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29/09/2016

Une étude minimise l’impact économique d’un démantèlement de Schengen

Politique

Une étude minimise l’impact économique d’un démantèlement de Schengen

[Craig Wyzik/Flickr]

La réintroduction des contrôles aux frontières pourrait couter à l’Europe jusqu’à 15 milliards d’euros par an, selon une équipe de chercheurs à Munich. Un cout qu’ils estiment raisonnable. Un article d’EurActiv Allemagne.

Depuis la réintroduction temporaire des contrôles aux frontières face à la crise des réfugiés, les conséquences de cette fermeture sur l’économie européenne font l’objet de bien des débats.

Dans un nouveau rapport, l’institut IFO, un groupe de réflexion, a estimé que ces contrôles réduiraient les performances économiques des États membres de l’UE. Pourtant, l’institut adopte un ton moins catastrophiste que d’autres.

Selon de récents calculs, franchir une frontière entre deux pays de l’espace Schengen est en moyenne 20 fois plus rapide que d’autres passages frontaliers. Tirer un trait sur ce gain de temps représenterait une perte de 26 à 66 milliards d’euros par an, selon l’IFO.

« Ces sommes ne représentent toutefois qu’une petite partie de ce que coûterait une immigration de masse incontrôlée », a déclaré Gabriel Felbermayr, chef du centre IFO pour le commerce extérieur et un des auteurs de l’étude.

>> Lire : La Commission tente de sauver l’espace Schengen

L’équipe de chercheurs a comparé les données commerciales avant et après l’entrée en vigueur de l’accord de Schengen en 1995. Résultat : les coûts liés au transport augmenteraient en moyenne de 7 %, mais vu qu’ils ne représentent que 10 % de la valeur des marchandises transportées, les chercheurs concluent qu’ils n’ont qu’un impact mineur.

Gabriel Felbermayr a ajouté qu’un effondrement total de l’espace Schengen n’était pas encore à prévoir, alors que la réinstauration des contrôles aux frontières le long de la route des réfugiés était un scénario beaucoup plus probable.

Aritcle 23 de l’accord de Schengen

L’équipe de Munich a également évalué la somme que les pays ayant réintroduit les contrôles aux frontières en vertu de l’article 23 de l’accord de Schengen auraient à payer, et est arrivée à un montant de 15 milliards d’euros par an.

France Stratégie, un groupe de réflexion français, a quant à lui estimé que la réintroduction totale des contrôles aux frontières réduirait la performance économique de 22 pays de l’espace Schengen de plus de 100 milliards d’euros par an.

Une autre étude conduite par Prognos, à la demande de la Fondation Bertelsmann, prévoit également une hausse importante des coûts en cas d’effondrement de l’espace Schengen. Dans un scénario pessimiste, les experts prévoient une hausse des prix à l’importation de 3 % et une perte de 1,4 milliard d’euros additionnelle pour l’Europe. Pour Gabriel Felbermayr, ce chiffre s’appuie sur des hypothèses irréalistes reposant sur l’idée que le coût du transport augmenterait de 30 % avec un renforcement des contrôles aux frontières.

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L’analyse de l’IFO ne prend toutefois pas en compte que tous les échanges ne se font pas par les routes et que les contrôles aux frontières des États de Schengen pourraient avoir des répercussions sur le commerce mondial, un facteur que l’équipe de chercheur reconnaît.

L’activité des petites entreprises pourrait notamment en pâtir, et les touristes pourraient être découragés de voyager, craignent les experts.

La chambre de commerce allemande (DIHK) a déjà estimé que les contrôles aux frontières déjà réintroduits coûteraient en moyenne de 10 milliards d’euros à la république fédérale.