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30/09/2016

Peut-on ranimer l’influence française à Bruxelles ?

Politique

Peut-on ranimer l’influence française à Bruxelles ?

The French flag, Tricolore.

[Quinn Dombrowski/Flickr]

La reprise en main de l’influence française, en berne à Bruxelles, s’avère urgente. Deux élus proposent de ranimer le ministère des Affaires européennes, et de lui confier un rôle de porte-parole.

A la veille d’un remaniement ministériel qui devrait voir les postes du Quai d’Orsay redistribués a priori sous la houlette de Ségolène Royal, la question est brûlante. Quid de l’influence française au niveau européen ? Les élargissements successifs de l’UE vers l’Est, l’arrivée massive d’élus FN au Parlement européen, mais aussi certains choix stratégiques critiquables ont entamé l’influence française à Bruxelles, selon un rapport parlementaire.

Présenté le 3 février par ses deux auteurs, le rapport réclame une prise en main de l’érosion de l’influence française à Bruxelles par le pouvoir politique. « Nous demandons que la question de l’influence soit traitée comme une véritable politique publique » martèle Christophe Caresche, député socialiste et co-auteur du rapport.

La question du ministre des Affaires européennes

Pour améliorer la représentation de la France auprès de l’Union européenne, le rapport pointe un certain nombre de solutions. Dont la principale vise un remaniement du rôle du ministre des Affaires européennes.

En France, le poste occupé par l’ancien premier secrétaire du Parti socialiste, Harlem Désir, dispose d’un poids politique pour le moins faible. Rattaché au ministère des Affaires étrangères, le secrétaire d’État représente la France aux conseils Affaires générales, mais ne s’exprime que rarement sur les sujets européens trustés par l’Elysée ou les différents ministères en fonction des thématiques.

>>Lire : Les Français sentent leur influence diminuer en Europe

« Le ministre des Affaires européennes reste placé auprès des affaires étrangères et devrait plutôt être placé auprès du premier ministre, pour avoir plus de forces et de crédibilité » affirme Christophe Caresche.

Les deux rapporteurs vont même plus loin, en proposant de confier un rôle de porte-parole au ministre sur les affaires européennes. « Il pourrait être le porte-parole du Président de la République pour les Affaires européennes. Le chef de l’État aurait ainsi un porte-parole pour la politique intérieure (Stéphane Le Foll) et un pour la politique européenne » estime Christophe Caresche.

Montée du Front national

La perte d’influence française au sein de l’Union européenne est devenue une rengaine entêtante depuis les élections européennes de 2014. Mais les facteurs conjoncturels et structurels se partagent la responsabilité de ce recul, constate le rapport.

L’arrivée de 24 eurodéputés du Front national a en effet drastiquement réduit le nombre de députés français influents à Bruxelles et Strasbourg, ont souligné Christophe Caresche et Pierre Lequiller, député Le Républicains et co-auteur du rapport.

« La présence massive du FN affaiblit la position de la France au Parlement européen, car elle ampute la délégation française d’un tiers de ses membres » constate Pierre Lequiller.

>>Lire : En berne au Parlement européen, l’influence française se rattrape au Conseil

Conséquence directe de la faiblesse de la délégation française au Parlement, les élus français sont largement absents des postes à responsabilité.

Problème stratégique

Au-delà de la donne politique, les deux députés pointent aussi du doigt une stratégie d’influence bancale de la part des élus français, qui semblent parfois privilégier les postes de prestige, au détriment des postes d’influence.

 « On a 11 députés dans la commission des affaires étrangères, c’est autant de moins dans les autres commissions qui,elles, légifèrent ! » regrette Pierre Lequiller.

>>Lire : Les Français récupèrent les miettes pour les postes au Parlement européen

Si les Français ont obtenu certains postes prestigieux comme des vice-présidences de commission, les différentes délégations ne comptent aucune présidence de groupe politique – à l’exception de Marine Le Pen -, ou peu de coordinateurs, un poste pivot dans le fonctionnement parlementaire à Bruxelles.

Élargissement vers l’Est

Les deux députés ont également pointé du doigt l’évolution structurelle de l’UE dans les responsables de la baisse d’influence française. « Les élargissements successifs vers l’est de l’Europe ont participé à éloigner la France du centre géographique, mais aussi idéologique de l’Union européenne » souligne Christophe Caresche.

Autre facteur, les engagements budgétaires maintes fois reportés par Paris ont fini par écorner l’image de la France auprès des partenaires européens. « La France est aujourd’hui suspecte sur le plan budgétaire et économique auprès des autres capitales» estime Pierre Lequiller.

Un désavantage que les bonnes performances économiques et la rigueur budgétaire de l’Allemagne ne font que souligner davantage, selon lui.

Contexte

Les élections européennes se sont déroulées en mai 2014 dans les 28 Etats membres.

En France, elles ont été marquées par l'arrivée de 24 eurodéputés Front national, dont une élue a ensuite choisie de quitter la formation. Le parti d'extrême-droite en avait 3 lors de la précédente législature.

Cette évolution des représentants français à Bruxelles a accentué la chute de l'influence française au sein du Parlement européen et des autres institutions.