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17/01/2017

Podemos lorgne le « style Tsipras »

Politique

Podemos lorgne le « style Tsipras »

Pablo Iglesias, chef de file du parti anti-austérité Podemos.

Crédit : [Marc Lozano / flickr.com]

Le « non » massif au référendum grec et le bras-de-fer mené par Alexis Tsipras contre ses créanciers donnent de l’espoir dans les rangs du parti de gauche et anti-austérité Podemos, troisième force politique d’Espagne. Un article d’EurActiv Espagne.

Le « style Syriza », intransigeant avec les créanciers internationaux, pourrait-il être un modèle pour Pablo Iglesias, le secrétaire général de Podemos ?

Selon certains analystes politiques en Espagne, les résultats du référendum en Grèce (61,31 % pour le « non » et 38,69 % pour le « oui ») ont permis de donner plus de crédibilité au crédo politique de Podemos, selon lequel « la Grèce a subi le chantage » de Bruxelles, Washington et Francfort.

Mais finalement, qui faisait chanter qui ? C’est la question soulevée le 7 juillet lors d’un débat télévisé diffusé sur la télévision publique espagnole (RTVE-24 Horas). « Jusqu’à présent, Alexis Tsipras a très bien joué ses cartes. En réalité, il a réussi à capitaliser, d’un point de vue politique, la peur de l’UE face à un « Grexit », que personne ne souhaite en Europe », a déclaré Esther Esteban, une analyste politique.

Alexis Tsipras est-il un bon parieur ?

La journaliste Esther Jaén a souligné que la Grèce prenait les commandes des négociations. La panique d’un « Grexit » est utilisée par Alexis Tsipras comme un moyen de pression, a ajouté Esther Jaén. Même si la Grèce ne représente que 2 % du PIB de la zone euro, un éventuel « Grexit » aurait de très graves conséquences politiques sur le projet européen dans son ensemble, a déclaré Miguel Puente, porte-parole de la Commission européenne à la représentation de Madrid.

>> Lire : En direct : une solution pour Grèce?

Toutefois, Pablo Iglesias interprète les faits de manière tout à fait différente : le référendum a donné à Alexis Tsipras la « légitimité » de suivre une ligne dure avec Bruxelles, « au nom de la démocratie ». Selon Pablo Iglesias, même le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, du Parti populaire (PP) de droite, a changé sa position intransigeante vis-à-vis d’Athènes et est maintenant plus « souple » et plus « détendu ». Jusqu’à présent, Madrid suivait pourtant le ton inflexible de Berlin, demandant à Athènes de mettre en place, de manière immédiate, les réformes demandées, afin de recevoir de nouveaux crédits.

Pablo Iglesias a aussi salué le fait que le ministre espagnol de l’Économie (et candidat à la présidence de l’Eurogroupe), Luis de Guindos, a adopté un ton plus calme et dit des « choses plus raisonnables » vis-à-vis de la dette grecque.

>> Lire : Podemos s’essouffle, mais reste en tête dans les sondages

L’exemple espagnol

Depuis dimanche dernier, Madrid n’a pourtant pas changé une virgule de sa position sur le drame financier hellénique. Mariano Rajoy, Luis de Guindos et la majorité du gouvernement répètent à l’envi le même message, presque comme un mantra politique : ces dernières années, l’Espagne a fait un gros effort d’austérité avec des coupes douloureuses, notamment dans la santé et l’éducation. Le pays ibérique a évité un plan de sauvetage en juillet 2012, l’économie est en train de se redresser, et d’autres (à savoir la Grèce) devraient suivre « l’exemple espagnol ».

Comme l’a récemment rappelé le ministre des Affaires étrangères, José Manuel García-Margallo, l’Espagne a prêté 26 milliards d’euros à la Grèce dans le cadre du plan de sauvetage européen. Il a également déclaré qu’Athènes ne pouvait pas annuler une dette correspondant à l’argent des contribuables européens. Dans une interview avec la chaine de télé Antena 3, José Manuel García-Margallo a exhorté Alexis Tsipras à présenter une proposition concrète pour des négociations finales « une bonne fois pour toutes ».

Qui craint Podemos ?

Mariano Rajoy n’est pas le seul « faucon » demandant à Alexis Tsipras une solution urgente à la crise, avec pour « dernier délai » le dimanche 12 juillet. Pedro Sánchez, dirigeant du parti socialiste (PSOE) demande aussi à Athènes d’agir avec le sens des responsabilités et de l’urgence, car « au final, c’est le peuple grec qui souffre le plus », a-t-il affirmé.

Bizarrement, Pedro Sánchez a préféré rejoindre les rangs des partisans de la ligne dure, probablement parce que, comme Mariano Rajoy, il sent qu’après les élections régionales et municipales de mai, le système bipartite espagnol (PP-PSOE) s’affaiblit peu à peu à cause de Podemos et de Ciudadanos (Citoyens), un nouveau parti centriste en concurrence directe avec le PP pour gagner l’électorat conservateur.

>> Lire : Ciudadanos et Podemos, les deux trublions de la politique espagnole

Selon les analystes, le PP et le PSOE pensent qu’une victoire du crédo politique de Syriza à Bruxelles, représenté par Alexis Tsipras, voudra dire que les attentes politiques de Podemos pour les élections générales de novembre seront élevées.

Les Espagnols ne veulent pas d’une éventuelle alliance Podemos-PSOE

Si les élections générales avaient lieu aujourd’hui en Espagne, le Parti populaire au pouvoir les remporterait avec 25,6 % des votes. Les socialistes talonneraient les conservateurs, avec une différence de 1,3 % seulement, indique un récent sondage conduit par le Centre des études sociologiques (CIS), cité par El Pais. Enfin, Podemos arriverait troisième, avec 16,5 % des voix.

Quant aux attentes de Ciudadanos, elles sont élevées. En effet, le parti d’Albert Rivera obtiendrait la quatrième position avec 13,8 % des votes, explique le CIS.

>> Lire : Le jeu politique espagnol se complexifie autour de quatre partis

Selon un nouveau sondage publié la semaine dernière par Metroscopia, les citoyens espagnols ne voudraient pas d’une éventuelle alliance entre le PSOE et Podemos, car ils sont encore « méfiants » à l’égard du parti de Pablo Iglesias.

Le sondage montre que 45 % des Espagnols préfèreraient un accord entre le PSOE et Ciudadanos, et que 42 % envisageraient une éventuelle alliance entre le PP et Ciudadanos. 

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