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26/09/2016

Un fondateur de Pegida poursuivi en justice

Politique

Un fondateur de Pegida poursuivi en justice

Un des fondateurs du mouvement xénophobe allemand Pegida est poursuivi pour harcèlement de réfugiés et de migrants sur les réseaux sociaux et incitation à la haine. Un article d’EurActiv Allemagne.

Les réfugiés sont des « brutes » « crasseuses ». C’est du moins ce qu’assurait Lutz Bachmann, un des fondateurs de Pegida dans un post Facebook sur un camp de réfugiés en septembre 2014. Il ajoutait que ce type de « déchets » n’avait pas besoin d’aide et qu’il n’y avait « pas de vrais réfugiés de guerre ». Quelques semaines plus tard, Pegida était né.

Ces commentaires ont fait le buzz au début de l’année dernière et ont été partagés sur les réseaux sociaux. Avant que Lutz Bachmann ait pu effacer les déclarations incendiaires, de nombreux utilisateurs ont fait des captures d’écran des posts, qui constituent désormais les principales preuves du procureur.

Violation de la dignité des réfugiés

Il est probable que le procureur Lorenz Haase s’appuie sur le paragraphe 130 du Code pénal et arguer que les posts Facebook du fondateur de Pegida le rendent coupable d’insurrection et de trouble à l’ordre public. Lorenz Haase devrait également tenter de démontrer que Lutz Bachmann est responsable d’incitation à la haine et de violation de la dignité des réfugiés.

Les quelques semaines séparant les déclarations incriminées de la naissance de Pegida ont convaincu le tribunal régional de Dresde de juger l’accusé comme « citoyen privé », et non comme la personne publique influente qu’il est aujourd’hui devenu. Les accusations portées contre lui sont passables d’un maximum de deux ans de prison.

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Les mésaventures de Luts Bachmann sur les réseaux sociaux ne sont cependant que la partie immergée de l’iceberg. Lors d’un événement Pegida début novembre 2015, il a assuré que le ministre fédéral de la Justice, Heiko Maas, représentait « le parti de la Charia pour l’Allemagne », avant de le qualifier de « pire pyromane intellectuel depuis Goebbels ».

Pour lui, Claudia Roth, vice-présidente du parlement national, devrait être « rapidement exécutée comme tous les autres éco-terroristes ». Commentant les affrontements entre salafistes et Kurdes à Hambourg, il s’est récemment exclamé : il y a « 400 salafistes contre 400 Kurdes. S’ils s’entretuent tous, ça fera 800-0 pour l’Allemagne ».

Un fondateur au passé chargé

Lutz Bachmann n’est pas inconnu des services de l’ordre. Dans les années 1990, il a été impliqué dans un certain nombre d’affaires liées à des agressions, des vols et de la drogue. En 1998, condamné à quatre ans de prison pour cambriolage, il a quitté le pays. Pendant deux ans, il a vécu sous une fausse identité en Afrique du Sud, jusqu’à ce que les autorités comprennent qui il était et le renvoient sans attendre en Allemagne.

À son retour en Europe, il passé 14 mois en prison, avant d’être remis en liberté conditionnelle. Il ne cache pas ses antécédents criminels. Dans un autre post Facebook, il assure également qu’en Afrique du Sud, « au moins je  me suis intégré ». Notons que les agents de polices qui l’ont retrouvé et expulsé vers l’Allemagne ne seraient probablement pas d’accord avec cette déclaration, étant donné que le séjour de Lutz Bachmann dans leur pays n’a été possible que grâce à un visa et un permis de résidence obtenu illégalement.

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Le fondateur de Pegida a encore deux autres condamnations à son actif : possession de cocaïne et non-paiement de la pension alimentaire de son fils. En 2015, il s’est retiré de sa position de dirigeant de Pegida suite à d’autres révélations concernant des publications Facebook, dans lesquels il imitait Hitler. Malgré son passé criminel et sa démission de Pegida, Lutz Bachmann reste l’égérie du mouvement.

Union européenne Allemagne (EUD), un mouvement citoyen qui défend une meilleure intégration européenne, a accusé Pegida de dégrader l’image de ville tolérante et cosmopolite de Dresde, où le mouvement est né. Le secrétaire général d’EUD, Christian Moos, a expliqué à EurActiv que Pegida pourrait avoir des conséquences négatives, sur le tourisme par exemple. Les hôteliers parlent déjà de l’« effet Pegida », qui fait baisser le nombre de réservations.

Le mouvement représente également un risque pour les migrants et les personnes d’origines étrangères, étant donné que la ville devient une zone dangereuse pour eux lors des manifestations Pegida.

« La majorité des habitants de Dresde ne veulent pas avoir affaire à Pegida », rappelle Christian Moos. Il appelle également les décideurs politiques de la région à prendre clairement position contre la xénophobie. Quant au procès de Lutz Bachmann, Christian Moos assure, diplomate, qu’il a « une confiance totale dans le système judiciaire ».

Sympathisants et manifestants se sont rassemblés devant le tribunal le jour du procès, le 18 avril, les pancartes « Merkel sur le banc des accusés » faisant face aux « En prison Bachmann ». Le procès devrait durer au moins trois jours et le jugement n’est pas attendu avant le 10 mai.