaire « si nous voulons éviter la situation que nous avons connue l’an dernier ».