Merkel appelle à la tolérance face aux attaques contre les réfugiés

Les actes xénophobes en Allemagne ont incité la chancelière à dénoncer les violences.

L’Allemagne ne fera preuve d’aucune «tolérance» pour les «abjectes» violences xénophobes, a martelé mercredi la chancelière Angela Merkel, huée par des extrémistes devant un foyer de réfugiés, alors qu’un nombre croissant de migrants affluent aux frontières de l’UE, en Hongrie notamment.

«Il faut le dire clairement: il n’y aucune tolérance vis-à-vis de ceux qui remettent en question la dignité d’autrui», a martelé Mme Merkel à Heidenau (Saxe, est), qualifiant à nouveau de «honteuses» et «abjectes» les violences qui ont opposé dans cette petite ville extrémistes et policiers durant le week-end.

Avant, pendant et après sa brève allocution, la chancelière a été huée par des sympathisants d’extrême droite scandant aussi «traîtresse» et «nous sommes la meute». Tenus à distance par la police, ces militants s’étaient mêlés à des badauds, formant un groupe d’environ 200 personnes.

Au cours de sa visite du centre de réfugiés, à l’abri des micros et des caméras, Mme Merkel devait parler avec des résidents, personnels et représentants des forces de l’ordre.

L’Allemagne attend 800.000 demandes d’asile en 2015, soit quatre fois plus que l’année précédente. Si 60% des Allemands (sondage de la chaîne ZDF du 21 août) jugent que le pays a les moyens de les accueillir, les coups d’éclats en hausse de l’extrême droite ont choqué l’opinion.

Deux incidents ont encore eu lieu dans la nuit. A Leipzig (Saxe, est), un engin incendiaire a visé un bâtiment devant accueillir mercredi 56 demandeurs d’asile. A Parchim (nord-est), deux hommes ivres armés d’un couteau ont pénétré dans un centre d’accueil.

Traque en Hongrie

Aux frontières extérieures de l’UE, la Hongrie, qui fait face depuis plusieurs jours à un afflux record de migrants et réfugiés à sa frontière avec la Serbie, a annoncé l’envoi prochain de 2.100 policiers en renfort pour traquer les immigrés illégaux.

Mercredi matin, des incidents ont éclaté devant le principal foyer d’accueil, situé à Roszke, où la police a fait usage de gaz lacrymogènes pour empêcher environ 200 personnes de quitter ce centre d’enregistrement.

La veille, un nouveau record avait été atteint avec le passage en une journée de 2.500 personnes -Syriens, Afghans et Pakistanais en majorité – arrivant de Serbie.

Depuis janvier, la Hongrie a enregistré 100.000 demandeurs d’asile et a entrepris d’ériger une clôture grillagée le long des 175 km de sa frontière avec la Serbie, qui devrait être achevée le 31 août.

Mme Merkel, qui a appelé à plusieurs reprises l’Union européenne à agir pour répondre à l’ampleur de la crise migratoire, se rend jeudi à Vienne pour un sommet sur les Balkans de l’Ouest, région devenue, depuis quelques mois, l’une des principales portes d’entrée vers l’UE pour les Syriens ou les Irakiens fuyant la guerre mais aussi pour les Albanais, Kosovars ou Serbes en quête d’une vie meilleure.

La patronne de la diplomatie de l’Union européenne (UE), Federica Mogherini sera aussi présente.

Schengen menacé

En bus, à pied, passant sous les barbelés ou prenant d’assaut les trains, les scènes de chaos se multiplient en Europe orientale à mesure que des milliers de migrants avancent à travers le continent.

Des milliers d’autres continuent de tenter la traversée périlleuse de la Méditerranée, où la seule semaine dernière 5.300 personnes ont été secourues par la marine italienne et la mission européenne Triton.

Confrontées à l’arrivée massive de ces migrants, l’Italie, la Grèce ou la Hongrie se sont vu reprocher par certains de leurs partenaires de les laisser passer.

Répondant aux critiques, le chef de la diplomatie italienne, Paolo Gentiloni, a qualifié mercredi son pays de «modèle positif» sauvant «des dizaines de milliers de vies humaines» en Méditerranée.

«L’Europe a besoin d’aller dans la direction exactement opposée à celle qui consiste à taper sur les pays situés sur sa frontière extérieure», a insisté le ministre, militant pour une «européanisation de la gestion des flux».

«Les migrants arrivent en Europe, pas en Italie, en Grèce, en Allemagne ou en Hongrie. Au train où vont les choses, on risque de remettre Schengen en cause», a-t-il prévenu.

Un vice-Premier ministre tchèque Andrej Babis a lui appelé à la «fermeture» de la frontière extérieure de l’espace Schengen pour «défendre» cette zone de libre circulation.

Les 28 n’arrivent pas à se mettre d’accord sur une répartition équitable des demandeurs d’asile et peinent aussi à mettre en place les centres censés soulager les pays de première entrée pour faire le tri entre migrants économiques et réfugiés.

Berlin a néanmoins fait savoir mardi avoir suspendu de longue date le renvoi des Syriens vers leur pays d’entrée de l’UE, un geste de «solidarité» salué par Bruxelles.