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04/12/2016

Oettinger pourrait changer de portefeuille sans passer par le Parlement

Politique

Oettinger pourrait changer de portefeuille sans passer par le Parlement

Günther Oettinger [European Parliament/Flickr]

[European Parliament/Flickr]

Malgré les controverses qui entourent Günther Oettinger, Martin Schulz, le président du Parlement européen, a proposé de ne pas le soumettre une audition parlementaire avant la confirmation de son nouveau portefeuille de commissaire.

Le 17 novembre, Martin Schulz a proposé à la conférence des présidents, le plus haut organe politique du Parlement européen, que Günther Oettinger ne soit pas soumis à une véritable audition pour son changement de portefeuille, selon plusieurs sources.

Le commissaire, qui a pourtant beaucoup fait parler de lui récemment, pourrait donc se limiter à une petite discussion avec les eurodéputés avant de devenir commissaire au budget. Il pourrait également se voir confier le poste de vice-président de la Commission suite au départ de Kristalina Georgieva, qui entre à la Banque mondiale en janvier 2017.

Un fonctionnaire proche de Martin Schulz a expliqué que la proposition était justement liée aux controverses récentes, que le président du Parlement souhaite séparer nettement du processus de nomination du commissaire. La décision n’est cependant pas définitive et sera confirmée quand la Bulgarie aura proposé un nouveau candidat pour remplacer la commissaire en partance.

Le mois dernier, le commissaire allemand a été fustigé pour des commentaires intolérants sur les partenaires chinois de l’UE lors d’une rencontre avec des hommes d’affaires. En mai, le conservateur avait par ailleurs voyagé vers Budapest dans l’avion privé du lobbyiste Klaus Mangold, proche du Kremlin.

>> Lire : Budapest assume le déplacement controversé d’Oettinger

Klaus Mangold est un homme d’affaire allemand qui travaille notamment comme représentant des intérêts allemands en Russie et consultant auprès du gouvernement hongrois, a récemment reconnu Budapest.

Le voyage du commissaire a eu lieu justement au moment du classement sans suite d’une enquête ouverte en novembre 2016 sur la construction de deux réacteurs nucléaires à Paks, en Hongrie, par la Russie. Günther Oettinger a réfuté toute corrélation entre les deux événements. Si Martin Schulz devrait contacter la Commission pour obtenir confirmation du respect de toutes les règles européennes, il n’a pour l’instant fait aucun commentaire sur le trajet en avion du commissaire.

Le président du Parlement agit comme le défenseur de la grande coalition entre son groupe, les Socialistes & Démocrates, et le Parti populaire européen, auquel appartient Günther Oettinger, qui reflète l’accord de coalition du gouvernement de Berlin. Son parti, le SPD, y gouverne avec les Démocrates-chrétiens d’Angela Merkel… et Günther Oettinger.

Une source au Parlement a fait remarquer qu’étant donné que Martin Schulz souhaitait se faire réélire pour un troisième mandat de président, il n’avait pas intérêt à s’opposer au commissaire allemand.

>> Lire : Une nouvelle polémique fragilise encore Günther Oettinger

Affaire classée

De nouvelles questions ont été soulevées après la décision de l’exécutif de ne pas donner suite à l’enquête sur la centrale de Paks, prise le lendemain de la rencontre de la conférence des présidents, qui réunit les présidents des groupes politiques du Parlement.

Le projet a été confié à l’entreprise russe Rosatom sans réel appel d’offres lors d’une procédure peu transparente. Le 18 novembre, la Commission a déclaré que le gouvernement hongrois avait justifié son besoin d’appliquer une exemption « d’exclusivité technique ».

Cette mesure permet de confier un projet public à une entreprise sans passer par la procédure transparente habituelle dans le cas où les obligations techniques et sécuritaires du projet ne peuvent être remplies que par une seule entreprise de toute façon.

« J’ai de gros doutes sur la véracité de cette version », a cependant assuré Benedak Javor, eurodéputé Vert hongrois, qui indique également que le gouvernement avait déjà demandé à Rosatom de faire des modifications importantes au modèle de base après signature du contrat, afin de respecter les règles en vigueur. « Ce que nous savons, c’est que le réacteur VVER-1200 ne remplit pas les spécifications techniques réglementaires. Nous ne possédons par contre aucune information sur les autres réacteurs qui auraient pu être fournis par d’autres répondants potentiels à un appel d’offres qui aurait dû durer jusqu’en 2013. »

La Commission doit par ailleurs toujours se prononcer sur le financement du projet nucléaire hongrois. Les deux réacteurs russes coûteront en effet 12,5 milliards d’euros, fournis à 80% par la Russie et à 20% par la Hongrie. Selon les informations obtenues par EurActiv, l’exécutif pourrait décider qu’il s’agit d’aides d’État, mais dans les limites légales.

Le gouvernement hongrois et la Commission ont assuré que le vol privé avec Klaus Mangold était la seule façon pour le commissaire d’arriver à temps à Budapest pour sa rencontre avec le Premier ministre, Viktor Orbán, avant une conférence sur le numérique. L’exécutif n’a pas voulu commenter la possibilité de reculer la rencontre pour que le commissaire puisse prendre un vol commercial.

>> Lire : Juncker veut clore la controverse Oettinger