Plaidoyer pour un gouvernement de la zone euro lors du débat sur la Grèce

Manuel Valls, le 15 juin

L’Assemblée Nationale a été le premier parlement à voter, mercredi 15 juin, pour le projet d’accord sur la dette grecque, avec 412 voix pour et 69 contre. Le débat atteste d’un consensus politique pour approfondir la zone euro.

Promis la semaine dernière par le Premier ministre, le débat sur la Grèce s’est déroulé mercredi 15 juin en simultané à l’Assemblée nationale et au Sénat. Un épisode qui a donné lieu à des échanges tendus, les différents partis affichant des positions très disparates face à l’accord proposé au peuple grec, même si les deux chambres ont largement approuvé l’accord : l’Assemblée a voté oui par 412 voix contre 69, et la majorité a été aussi importante au Sénat – 260 contre 23.

Les votes contre l’accord d’aménagement de la dette grecque proviennent de la gauche radicale avec les communistes, des quelques verts et chevènementistes, mais majoritairement de la droite non centriste. 41 députés LR ont voté contre l’accord, et 35 d’entre eux se sont abstenus. C’est l’aile droite du parti qui a rejeté l’accord. L’écartèlement du vote montre aussi les changements de position du leader de l’opposition: après avoir fustigé le laxisme de Hollande face à a Grèce, le chef du parti Les Républicains, Nicolas Sarkozy, a finalement soutenu l’accord.

« Certains ont vu dans l’UE une société de recouvrement de créances » a de son côté regretté Bruno Le Roux, le chef du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale, tout en saluant Angela Merkel et François Hollande, à l’instar d’une grande majorité des élus.

« Certains espéraient la dislocation du couple franco-allemand pour des questions de politique intérieure, nous avons prouvé le contraire !» s’est de son côté réjoui Manuel Valls, qui s’est lancé dans un discours très pro-européen à l’Assemblé nationale, que Laurent Fabius lisait dans le même temps au Sénat.

Appel à un gouvernement de la zone euro

Dans la droite ligne du président François Hollande, qui avait appelé lors de son intervention télévisée le 14 juillet à la formation d’un parlement de la zone euro et d’un gouvernement de la zone euro, Manuel Valls a insisté sur le besoin de plus d’intégration au niveau des 19 pays de la zone euro.

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« Une même monnaie n’a pas permis la convergence, il faut donc avancer sur tous les domaines, notamment le social » a souligné le Premier ministre, en évoquant les harmonisations de salaires, ainsi que de nécessaires moyens budgétaires au niveau européen. « Nous devons mettre en place un véritable budget de la zone euro pour financer les capacités en matière d’investissement » a expliquéle Premier ministre.

Le chef de l’exécutif a aussi développé sur l’implication du Parlement européen dans la procédure de contrôle budgétaire. « Aujourd’hui le Parlement européen n’est pas suffisamment associé au semestre européen ; il faut qu’il s’organise pour que les sujets de la zone euro bénéficient de ce contrôle démocratique».

« Cette crise montre qu’il faut reprendre le chantier de l’UE » a insisté le Premier ministre.

Le thème d’une zone euro accrue fait consensus chez les plus europhiles des différentes formations politiques. Ainsi au centre, Yves Jego a appelé le gouvernement de la a zone euro à émerger rapidement.

Je voterai #Oui à l’accord visant à éviter le #Grexit en espérant que le Gvt de la zone euro verra rapidement le jour

— Yves Jégo (@yvesjego) 15 Juillet 2015

« Seul un pilotage politique de la zone euro permettront de combler le déficit démocratique » a également souligné le socialiste Bruno Le Roux.

« Nous appelons à la création d’un Parlement de la zone euro a renchéri François de Rugy, chef du groupe les Ecologistes, demandant à Hollande de passer aux actes après les déclarations de principe. D’autres élus européens se sont joints à cet appel, comme le centriste Jean Arthuis.

Les Républicains et Verts en ordre dispersé

« Nous avons été baladé par une gouvernement manœuvrier et cynique » a regretté l’élu Les Républicains Christian Jacob, saluant l’accord, mais condamnant les derniers commentaires du Premier ministre Alexis Tsipras. « Nous ne sommes ni rassurés ni convaincus par la capacité du Premier ministre grec de tenir sa parole » a ajouté le chef de groupe, avant de demander au président de la République de soumettre à l’Assemblée nationale l’accord définitif avec la Grèce. Et d’appeler à voter pour l’accord, ce dont la totalité de son groupe n’était pas convaincu.

Du côté des Verts, les positions se sont avérées disloquées entre les plus fidèles à la position socialiste et les autres, aboutissant à un vote dispersé.

>>Lire : Les pro-Syriza déplorent le manque de soutien de la France à la Grèce

« Le primat de l’Europe des financiers continue d’être imposée au peuple aux dépens de la croissance » a déploré André Chassaigne, président du groupe communiste à l’Assemblée nationale, en assurant que son groupe voterait contre le projet d’accord, donc contre l’avis que le gouvernement grec a signé.

Ironie face à la récupération de l’accord grec

Dans la matinée, le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, avait dénoncé la logique des « petits comptables » qui fustigeaient l’accord avec la Grèce. « Ils ne sont pas rendus compte du coût économique d’une sortie de la Grèce de la zone euro, ainsi que du coût politique » assurait le ministre de l’Agriculture, qui avait également dénoncé « les ravis de la crèche qui pensent que la politique est simple », faisant référence à Eric Woerth. L’ancien ministre des finances et proche de Sarkozy avait en effet estimé, lundi 13 juillet, que l’accord grec avait été rendu possible grâce à…Nicolas Sarkozy. Un point de vue qui a fait sourire le Premier ministre.

«  J’ai cru comprendre que vous gratifiez le président de votre formation de l’accord qui a eu lieu dimanche. En terme de gratification, cela incontestablement fait sourire et vous inscrit, je n’en doute pas, pour le prix de l’humour dans quelques mois… » a indiqué Manuel Valls.

Contexte

Le parti anti-austérité Syriza a remporté une victoire écrasante lors des élections anticipées du 25 janvier dernier en Grèce, mais n'a pas obtenu une majorité absolue au parlement.

Son chef de file, Alexis Tsipras, a affirmé que le « cercle vicieux de l'austérité » était terminé, déclenchant ainsi des réactions variées au sein de l'UE.

Les proposition de réformes avancées par Athènes n'ont pas convaincu l'Eurogroupe et les créanciers du pays, et la Grèce, qui ne peut plus honorer ses dettes, se retrouve dans une situation plus précure que jamais.

>> Lire : La victoire de Syriza brave l'austérité en Europe

Prochaines étapes

vendredi 17 juillet : vote sur l'accord concernant la dette grecque au Bundestag

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